Sénatoriales 2023 : Gérard Larcher rempile (sans surprise) à la présidence du Sénat

POLITIQUE - Et de cinq. Ce lundi 2 octobre, le sénateur LR des Yvelines Gérard Larcher a été reconduit dans ses fonctions de président du Sénat, pour la cinquième fois consécutive depuis sa première élection au « plateau » en 2014. Un siège qu’il occupera jusqu’en 2026. Dans le détail, l’élu LR a obtenu 218 voix sur 320 exprimées. Un score dans le même ordre de grandeur qu’en 2020, où il avait réuni 231 suffrages sur 324 votes exprimés.

Le socialiste Patrick Kanner a quant à lui remporté 64 voix, la communiste Céline Cukierman 20 voix et l’écologiste Guillaume Gontard, 18 voix.

Une issue qui n’a rien d’une surprise, puisque la droite restait majoritaire après les élections sénatoriales du dimanche 24 septembre. Elle confirme néanmoins le statut indéboulonnable du sénateur des Yvelines, véritable visage de la chambre haute, au sein de laquelle il a été élu pour la première fois en 1986.

Excepté un passage aux gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, entre 2004 et 2007, comme ministre délégué au Travail, ce vétérinaire de profession a passé 33 années au sein du Palais du Luxembourg. Un grand fauve de la politique.

Ancien monde, bicamérisme et coup de canif

« Gérard Larcher incarne notre institution », loue ce lundi sur France 2, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, dont il est proche. « On a un accord entre nous au sein de la majorité sénatoriale. Il n’y avait aucune raison de vouloir marquer une différence. Gérard Larcher incarne la place du Sénat dans les institutions », saluait juste avant le vote Hervé Marseille, président du groupe Union centriste.

Une qualité que les socialistes, qui défendaient pourtant la candidature de Patrick Kanner face au président sortant, lui reconnaissent volontiers. « Je crois que Gérard Larcher défend bien l’institution et le bicamérisme », explique sur Public Sénat le sénateur PS Rachid Temal, appréciant son « souci que l’opposition puisse bien travailler ».

Figure d’un « ancien monde » que croyait chasser Emmanuel Macron à son arrivée au pouvoir, Gérard Larcher a vu le Sénat se muer en véritable contre-pouvoir sous sa présidence. Une forme d’intransigeance sur la place que doit occuper la chambre haute dans les institutions reconnues sur tous les bancs. « On le combat comme on doit le combattre, mais ça n’empêche aucunement ses qualités individuelles », expliquait récemment à l’AFP Patrick Kanner, pourtant candidat contre l’intéressé.

« Au Sénat, on ne dit jamais oui par discipline et jamais non par dogmatisme », résume Gérard Larcher dans une formule qu’il aime répéter, quel que soit le contexte. Les faits ne lui donnent pas tort. En août 2022, alors qu’Emmanuel Macron dessine les contours de son Conseil national de la Refondation pour sortir de l’impasse des élections législatives survenues deux mois plus tôt, il adresse un fin de non-recevoir au chef de l’État. Dans un courrier, il étrille une « confusion des rôles » et « une forme de contournement du Parlement ». Soit le premier coup de canif à une initiative présentielle qui aura par la suite du mal à convaincre au-delà de ses soutiens, et dont le sens et l’utilité posent toujours autant question.

« Un président du Sénat ne devrait pas dire ça »

Pas de quoi faciliter ses relations avec Emmanuel Macron, dont il avait interrogé la discrétion dans les mois précédents la présidentielle de 2022. « S’il n’y a pas de campagne, la question de la légitimité du gagnant se posera », avait mis en garde Gérard Larcher, dénonçant un président qui « veut être réélu sans jamais avoir été réellement candidat, sans campagne, sans débat, sans confrontation d’idées ». Une sortie offensive que n’avait pas (du tout) apprécié le locataire de l’Élysée : « un président du Sénat ne devrait pas dire ça ».

Reste que ce rapport de force n’a pas empêché son nom de circuler pour Matignon au printemps dernier, alors que la bataille des retraites démontrait le besoin pour l’exécutif de bâtir des coalitions solides. « Si le président de la République me proposait d’être Premier ministre, je refuserais (...) Je refuserais clairement », balayait au mois de mai le président du Sénat lors d’une interview au Grand Jury RTL/Le Figaro.

Cité par Le Monde, l’ancien ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, décrypte : « il n’a aucun complexe par rapport à Macron : il était là avant Macron, il sera là après Macron. Larcher est dans un temps qui n’est pas celui de la frénésie macronienne ». Au regard des résultats du jour, Emmanuel Macron devra composer encore trois ans avec ce chasseur expérimenté.

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