Parents en vacances, enfants à la garderie

« Veuillez nous indiquer quels jours votre enfant sera absent. » Sur la feuille, de petites cases à cocher : le 27 et le 28 décembre, le 3 et le 4 janvier. Les éducatrices de la garderie doivent s’organiser durant le temps des Fêtes. Elles veulent savoir, en ce début du mois, quel enfant utilisera le service de garde pendant cette période.

La plupart d’entre nous, parents, seront en congé du 21 décembre au 2 janvier. On en profite pour s’amuser et se détendre : préparatifs de Noël, popotte, visites dans la parenté, sports d’hiver, soupers entre amis... et temps passé avec les enfants, en famille. C’est du moins ma façon de concevoir les vacances.

Certains parents, à bout de souffle, aiment bien profiter de l’offre de la garderie : le service est ouvert, pourquoi ne pas en profiter ? Après tout, on paie… « C’est bouleversant de voir un enfant triste parce qu’il ne passe jamais de temps avec ses parents », me confie Catherine, une éducatrice en garderie de la Rive-Sud de Montréal. Sur les réseaux sociaux, j’ai sondé une quinzaine d’éducatrices des quatre coins du Québec (elles n’ont pas voulu que j’indique leurs noms de famille, pour des raisons évidentes). Plusieurs d’entre elles me parlent de leur déchirement de voir des tout-petits (entre 1 et 5 ans) passer beaucoup de temps à la garderie : pour certains, cela représente 10 heures par jour, cinq jours par semaine. « Quand les vacances d’été arrivent, les parents bénéficient de deux ou trois semaines de vacances mais ils envoient tout de même leurs enfants à la garderie ! Ça me décourage », raconte Édith, éducatrice spécialisée à Montréal.

Sophie, éducatrice en garderie dans les Cantons de l’Est m’avoue : « Lors de journées pédagogiques, les parents gardent les plus vieux à la maison mais ils viennent porter le plus petit à la garderie. L’enfant arrive en pleurant et le parent m’annonce : ‘il pleure parce qu’il voulait rester à la maison lui aussi’ ! » La situation la laisse perplexe. Tout comme le constat que certains enfants « passent l’année à la garderie sans aucune vacances ». Et les parents, eux, ils n’en prennent pas non plus ? « Oui, mais ils ont des choses à faire », m’explique-t-elle.

Entre les week-ends chez grand-papa et grand-maman, les soirées à la maison sous la surveillance d’une « petite gardienne », les journées passées à la garderie, où est le temps de qualité passé entre parents et enfants ? Dans un billet publié dans le magazine Châtelaine ce mois-ci et intitulé Le Québec n’aime pas ses enfants, je cite Jacques Davidts, scénariste et auteur de la série télé Les Parent : « Socialement, on ne le dira pas mais on n’est pas ouverts aux enfants, on les tolère, dit-il. On les supporte tant qu’ils sont de petits adultes. Mais quand ils agissent en enfants, ça nous tape sur les nerfs. » Serait-ce vrai au point où même les parents ont de la difficulté à vivre avec leurs propres enfants ? Les enfants sont-ils devenus un poids, une entrave à nos accomplissements personnels et professionnels ? Marie-Julie Gagnon, maman, blogueuse et globe-trotteuse, croit que oui : « Les enfants ne font pas partie de la société, on les ‘dompe’ à une gardienne pour faire ses affaires. C’est une question de mode de vie », me dit-elle dans l’article de Châtelaine.

Je me suis longtemps demandée si nous, parents, devions privilégier le temps de qualité ou la quantité de temps. À une certaine époque, les féministes ont répété à qui mieux-mieux que le temps de qualité était de loin préférable. Cela devait déculpabiliser les femmes « de carrière » qui tentaient de défoncer le plafond de verre… Comme plusieurs femmes de ma génération, je crois aujourd’hui que ça prend les deux. Se passionner pour son travail, oui. Être proche des enfants, au quotidien, oui. De là le défi de la conciliation…

J’ai rempli la feuille de la garderie sans trop me poser de questions.

Aux Fêtes, Petite Lionne s’amusera ici, à la maison. Elle se reposera de la « vie de groupe », exigeante, et des « règles de vie », parfois contraignantes, de la garderie. Oui, elle tournera peut-être en rond à la maison. Alors elle s’inventera des jeux. Oui, nous devrons régler des conflits entre frère et sœur. Mais ils passeront du temps seuls tous les deux.

Et surtout, nous serons tous les quatre, ici, ensemble.

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