Semaine de 4 jours et journée de 6 heures : peut-on l’envisager en France ?

Semaine de 4 jours et journée de 6 heures en Finlande : peut-on l’envisager en France ? (Photo by ALAIN JOCARD/AFP via Getty Images)

La nouvelle Première ministre finlandaise, Sanna Marin, pensait à raccourcir le temps de travail de ses compatriotes alors qu’elle n’était “que” ministre l’été dernier. Une semaine de 4 jours et une journée de 6h en France, est-ce vraiment envisageable ? Une économiste a répondu à nos interrogations.

C’était le 17 août dernier et, à l’époque, Sanna Marin ne mesurait sans doute pas la portée de ses propos. À l’époque “simple” ministre des Transports et de la Communication, la désormais Première ministre de la Finlande, âgée de seulement 34 ans, mettait des étoiles dans les yeux de ses compatriotes en envisageant la semaine à 4 jours et/ou la journée de 6 heures de travail.

"En termes de vie professionnelle, une semaine de travail de quatre jours, une journée de travail de six heures, pourquoi cela ne pourrait pas être la prochaine étape ? Est-ce huit heures la vérité ultime ? À mon avis, les gens méritent plus de temps avec leur famille et dans des activités culturelles. Cela pourrait être la prochaine étape pour nous dans la vie professionnelle".

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Depuis son élection en décembre, de nombreux articles affirment que la Finlande va passer à ce rythme de travail. Or, cette mesure très populaire n’a jamais figuré dans son programme et n’est aujourd’hui pas du tout à l’ordre du jour. Faut-il malgré tout y penser, notamment pour la France ? Anne Eydoux, membre du collectif des Économistes atterrés et maîtresse de conférences en économie au Cnam, nous éclaire sur ce sujet.

“Réfléchir au partage du travail”

Selon l’économiste, cette hypothèse “parait un peu rigide et brutale”. “Lorsque la France est passée aux 35 heures, la transition était déjà importante. Passer à 24 heures, soit 11 heures de moins, ça fait beaucoup. La réduction du temps de travail s’organise de manière plus graduée”, argumente-t-elle.

Pourtant, Anne Eydoux ne considère pas le fait de travailler moins comme un frein pour l’économie. “Je pense qu’en France, on a trop tendance à considérer que la réduction du temps de travail est derrière nous. Lors de la dernière élection présidentielle, seuls Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon la défendaient et dans le cas de Benoît Hamon c’était de manière ambigüe puisqu’il se prononçait pour le temps partiel, ce qui est bien différent de la réduction collective du temps de travail”, regrette la maîtresse de conférences en économie au Cnam. Et de poursuivre : “En France, il y a un problème d’insuffisance d’emploi. Le contexte de chômage de masse devrait inciter de réfléchir au partage du travail.”

Travailler moins pour consommer plus ? C’est non

Travailler moins permettrait-il aux Français de consommer davantage ? Un argument qui n’a pas les faveurs d’Anne Eydoux. “Quand on a réduit le temps de travail lors du passage aux 35 heures, cela a pesé sur les salaires. On ne peut pas espérer relancer la consommation par la réduction du temps de travail. La réduction du temps de travail devrait au contraire inviter à chercher à produire et à consommer de manière plus écologique”.

D’après l’étude The Workforce View réalisée en mai dernier, 60% des Français opteraient pour une semaine de travail de quatre jours s’ils le pouvaient. Un rêve aujourd’hui très loin d’être réalité.