Violences conjugales : les seniors, victimes oubliées

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Marie-Madeleine* n’a jamais entendu son mari l'appeler par son prénom. Les insultes, en revanche, pleuvent. Les "pute", les "salope" s’accompagnent invariablement d’une volée de coups. Battue, violée, menacée depuis quarante ans, Marie-Madeleine n’a jamais quitté cet homme épousé à la vingtaine. Elle n’a connu que lui et "ne peut se résigner à refaire sa vie à 68 ans", explique son avocate Nathalie Tomasini. Terrible constat, les femmes seniors sont les grandes oubliées des campagnes sur les violences conjugales. "Un homme âgé qui tue sa femme, on voit ça comme un fait divers décalé", constate Laura*, bénévole de l’association Féminicide par compagnons ou ex. Ce fut le cas pour Mauricette, 76 ans, assassinée à la hachette par son conjoint après une "crise de démence" en septembre 2019. Quant à Marie-Alice, 53 ans, victime de son compagnon en mars 2019, elle était manipulée. "D’une jalousie maladive, il la harcelait par téléphone dès qu’elle sortait", se souvient sa sœur Hélène. "Elle voulait le quitter depuis dix ans. Mais dès qu’elle essayait, il se laissait dépérir. Alors, elle restait."

En 2018, 213 000 femmes ont été victimes d’agressions physiques ou sexuelles au sein de leur couple, selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes. En 2020, le premier confinement de mars à mai a accentué ce phénomène, avec une hausse de 71 % de prises en charge par rapport à la même période en 2019, rapporte l’association France Victimes. Toutes les tranches d’âge sont concernées. En 2019, sur les 173 décès au sein des couples, 88 % des meurtriers sont des hommes, 32 % ont plus de 60 ans. Mais les statistiques officielles ne recensent pas les victimes de plus de 75 ans, "comme si les violences n’existaient pas au-delà de cet âge", s’inquiète Pierre Czernichow, président du conseil fédéral du 3977, centre d’écoute téléphonique mis en place par le ministère de la Santé et destiné aux personnes âgées ou handicapées. "Dans le code pénal, l’âge est un facteur de vulnérabilité. (...)

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