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"Il va forcément s'abîmer": Gabriel Attal sous pression pour sa première rentrée à l'Éducation nationale

Conférence de presse, interviews fleuves, déplacements tous azimuts sur le terrain en pleine torpeur aoûtienne... Difficile de rater Gabriel Attal depuis sa nomination à l'Éducation nationale fin juillet, bien décidé à s'appuyer sur ce ministère très exposé pour continuer son ascension politique fulgurante.

"On a un ministre qui imprime. On arrive enfin à être vu et entendu. C'est révolutionnaire", s'enflamme ainsi le député Renaissance Quentin Bataillon, spécialiste des sujets éducation, auprès de BFMTV.com

"Loin de Pap Nidaye qui avait toujours l'air de s'excuser d'être là"

Depuis son arrivée rue de Grenelle, le ministre multiplie les coups politiques avec un flair certain: sa première sortie a ainsi lieu à La Verrière, quelques heures à peine après le tout premier conseil des ministres. Le lieu a valeur de symbole: deux écoles de la commune ont été détruites quelques semaines plus tôt par des émeutiers.

L'occasion aussi de bander les muscles et de tester l'antienne qu'il compte bien désormais faire sienne: celle de "l'autorité". "Je serai ferme", lance-t-il bravache sous l' œil des caméras.

"On est loin de Pap NDiaye qui avait toujours l'air de s'excuser d'être là", souligne le sénateur LR Max Brisson, ex-professeur d'histoire. Dans le camp de son prédécesseur, on n'apprécie guère la critique.

"Nous, on avait choisi d'aller dans le collège de Samuel Paty. C'était fort aussi comme geste. Mais on l'avait fait hors caméras, par respect pour ses collègues", souligne, amer, un ex-conseiller de celui qui est désormais recasé au Conseil de l'Europe.

"La bride courte"

Il faut dire que là où Pap NDiaye semblait souvent jouer en défense, Gabriel Attal a très vite identifié les sujets porteurs médiatiquement et très grand public, de l'interdiction du port de l'abaya à l'expulsion des élèves harceleurs de leur établissement en passant par l'expérimentation de l'uniforme.

"Il a le verbe haut et il choisit des thèmes médiatiques parce qu'il n'a aucune marge de manœuvre. On ne l'a jamais entendu parler une seule fois d'éducation en 6 ans au gouvernement", tance le sénateur socialiste David Assouline, ex-professeur d'histoire.

"Il a bien compris qu'il allait avoir la bride courte. Donc il faut bien qu'il s'engouffre dans les brèches disponibles", décrypte de son côté un conseiller ministériel.

L'omniprésent Macron

C'est que le chef de l'État ne s'est pas privé de faire passer ses messages publiquement dans une interview fleuve au Point fin août. Pour la première fois, Emmanuel Macron explique que l'Éducation nationale est son "domaine réservé" - une expression traditionnellement liée aux enjeux de défense et de relations internationales.

Et le président de griller la politesse à son ministre en annonçant lui-même le report des épreuves de spécialité du baccalauréat, l'un des points clefs de la réforme de Jean-Michel Blanquer.

Ce n'est pas la première fois que le dirigeant coupe l'herbe sous le pied des patrons de la rue de Grenelle, de l'instauration du pacte enseignant pour augmenter les professeurs en échange de tâches supplémentaires à la réforme du lycée professionnel au printemps en passant par le changement de la formation initiale des aspirants professeurs.

"On disait que Macron remontait tout à lui parce que Pap NDiaye était faible. On va découvrir que non, c'est juste sa façon de faire", regrette un proche du prédécesseur de Gabriel Attal.

"Le ministère le plus difficile du monde"

"On ne va quand même pas se plaindre que le président s'engage sur des sujets capitaux pour l'avenir de notre pays. C'est même très bien comme ça", répond, lui, le député macroniste Quentin Bataillon.

Un familier des allées du pouvoir souligne encore que le jeune homme est parvenu à imposer sa directrice de cabinet: Fanny Anor, une ancienne de l'institut Montaigne qui avait notamment inspiré le programme présidentiel d'Emmanuel Macron en 2017. Pap NDiaye n'avait pas eu le choix: c'est Jean-Marie Huart, un très proche de Jean-Michel Blanquer, qui avait été choisi par l'Élysée.

De quoi s'assurer pour l'ambitieux de parvenir à peser tant bien que mal sur son ministère. Mais si l'Éducation nationale permet de gagner des points politiquement avec la possibilité d'une exposition médiatique très forte, il y a aussi le revers de la médaille.

"C'est le ministère le plus difficile du monde. Tout le monde a un avis sur l'école. Et puis tout est très technique et le poids des syndicats y est très fort. Gabriel Attal va forcément s'abîmer", remarque Claude Lelièvre, historien de l'éducation.

"Il en porte lourd sur les épaules"

Le contexte semble d'autant plus inflammable que les professeurs peinent à voir comment la promesse d'un "enseignant devant chaque élève" sera tenu. Début juillet, plus de 3100 postes de professeurs n'avaient pas été affectés. Gabriel Attal se veut lui rassurant et a avancé sur France inter que les effectifs étaient "déjà très largement pourvus" grâce à des contractuels - sans convaincre pour l'instant les centrales.

"On a beaucoup de doutes. Il y aura peut-être des enseignants dans certaines classes qui ne seront pas formés. On craint aussi des fermetures de classes pour mettre ces enseignants ailleurs", alerte ainsi Guislaine David, porte-parole du SNUIpp-FSU.

"Il a promis, il va falloir convaincre rapidement maintenant. On n'attendait rien de Pap NDiaye donc personne n'a été déçu. Là, il en porte lourd sur les épaules", résume le sénateur LR Max Brisson, ex-professeur d'histoire.

"S'accrocher aux branches"

Sans compter que le déploiement du pacte enseignant, censé pallier en partie les professeurs manquants en échange d'une hausse de salaire, se déploie pour l'instant de façon chaotique.

"Il va devoir s'accrocher aux branches. Sa première polémique était un peu gentillette. Ça va être un autre niveau quand on va voir qu'il manque des profs partout dans trois semaines", grince un député Renaissance, peu fan du personnage.

Le ministre a provoqué son premier tollé après avoir parlé "d'immigration de personnes d'origine mahoraise" mi-août à l'occasion de la rentrée scolaire à la Réunion, avant de reconnaître une "maladresse".

"Il va devenir une cible"

Preuve que Gabriel Attal ne compte pas avoir l'intention de faire profil bas: un déplacement à Mayotte est prévu prochainement. Sans compter le contexte politique alors que les ambitions présidentielles commencent à s'aiguiser en vue de 2027.

"Ce qui est sûr, c'est que plus il va s'agiter et vouloir peser, plus il va en contrarier certains et plus il va devenir un cible", résume, cash, un conseiller ministériel.

"Le côté, 'c’est dangereux' (de ce poste) ce n’est pas un argument pour moi", avait déjà retorqué, bravache, Gabriel Attal auprès du Parisien en août. Voilà ses adversaires prévenus.

Article original publié sur BFMTV.com