Voyance : elles sont tombées dans une dépendance "aux réponses rapides" sur l'avenir

C.F
·7 min de lecture

Parce qu'elles étaient dans des périodes de grands doutes, Delphine et Marie ont régulièrement consulté des voyantes au cours de leurs vies respectives. Si celles-ci leur ont apporté l'aide dont elles avaient besoin, les jeunes femmes admettent qu'elles ont été dépendantes aux "réponses rapides" et "rassurantes" qu'elles ont pu recevoir. 

Un tarot, des oracles… un pendule ou une boule de cristal… Dans les lignes de la main ou grâce au simple son de la voix… L’avenir pourrait presque se lire partout autour de nous. Pour savoir s’ils ont des chances avec leur crush, s’ils doivent changer d’emploi ou tout simplement ce que leur réserve la vie, 14% des Français ont déjà consulté un.e voyant.e. et 69% des 18-24 ans ont déclaré croire "au moins une des parasciences" (selon une étude Ifop en 2020). Un univers mystique et mystérieux dans lequel est tombée Marie quand elle était petite. Avec une maman et une grand-mère aux capacités médiumniques et des proches magnétiseurs, tirer les cartes est presque un jeu d’enfant pour elle. La première fois qu’elle a un bref aperçu de son avenir, elle n’a que 10 ans. "J’accompagnais ma mère lors d’une séance pour elle et la voyante m’a dit que mon premier enfant serait une fille et que j’exercerai un métier avec beaucoup de contact", se souvient la manageuse dans la vente. 

Vers l’âge de 16 ans, avoir des aperçus sur sa vie future devient presque un jeu. "Une copine de ma mère tirait les cartes. À chaque fois qu’on allait prendre le thé chez elle, environ deux fois par mois, elle me faisait des tirages, raconte-t-elle avec le sourire. Alors dès que j’y retournais, elle me demandait si ce qu’elle avait vu était bien arrivé et on allait voir la suite des évènements ". Sa vie prend des allures "de série Netflix" dont elle a droit à un extrait du prochain épisode à chacun de ses rendez-vous. Alors une fois arrivée à l’âge adulte, elle a envie de voir la différence entre "une séance avec quelqu’un qui le fait par passion et quand c’est vraiment un.e professionnel.le.". Une première fois troublante qu'elle n'est pas prête d'oublier. Avec sa belle-soeur, elles se rendent chez une "sorcière thaïlandaise", dans le 13e arrondissement de Paris, qui "entre en communication avec les esprits". Intrigante, voire effrayante, elle vise juste dans toutes ses prédictions et notamment sur son passé.

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Le jour où on lui a prédit le pire 

Loin de s’arrêter-là, Marie, qui est aujourd’hui âgée de 28 ans, explique avoir "beaucoup consulté" entre ses 22 et ses 24 ans. Pour palier les nombreux doutes qu’elle rencontre sur sa vie et faire face à ses incertitudes, elle confie : "J’en voyais une tous les mois pendant deux ans". Au total, la jeune femme a échangé avec une trentaine de praticien.ne.s différent.e.s, tou.te.s rencontré.e.s grâce au bouche-à-oreille. "Je pouvais voir la même personne jusqu’à trois fois maximum, après je changeais pour ne pas qu’elle me connaisse trop et se mette à interpréter mes réactions et mon vécu", précise celle qui a surtout consulté pour ses amours, sa vie professionnelle "mais aussi la santé". À cette époque-là, sa mère connaît "des hauts et des bas" à cause d’un cancer "qui touche la poitrine, l’utérus". C’est grâce à une voyante que Marie se prépare au pire : "Un jour, elle a pris beaucoup de pincettes pour me dire : ‘Tu sais, toute sa vie, ta maman devra vivre avec ça’. Elle m’a aussi conseillée de passer beaucoup de temps avec ma mère parce que c’était important". 

À ses mots, elle décide de quitter son travail pour se rapprocher d’elle. Si d’ordinaire, elle rend visite à ses parents une fois par mois, là Marie décide de profiter "à fond" de sa mère et passe ses derniers mois avec elle. Si la jeune femme est "reconnaissante" envers celle qui lui a permis d’être présente pour sa mère, elle admet être tombée dans "une sorte de dépendance" à cette "facilité" d’avoir "des réponses" à toutes ses questions. "J’en étais arrivée à dès que j’avais une question, on me disait quoi faire je le faisais". Un "travail de feignant" que connaît bien Delphine. Elle a aussi eu recours à des voyant.e.s entre 2011 et 2015 : "J’ai consulté une première fois parce que j’étais dans une relation amoureuse assez toxique". À la recherche d’un "accompagnement", "d’aide" et de "nouveaux horizons", elle fait la rencontre de cette femme qui "sans aucun support" lui parle de son passé et de son présent. Quand elle lui conseille de s’éloigner de son compagnon et de changer de vie, Delphine met un terme à sa relation amoureuse et démissionne. Un choix qu’elle ne regrette pas, bien au contraire : "Suivre ses conseils m’a permis de prendre les devants avant que je ne sois trop abîmée". 

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Un psychologue à la place d'un voyant ? 

Après cette première expérience, elle contacte d’autres professionnel.le.s, notamment lorsqu’elle se trouve dans des périodes "où j’avais besoin d’être rassurée, après une rupture ou bien quand je doutais beaucoup sur mes choix". Comme Marie, c’est grâce au bouche-à-oreille qu’elle trouvent des médiums qui l’accompagnent. Après chaque séance, elle en ressort apaisée et plus confiante sur son avenir. Finalement, passer par les oracles ou encore le tarot de Marseille, "c’est aller toucher là où ça fait mal directement" contrairement à une thérapie avec un psychologue ou un psychiatre. "J’ai déjà été suivie, mais la psychologie a ses limites et le professionnel ne peut pas se prononcer alors qu’un médium va me demander si je suis prête à tout entendre avant de me donner des infos sur ma vie, mon avenir. Après, c’est à moi de mettre tout cela en perspective et dans un contexte". Pour elle, la voyance est le meilleur moyen d’avoir une "réponse rapide" au moment où elle la demande même si cela ne lui permet pas de "travailler plus en profondeur sur le vrai problème". La jeune femme se prend à contacter environ tous les six mois : "À environ 90 euros la séance, cela représente un certain coût, mais au final les psychologues ne sont pas remboursés non plus". 

"Quand quelqu’un se sent en position de faiblesse et qu’il sait qu’on peut l’aider, alors il est prêt à mettre des fonds pour aller mieux. En pensant à toutes les thérapies que j’ai faites et qui n’étaient pas remboursées, je me suis dit : ‘Pourquoi ne pas essayer une méthode moins conventionnelles ?’". "Cela m’a aidée à avoir confiance en l’avenir, à être patiente, et ça m’a aidée à évoluer", assure-t-elle. Avec du recul, Delphine se dit chanceuse de ne pas être tombée entre de mauvaises mains : "Quand j’étais fragile, j’aurais pu me faire avoir par quelqu’un de mal intentionné". Dix ans ont passé depuis ses premières séances et Delphine va mieux. Si désormais, elle consulte "de temps en temps" c’est plus par "curiosité" que par "besoin" contrairement au 20% de Français qui ont consulté un "spécialiste" (voyant, astrologue, cartomancien, numérologue) à propos du Covid-19, au cours de l’année 2020.

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