Single Day : Seul.e célibataire de mon groupe d'amis, j'ai l'impression de devoir amuser la galerie avec mes histoires

Wassila Djellouli
·Journaliste lifestyle
·5 min de lecture

Les plans d'un soir foireux, les dates surprenants, les nuits d'insouciance... Le célibat suscite parfois des fantasmes dans la tête des personnes en couple. Alors, devant eux, il arrive que les célibataires jouent du caractère amusant de leur situation. Plus ou moins volontairement, et plus ou moins sincèrement.

Être célibataire, quand il ne s’agit pas d’un choix, peut être difficile à vivre. Mais quand, en plus, tous nos amis n'organisent que des soirées de couples, peut s'ajouter à la frustration un sentiment de décalage bien désagréable. Surtout en ce qui concerne les sujets de discussion. À 30 ans, Bruno n'arrive pas à rompre son célibat, enchaînant les plans d'un soir ou ne parvenant qu'à entamer des “bribes de relations”.

Alors, lorsqu'il se retrouve face à des couples, il a un peu l'impression de ne pas parler le même langage. “Ce n'est plus le même délire. Ils n'ont pas vécu ça depuis des années. C'est comme si tu parlais du stress du bac à un quadragénaire !”. De plus, l’homme a parfois le sentiment de passer pour le “vieux pote qui galère” à force de “raconter les mêmes échecs ou plans foireux à des gens stables depuis des années”.

Effacer les états d'âme, ne conserver que la légèreté

Ses “chopes”, comme il les appelle, Bruno préfère donc les raconter à des personnes célibataires comme lui. Mais difficile d'échapper éternellement à la curiosité des personnes en couple. “Parfois, je me sens un peu obligé d'en parler, parce que c'est pas très réglo de ne rien dire du tout si on te demande ‘quoi de neuf ?’”.

Quand je raconte mes aventures aux gens en couple, j'essaie que ça soit drôle quand même. Pour ne pas passer pour le célibataire qui subit. Et peut être aussi pour trancher avec la vie de couple très posée.

Le Parisien consent alors à raconter des épisodes de sa vie sexuelle et sentimentale. Mais il tâche de le faire de la façon la plus drôle possible. D'une part, pour ne pas passer pour le célibataire qui subit sa situation, mais également pour prendre le contre-pied de la vie de couple “posée”. “Je caricature dans le style ‘coup d'un soir marrant versus week-end à Ikea’”, explique-t-il. En racontant ses aventures, Bruno fait volontairement l'impasse sur tous ses états d'âme. “Je ne raconte pas les moments où je cogite, où j'ai peur de blesser une fille etc. Pour que le récit soit plus rigolo. Et ce, quitte à passer pour un connard”.

“Moi aussi je joue du caractère comique de mon célibat”, renchérit Elsa, Parisienne également. “J'ai toujours pensé qu'on avait plus de choses croustillantes à raconter lorsque l'on était célibataire. Au moins, c'est varié, il se passe toujours de nouvelles choses, surtout quand on multiplie les rencontres”. Alors la vingtenaire a parfois tendance selon son propre aveu à “en rajouter des caisses”, sentant son auditoire avide de tout savoir. “Je redoute presque le jour où je serai en couple, car je risque de changer de rôle dans ma bande d'amis”.

L'intimité des célibataires moins sacrée que celle des couples ?

Parfois, ce sentiment de devoir divertir ses amis en couple provient de leurs questions. Estelle observe ainsi que certains n'hésitent pas à l'interroger sur sa vie sexuelle, avec précision, la pensant forcément débridée. “On m'a même demandé si j’allais expérimenter la masturbation pendant le confinement. Cela les amuse”. Elle ne se permettrait jamais d'en faire de même avec eux, comme si l'intimité d'un couple était plus sacrée, plus respectable, que celle des célibataires.

“Je me demande si certains ne projettent pas leurs envies sur moi, dans le sens où ils aimeraient parfois être à ma place”, s'interroge la vingtenaire. À juste titre, car “il n'est pas rare de rencontrer des personnes célibataires désirer très fort être en couple, et des personnes en couple être nostalgiques de leur célibat”, selon Saverio Tomasella et Charlotte Wils, auteurs de La charge affective. Ces personnes “casées” peuvent regretter de temps à autre la liberté, l'absence de contrainte et l'espace d'expérimentations que constitue le fait d'être seul.

Tout le monde a passé la soirée à interroger le seul célibataire de la bande sur ses plans cul du moment. On ressentait il est vrai une forme d'excitation dans l'air. Comme si on profitait par procuration de sa liberté sexuelle.

Stéphane, en couple depuis deux ans, avoue parfois ressentir un grand plaisir à connaître les petits détails les plus sulfureux de la vie intime des célibataires autour de lui. “Il y a quelque temps, on a fait une soirée où il y avait trois couples au total et un célibataire. Tout le monde a passé des heures à interroger ce dernier sur ses plans cul du moment. On voulait tout savoir, et avec le maximum de détails possibles. On ressentait il est vrai une forme d'excitation dans l'air. Comme si on profitait par procuration de sa liberté sexuelle. D'autant plus qu'il rejoignait le soir-même une fille avec laquelle il échangeait des textos”. Face à ces oreilles grandes ouvertes et ces yeux ébahis, le jeune homme interrogé a joué le jeu, flatté par tant d'attentions.

Mais l'excitation générale est retombée comme un soufflé le lendemain. “Le matin, il nous a envoyé un message à tous, en disant qu'il avait passé une bonne soirée en toute légèreté, mais que rien ne valait le fait de se réveiller à côté d'une personne qu'on aime. Et qu'on était très chanceux. On s'est tous trouvés un peu c*ns...”.

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