Législation, risques... Faire l'amour en plein air : mode d'emploi

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Le sexe en plein air est un fantasme bien connu. Faire l'amour dans une voiture, sur la plage, dans une forêt... Avec le retour de l'été et de la chaleur, ces envies peuvent parfois se concrétiser. Mais sont-elles vraiment légales ? Eh bien, tout dépend. Explications.

Le confinement n'était pas vraiment propice aux parties de jambes en l'air en plein air, mais alors que les parcs et les plages sont de nouveau accessibles, les fantasmes estivaux font leur grand retour dans le cœur des Français... Et des habitants du monde entier. La marque de sextoys Lelo a récemment dévoilé une étude qui révèle que le sexe dans les lieux publics fait toujours partie des fantasmes les plus courants. Voiture, parc, plage ou encore avion, les envies sont nombreuses. 82% des sondés révèlent avoir déjà fait l'amour dans leur véhicule, 68,5% se sont envoyés en l'air à la plage, et 45% se sont déjà acoquinés dans un parc public.

Sur le papier, ces fantasmes ont tout pour susciter l'excitation. Mais si le sexe en plein air a ses adeptes, il n'est pas sans risque, et peut même vous coûter cher d'un point de vue purement légal...

Pas vu, pas pris ?

Que l'on soit exhibitionniste ou non, mieux vaut éviter de se faire prendre si l'on souhaite faire l'amour dans un lieu public. L'article 222-32 du Code Pénal est formel à ce sujet, et dispose que "L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement, et de 15 000 euros d'amende." Et ce, que ce soit dans un parc, une cabine d'essayage, sur une plage ou dans une voiture. Le texte de loi ne suffira probablement pas à décourager les plus hardis. Toutefois, ces derniers sont prévenus : s'ils se font pincer par les forces de l'ordre ou repérer par quelqu'un qui décide de prévenir la police, ils risquent d'avoir des problèmes.

Se pose aussi la question de la bienséance : vous avez envie d'être vus en train de faire l'amour ? Il y a des espaces pour cela, des clubs échangistes, des sites de diffusion... Bref, des endroits où ne se trouveront que des voyeurs qui sont d'accord pour vous regarder. Il est en effet hors de question d'imposer de la nudité ou encore la vision d'un acte sexuel à qui que ce soit. Encore une fois, tout est une question de consentement, le maître-mot en matière de sexualité.

Faire l'amour chez soi, mais à la vue de tous, c'est possible ?

Notez que la loi évoque "un lieu accessible aux regards", et non pas "un lieu public". Ainsi, si vous décidez de faire l'amour chez vous, mais dans un endroit où vous pouvez être vus par des personnes extérieures, vous risquez également les ennuis. La loi est effectivement valable pour les jardins privés, les terrasses, les piscines privées, ou même votre chambre à coucher, si vous ne tirez pas les rideaux et que vous avez du vis-à-vis. Bien sûr, les forces de l'ordre sont généralement plus compréhensives si vous étiez chez vous, en particulier dans votre chambre.

Mais on ne sait jamais. Dans son livre Le Sexe et la Loi, Emmanuel Pierrat, avocat au Barreau de Paris, le précise : "Ce qu’on sanctionne, c’est le défaut de précautions. On assiste dans les prétoires à de grandes discussions pour savoir si l’intérieur du logis est visible depuis la rue ou un autre appartement." Si la justice estime que l'intention d'être vus était présente, les contrevenants risquent bel et bien une condamnation.

La question de la nudité

Bon à savoir : depuis le 4 janvier 2006, la justice estime que pour qu’il y ait délit, il faut au moins qu’il y ait nudité. Un arrêt de la Cour de cassation de Paris précise que "l'exhibition sexuelle implique que le prévenu expose des parties sexuelles", et "ne peut être déduite, par conséquent, de gestes seulement obscènes." Ainsi, vous avez donc moins de risques si vous gardez vos vêtements.

C'est d'ailleurs la technique qu'utilise Marie, grande adepte du frisson du sexe en plein air : "Une jupe, pas de petite culotte et des bas, pour ne pas m'empêtrer dans mes collants", résume-t-elle. "Je sais que la loi sur l'exhibition sexuelle implique un minimum de nudité, alors je reste habillée, et mon amant n'a qu'à ouvrir sa braguette. En cas de risque, on est rapidement présentables, et jusqu'à présent, nous n'avons jamais été arrêtés, même si on a été grondés par des flics."

Heureusement, les arrestations sont rares

En dépit de la loi, vous avez tout de même envie de tenter le sexe en plein air ? La bonne nouvelle, c'est que les cas de jugement pour ces pratiques restent relativement rares. En règle générale, et à moins d'avoir choisi un lieu ultra fréquenté, les forces de l'ordre ont plutôt tendance à demander aux amants de circuler. C'est en tout cas ce qu'affirme Baptiste, policier en région parisienne : "Franchement, les couples en pleine action, ça nous fait plus rire qu'autre chose. On va leur dire 'Vous êtes grillés', leur faire un peu la morale, éventuellement faire une petite blague grivoise, et leur dire de circuler avec un avertissement. À condition bien sûr qu'ils aient le bon sens de paraître gênés, et qu'ils ne fassent pas ça n'importe où."

Le jeune homme précise avoir déjà eu affaire à des cas où il a été obligé de procéder à des arrestations : "Le petit couple qui s'envoie en l'air sur le toboggan d'un parc pour enfants à 17h en pleine semaine, alors qu'il y a des mômes dans les parages, c'est non." Une chose est sûre, les forces de l'ordre comme la justice seront toujours plus clémentes si vous avez fait des efforts pour vous dissimuler un maximum, et trouver un endroit discret.

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