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Vuelta: qui est Lenny Martinez, la nouvelle pépite française qui a pris le maillot rouge de leader à 20 ans

Benjamin du peloton du Tour d'Espagne, Lenny Martinez a pris le pouvoir à l'Observatoire de Javalambre ce jeudi lors de la sixième étape. A seulement 20 ans et 51 jours, le Français de la Groupama-FDJ est devenu le plus jeune coureur de l'histoire à revêtir un maillot de leader sur un Grand Tour. Car Henri Cornet, qui devrait le devancer dans les statistiques grâce à sa victoire dans le Tour de France 1904, n'a jamais porté dans les faits une quelconque tenue distinctive. Cinquième initialement à 19 ans et 344 jours, Cornet avait en outre profité de quatre disqualifications pour être sacré plusieurs mois plus tard et le maillot jaune n'existait tout simplement pas encore.

Ce jeudi, c'est à la pédale que Lenny Martinez s'est glissé dans une échappée d'une quarantaine de coureurs après une longue bataille. Troisième du classement général à 17 secondes de Remco Evenepoel jeudi matin, le Français était le mieux classé à l'avant. De quoi forcément lui donner des idées, tout comme à son équipe qui a assumé cet objectif en roulant dans le final.

Finalement deuxième à l'arrivée derrière Sepp Kuss, celui qui participe à son premier Grand Tour a réussi à récupérer le maillot rouge de leader avec une marge de huit secondes sur le coureur américain de la Jumbo-Visma. "C'est un rêve pour tout coureur, savourait Lenny Martinez après l'arrivée. À l'instinct, je me suis dit: il faut que j'y aille, dans ce gros groupe. Porter ce maillot rouge, c'est tellement grand, ça fait presque peur. Je ne sais même pas comment ça se passe quand on est leader d'un Grand Tour."

Une histoire de famille

Pour Lenny Martinez, cet exploit a forcément une dimension symbolique pour les siens. "Je suis très fier de rendre ma famille fière, elle me regarde à la télé", lançait-il après le podium. Il faut dire que son nom est bien connu: meilleur grimpeur du Tour de France 1978, le grand-père Mariano Martinez a participé à dix reprises à la Grande Boucle, avec deux succès d'étapes à la clé. Né à Burgos et naturalisé français dans sa jeunesse, Mariano Martinez terminait troisième lors des championnats du monde 1974 derrière Eddy Merckx et Raymond Poulidor.

Fils de Mariano et père de Lenny, Miguel Martinez a été lui le premier vététiste français à être champion olympique en 2000. Grand nom de sa discipline avec également un titre mondial en 1999, il a tenté brièvement sa chance sur la route, avec une participation au Tour de France 2002 sous les couleurs de la Mapei-QuickStep. "On a l'impression qu'on a une énergie et que cette famille est faite pour faire du vélo", glissait récemment Miguel Martinez dans un reportage sur France 3. "Mariano et Miguel étaient pros et marchaient fort, j'avais envie de faire la même chose tout simplement", confie le nouveau prodige lorsqu'il est interrogé sur cette dynastie dans le cyclisme.

Mariano Martinez n'a d'ailleurs pas seulement inspiré son fils. "J'avais un poster du père de Lenny Martinez", s'amusait Sepp Kuss ce jeudi, originaire d'une ville très férue de VTT. Dans sa famille, Lenny a aussi eu comme exemple Yannick, son oncle. En 2014, avec le maillot de l'équipe Europcar, il participait à sa seule Vuelta. "Il m'en a parlé, partageait Lenny avant le départ. C'est une grande aventure pendant trois semaines, c'est dur aussi. Plus petit, je regardais ça à la télévision et le fait d'y être, c'est impressionnant. La Vuelta va être l'occasion d'apprendre et de faire des résultats, on ne va pas se priver ni freiner."

Marc Madiot et la Groupama-FDJ misent beaucoup sur lui

Précoce, Lenny Martinez n'a mis que peu de temps à se construire une réputation dans le monde du vélo, lui qui a commencé à l'adolescence dans les pas de son père, à Nevers. Originaire de Cannes, où il a vécu avec sa mère, le grimpeur a été couvé dès 2021 par la Groupama-FDJ, d'abord dans un programme réservé aux juniors, entraîné alors par Benoît Vaugrenard, qui est actuellement l'un des directeurs sportifs de l'équipe pour la Vuelta. Puis la pépite a été polie l'an passé dans la "conti" Groupama-FDJ, qui forme les jeunes talents pour la formation de Marc Madiot. En cette saison 2023, sept talents de cette réserve ont été promus dans l'équipe première, dont Lenny Martinez.

Début août, face à un recrutement peu clinquant où la Groupama-FDJ a signé des coéquipiers, Marc Madiot tenait à balayer les critiques. "Le but est de continuer de croire en ce qu'on a commencé à mettre en place cette année, avec des leaders confirmés qui restent et la montée en puissance des jeunes qui viennent d'arriver: Lenny Martinez, Romain Grégoire, Sam Watson, Paul Penhoët et les autres. Nous n'avions ni la vocation, ni l'objectif d'aller chercher d'autres leaders. Les leaders, on les a déjà", clamait l'emblématique patron.

Lors du dernier Tour de France, le public français effectuait ses adieux à Thibaut Pinot, qui a passé l'ensemble de sa carrière sous les ordres de Marc Madiot. Passé professionnel en 2010, le Franc-Comtois raccrochera le 7 octobre prochain. Arrivé en 2012, Arnaud Démare a quitté l'équipe avec fracas début août, déçu de sa non-sélection pour la plus grande course du monde.

"Je me dis que Bernard Hinault a peut-être raison de voir en Lenny son héritier"

Derrière David Gaudu et le champion de France Valentin Madouas, la Groupama-FDJ doit donc se reconstruire. Mais l'avenir s'annonce prometteur. Le 13 juin, à 19 ans, l'actuel leader du Tour d'Espagne ouvrait son compteur pro lors d'une course sur les pentes du Mont-Ventoux face notamment à Michael Woods. Le Canadien s'imposait un mois plus tard sur le Tour de France lors de l'arrivée au Puy de Dôme. Si Lenny Martinez avait sans doute déjà les capacités physiques pour découvrir le Tour de France, il était prévu de longue date en Espagne avec ses anciens partenaires de la conti.

Venu sur le Tour d'Espagne pour se tester dans le classement général, Lenny Martinez a désormais une belle marge face aux autres prétendants. Pour autant, aucun objectif chiffré n'a été donné mais son passage sur la Vuelta est d'ores et déjà "réussi" comme l'avouait à chaud Lenny Martinez ce jeudi. Pour la famille, à l'image du grand-père, l'émotion est en tout cas totale: "Maintenant, je peux mourir tranquille", a lancé Mariano à son fils au téléphone, comme l'a rapporté Miguel dans un entretien pour le Parisien.

Fan de Thibaut Pinot lorsqu'il était jeune, Lenny Martinez est amené à porter rapidement les espoirs du cyclisme tricolore dans le Tour de France. "Je me dis que Bernard Hinault a peut-être raison de voir en Lenny son héritier, a avoué le paternel. Il a dit il y a quelque temps: 'Il n'y en a qu'un seul Français que je vois comme mon successeur sur le Tour, c'est Lenny Martinez.' Je trouvais que c'était un trop gros compliment. Mais après ce que Lenny vient de faire sur la Vuelta, c'est peut-être le Blaireau qui dit vrai." Pour rappel, la France attend depuis 1985 un successeur de Bernard Hinault.

Article original publié sur RMC Sport