The Kills : “On n’a jamais fait du DIY une posture”

François Moreau
·4 min de lecture

Ça va, Jamie ?

Jamie - Je suis très fatigué…

T’es où ?

Jamie - Los Angeles. J’ai passé la nuit au studio, jusqu’à quatre ou cinq heures du matin. Il est onze heures, donc je n’ai presque pas dormi.

Et toi, Alison ? Toujours à Nashville ?

Alison - Oui. Nashville, Tennessee !

Vous venez de sortir Little Bastards, une compilation de titres des Kills enregistrés entre 2002 et 2009. Après un certain nombre d’années dans le circuit, il était plus évident pour vous de dévoiler une collection de b-sides et raretés, plutôt que de compiler vos meilleurs morceaux dans un greatest hits ?

Jamie - Disons qu’il y a des morceaux ici qui me semblent atemporels, des titres sortis en single et face b à l’époque, que tu ne trouvais plus nulle part aujourd’hui, les plateformes de streaming ayant tendance à ne mettre en avant que les hits. Et Laurence Bell, le boss de Domino Records, voulait faire en sorte de donner plus de visibilité à ces chansons. Il n’a donc jamais été vraiment question de sortir un best of.

C’est mieux ainsi. Je ne sais plus qui disait cela : “Les greatest hits sont faits pour les morts et les groupes qui n’existent plus”

Alison - Non, non. Il n’a jamais été question de cela. Tu sais, on a passé notre vie entière à foncer et à regarder devant et puis, tout d’un coup, le monde entier s’arrête. Il arrive donc un moment où t’as envie de faire le point, de faire, comment dire, une sorte de rétrospective. Je pense que c’est le genre de choses qui ont pu aider certains à traverser cette période - c’était donc très plaisant et agréable de remettre le nez dans ces morceaux. Et puis, si on ne l’avait pas fait là, quand l’aurait-on fait ? On essaye toujours plutôt de bosser sur des trucs nouveaux.

Jamie - Ouais, je veux dire, c’est vraiment cette période de pandémie et de confinement qui a permis l’existence de ce disque. Rien ne nous aurait forcés à le faire, sinon. On était plutôt dans le cycle d’écriture d’un nouveau disque, les conditions étaient réunies, et puis il s’est avéré que la vie n’allait d’un coup plus être la même cette année. Sortir un album et des nouvelles chansons sans pouvoir tourner pour les défendre sur scène n’a aucun sens. L’idée de sortir un disque sans rien de nouveau dessus a donc émergé.

Ça marche plutôt bien, j’avais oublié la reprise de Gainsbourg, La chanson de Slogan, traduite I Call it Art, en anglais, par exemple. Le morceau était sur une compilation fomentée par les Inrocks, d’ailleurs : Monsieur Gainsbourg Revisited (2006). Vous pensez que des jeunes gens vont découvrir les Kills avec ce disque ?

Jamie - Je sais pas… Je dois dire que je ne vois pas Little Bastards comme une introduction à l’œuvre des Kills. Il y a quand même sur ce disque des trucs assez obscurs. L’intérêt, selon moi, est musical. C’est comme une sorte de journal, le témoignage d’un temps où un groupe enregistrait des chansons sur un dictaphone, ou un 4-pistes. Aujourd’hui, tout me semble trop produit, en contraste avec ces chansons, qui ont souvent été enregistrées dans une chambre avec le genre d’enregistreur dont je viens de te parler. C’est un truc que tu peux entendre sur cet album, ce n’est plus tellement des choses qui se font aujourd’hui. L’idée n’est pas de faire découvrir quoique ce soit à qui que ce soit, mais plutôt de montrer d’où l’on vient à travers ces enregistrements.

D’ailleurs, si je suis bien informé, Little Bastard est le surnom que vous donniez à la boîte à rythmes de vos débuts, n’est-ce pas ? Une Roland 880, je crois.

Alison - Oui, c’est ça. C’est une machine que l’on a très longtemps utilisée. On n’avait pas un rond pour acheter autre chose, on n’avait pas de batteur et Jamie avait cet enregistreur digital 8-pistes avec lequel on faisait tout. On enregistrait avec, on s'en servait comme boîte à rythmes, ce truc nous a suivis en tournée pendant presque dix ans, c’est un peu le troisième membre du groupe. N’importe quoi pouvait arriver, cette petite machine n’a jamais lâché. C’est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre d’ingénierie !

Le disque couvre donc la période 2002 - 2009, soit de l’album Keep on Your Mean Side (2003) à l’album Midnight Boom (2008). Une autre époque. Que ressentez-vous quand vous regardez dans le rétro, quand vous étiez jeunes et imprudents ?

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