Selon une étude, l’obésité augmente dans les zones rurales… Et encore plus qu’en ville

Katia Rimbert
Journaliste

Vous pensiez que la malbouffe était beaucoup plus développée en ville qu’à la campagne ? Que les citadins avaient un mode de vie moins healthy ? Vous faites fausse route. Une étude d’une ampleur sans précédent (les mecs ont bossé comme des dingues en regroupant des données sur 30 ans) vient de démontrer l’inverse. Le monde rural est plus touché par l’obésité que les villes.

(c) Getty Images

Il est bien loin le temps où on mangeait sainement. Bon ok, on nous vend un mode de vie plus healthy sur Instagram, les agences de marketing nous martèlent qu’il faut faire du sport et manger des légumes, les Bio C Bon deviennent aussi nombreux que les Quick… Les choses bougent. Mais à côté de ça, il y a plus d’entreprises de livraison de bouffe que de boîtes aux CAC 40, on n’a plus le temps de manger le midi parce qu’on travaille trop, tout doit aller (très) vite dans nos vies à 100 à l’heure et clairement on n’a pas le time de cuisiner maison pendant 3 heures chaque jour ni d’aller à la salle 3 fois par semaine.

Du coup, on s’imaginait bien que ce mode de vie urbain n’était pas très bon pour la santé. Et encore moins pour la ligne. Pourtant, l’obésité progresse plus vite en zone rurale que chez les citadins.

Renverser les stéréotypes
Une étude publiée le 8 mai dernier dans la revue scientifique Nature envoie bouler toutes nos idées préconçues. Les chercheurs de l’université Imperial College London ont compilé pas moins de 2000 autres études de 112 d’individus à travers le monde (200 pays représentés tout de même) de 1985 à 2017 pour analyser l’évolution de l’IMC. Pour info, cet indice sert à mesurer l’obésité. L’Indice de Masse Corporelle s’obtient en divisant le poids (en kilos) par la taille (en mètres) au carré. Au-dessus de 25, un adulte est considéré en surpoids. À partir de 30, il souffre d’obésité. Vous pouvez faire l’expérience pour savoir si vous avez un peu trop abusé du McDo.

Autant dire que leur travail a été colossal pour décortiquer les chiffres de ces 32 années. Mais il a porté ses fruits. Les résultats sont formels : l’IMC a augmenté de 2 points chez les femmes et de 2,2 points chez les hommes. Autrement dit, en moyenne, les participants ont grossi de 5 à 6 kilos… Chacun.

“Les résultats de cette vaste étude contredisent l’idée communément répandue selon laquelle l’augmentation mondiale de l’obésité est due au fait que de plus en plus de gens vivent dans des villes”, explique Majid Ezzati aka l’auteur principal de l’étude. Cette hausse a été plus importante dans les campagnes (2,1 points supplémentaires pour les femmes comme pour les hommes) que dans les villes (1,6 point pour les femmes et de 1,3 point pour les hommes) tous pays confondus. “55% de cette hausse globale est due à l’augmentation observée dans les zones rurales”, affirme-t-il.

Creuser un peu plus les inégalités
Pourquoi ? Pour tout un tas de raisons : l’eau courant dans les maisons (oui, en 30 ans, les choses ont pas mal changé), moins d’efforts physiques (notamment pour les agriculteurs avec l’arrivée du tracteur et des machines), davantage de grandes surfaces (et donc de produits moins bon pour la santé), des revenus plus bas (coucou la crise), moins de possibilités de faire du sport (en plein milieu de la Creuse, tu peux toujours chercher un Neoness). De leur côté, les citadins ne s’en sortent pas si mal. Ils marchent plus puisqu’ils prennent moins la voiture (surtout les Parisiens, hein), ont accès à plus de denrées alimentaires, ont globalement plus de pouvoir d’achat et moins de difficulté à trouver des équipements sportifs près de chez eux… En fait, c’est logique quand on y pense.

Mais du coup, ça remet en cause la lutte contre l’obésité. “Nous devons repenser notre manière de répondre à ce problème mondial de santé publique”, explique le professeur. Coucou les politiques.