Sœurs de larmes

Alix Girod de l'Ain

J'aurais tellement aimé avoir inventé ce qui suit... Il est rituel, ce déjeuner trimestriel, entre L., B. et moi. Nous nous connaissons depuis la maternelle de nos « lardons », comme nous les appelons. Les lardons sont devenus de beaux jambons adultes, les déjeuners continuent, on y parle de la vie qui avance, parfois triste, si souvent gaie, quand même. On s'aime tant, depuis si longtemps. Mercredi dernier, je raconte à L. et B. mon émotion en voyant l'interview d' Adèle Haenel, alors que je viens de finir « BedBug » de Katherine Pancol, dans lequel il y a cette phrase terrible : « Toutes les petites filles sont violées. » Je m'interroge : « Faut pas charrier, quand même, non ? » Dans un même geste, L. et B. posent leurs couverts et me regardent. « À moi, c'est arrivé », dit l'une. « À moi aussi », dit l'autre. B. raconte son parrain, qui abusait d'elle en la prévenant : « Si tu parles, ta marraine mourra de chagrin. » L. explique qu'elle n'a rien dit, pendant des années, de peur que son père ne tue son « Tonton ». Elles ont avancé dans la vie avec leur secret, cahin-caha... Jusqu'au jour où L., qui venait d'accoucher de son premier bébé, a commencé à ne plus pouvoir respirer : un psy, en lui intimant l'ordre de parler à ses parents, a finalement réussi à lui redonner du souffle. B., elle, nous a confié que sa mère l'avait renvoyée chez son parrain, « parce qu'il s'était excusé et qu'elle n'avait pas d'autre mode de...

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