Certaines femmes utilisent des noms de code pour parler de leurs règles, un sujet pourtant déjà tabou

Certaines femmes utilisent des noms de code pour parler des règles, renforçant ainsi les tabous [Photo: Getty]

Les ragnagnas, les anglais ont débarqué.... Une nouvelle étude a révélé que presque la moitié des femmes utilisaient un nom de code pour parler de leurs règles, mais ce refus d’appeler un chat un chat pourrait renforcer certains tabous.

D’après cette étude, menée par Mondays, un service d'abonnement à des produits hygiéniques, les femmes utilisent des noms de code secrets car beaucoup considèrent le terme « règle » (period) comme sale, grossier, maladroit et embarrassant.

Au Royaume-Uni, « Mary » serait le nom de code le plus utilisé par les femmes qui souhaitent éviter de prononcer les expressions « règles » ou « menstruation », et « Sophie », « Pat », « Pénélope » et « Pam » sont également régulièrement utilisées.

D’une certaine manière, il est mignon de donner un petit nom à ses règles, mais les experts pensent que ces sentiments d'embarras et de gêne nous empêchent d’avoir des discussions franches autour de la menstruation.

De plus, ce refus d’appeler un chat un chat entraîne une certaine confusion et un manque de connaissances chez les hommes et les femmes.

Fait inquiétant, cette culture du silence serait également transmise à la prochaine génération. En effet, d’après l’étude, près de 2,4 millions de femmes hésiteraient à prononcer le mot « règle » devant leurs enfants.

Nancy Saddington, co-fondatrice de Mondays, s’est confiée sur les résultats : « Les femmes devraient naturellement être en mesure de prendre les décisions au sujet des périodes. Elles sont en position de pouvoir pour encourager la diffusion d’informations exactes et ouvrir le dialogue ».

« Mais, les femmes qui ressentent le besoin d'utiliser des noms de code, même si c’est juste pour rire dans de nombreux cas, donnent l’impression de s'excuser, alors qu’il s’agit d’une fonction naturelle et fondamentalement humaine. Cette attitude limite la conversation autour de la santé des femmes et renforce la stigmatisation associée aux règles ». 

Cette absence de discussion sur les règles pourrait contribuer à un manque de compréhension, et ce même chez les femmes. En effet, plus de 4,5 millions de femmes ont admis ne pas vraiment connaître tous les détails en matière de produits hygiéniques et être parfois troublées par des sujets, comme le flux, la durée, la taille du tampon et la pertinence des différents produits.

La culture du silence est toujours aussi présente [Photo: Getty]

Et si les femmes ne s’y connaissent pas, les hommes ont encore moins de chance de maîtriser le sujet.

Plus d'un tiers (37 %) affirment avoir peu ou pas de connaissances sur les règles, et plus de 2,5 millions d'hommes ont affirmé avoir tout appris des règles en se mariant.

Les hommes étaient plus susceptibles d’en apprendre davantage sur les règles par l’intermédiaire de leurs petites copines (13%), leurs femmes (10%), leurs mères (9%) ou leurs sœurs (8%). 

« Nous avons la responsabilité de transmettre des informations précises sur les règles aux jeunes, mais le vocabulaire que nous utilisons et la manière dont nous en parlons sous-entendent que nous devrions cacher les règles et en avoir honte ».

« Involontairement, nous renforçons le tabou et alimentons la confusion autour d'une partie intégrante de la biologie féminine ». 

Alors pourquoi ressentons-nous encore de la honte alors que les règles sont tout à fait naturelles ?

La star de l’émission Great British Bake Off, Candice Brown, déplore les « règles » tacites à l’occasion du dernier épisode de White Wine Question Time.

« Nous devons arrêter de cacher nos tampons dans nos manches », a-t-elle confié. « Nous faisons toujours ça, n'est-ce pas ? C'est juste bizarre. C'est un sujet tabou bizarre ».

Amika George, activiste qui a créé Free Periods afin de mettre un terme à la précarité menstruelle au Royaume-Uni, pense que cette sensation de gêne remonte à l'enfance.

« Je crois que c'est tellement ancré culturellement en nous, cet énorme sentiment de honte et d'embarras qui nous empêche de parler des règles », confie-t-elle.

« On nous fait comprendre dès notre plus jeune âge qu’il ne faut pas parler des règles, qu’il ne faut pas en discuter avec nos amis et notre famille, presque comme si nous devions nous excuser ».

« Les fabricants de produits hygiéniques n’aident pas non plus en appelant leurs produits « whisper » (murmure) » ou « discreet » (discret). On a l’impression de devoir garder un secret honteux ».

Mais, les choses commencent à bouger.

Nous avons récemment appris que des protections hygiéniques allaient désormais être fournies gratuitement à toutes les patientes dans les hôpitaux du NHS, et le gouvernement du Royaume-Uni s’est engagé à mettre un terme à la précarité menstruelle dans le monde d’ici 2030.

Dans le cadre de cet engagement, des millions d’euros vont être investis dans des projets visant à fournir des protections hygiéniques et à lever les tabous qui persistent encore autour des règles.

Cette année, on a déjà pu constater quelques avancées. En effet, l'Écosse a offert des protections hygiéniques gratuites aux femmes et jeunes filles touchées par la précarité menstruelle, et un emoji spécial règles a même fait son apparition.

La petite goutte de sang est le résultat d’une campagne menée par le groupe des droits pour les filles Plan International UK, et le groupe espère ainsi que ce petit symbole contribue à ouvrir le dialogue.

Marie Claire Dorking