Témoignage : "J'ai été directrice de prison pendant 20 ans"

Christelle Rotach, 50 ans, déteste la langue de bois. Sa marque de fabrique à elle, c’est le franc-parler. Alors quand elle raconte la prison, elle le fait sans détour. De ces vingt années passées "à l’ombre du monde", elle a fait un livre, Directrice de prison, avec Delphine Saubaber, aux éditions Plon

"A 26 ans, mon premier poste"

"J’ai passé le concours de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire pour accompagner un ami qui ne voulait pas y aller tout seul. Et je l’ai réussi… A 26 ans, je me suis retrouvée à prendre mon premier poste aux prisons de Lyon. Les grilles qui claquent, le bruit des clés dans les serrures, les coups des détenus aux portes de leur cellule, leurs cris et les rappels à l’ordre des surveillants qui rebondissent d’un mur sur l’autre : d’emblée, j’ai été prise dans un brouhaha assourdissant qui ne m’a plus jamais quittée pendant mes vingt ans de prison.

"Je me suis demandé si j’aurais le courage de revenir"

Apprend-on sur les bancs de l’école à gérer des incendies allumés par des détenus dans leur cellule, des immolations, des bagarres dans la cour de promenade entre bandes rivales des quartiers, des tentatives d’étranglement sur les surveillants ? Non. Je me suis donc initiée à l’univers pénitentiaire sur le tas. Un jour, un détenu atteint d’un trouble psychiatrique m’a décoché un uppercut au visage et m’a cassé le nez. Du haut de mes 26 ans, je me suis demandé si j’aurais le courage de revenir le lendemain. Je suis revenue…

"Ce gamin que je n'ai pas su protéger"

Année après année, j’ai passé mes journées au contact de la misère humaine, du meurtre, de la folie, des trafics, du viol, de la pédophilie, du terrorisme. Dix ans après mes débuts, alors que j’étais directrice adjointe de la prison de Fleury-Mérogis, j’ai vécu l’un des pires drames de ma carrière. Un jeune détenu de 19 ans a été retrouvé par un surveillant, roulé en boule sous sa couverture et défiguré. Cela faisait six semaines que ses deux codétenus le torturaient sans que personne

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