Ces recettes nées d’une erreur qui sont devenues incontournables

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(Photo by Tom McCorkle for The Washington Post via Getty Images)
(Photo by Tom McCorkle for The Washington Post via Getty Images)

Les boulettes et les idées pour tenter de les rattraper donnent parfois naissance à des créations uniques et d’immenses succès. La preuve avec ces recettes nées d’un oubli, d’une maladresse ou d’une inspiration soudaine pour pallier un manque d’ingrédients. Légendes, fables ou histoires vraies parfois contestées mais ayant traversé le temps, retour sur les récits autour de la naissance de préparations aujourd’hui incontournables, de la tarte Tatin aux Bêtises de Cambrai.

La tarte Tatin

La tarte Tatin est un classique de bistro, né d’une étourderie faite à Lamotte-Beuvron, en Sologne, à la fin du XIXe siècle. Dans l’auberge qu’elle tient avec sa sœur Caroline, Stéphanie Tatin aurait par mégarde oublié de préparer le traditionnel dessert du jour, comme l’explique Slate. Pour se rattraper, elle aurait enfourné en vitesse des pommes recouvertes de sucre et de beurre. Oubliant la pâte, elle l’aurait ajoutée par la suite, créant ainsi la fameuse tarte renversée qui porte son nom. Pour combler le retard accumulé, elle l’aurait dans la foulée servie chaude.

Une autre version prétend que l’une des deux sœurs aurait fait tomber une tarte aux pommes et l’aurait malgré tout enfournée pour tenter de la sauver. Par ailleurs, dans l’ouvrage intitulé La Tarte Tatin : Naissance et vie d’un grand dessert, Gérard Bardon affirme qu’il est possible qu’elles aient "inventé ce renversement de situation pour […] mêler le sucre caramélisé dans le beurre de cuisson" afin d’adoucir le goût des pommes solognotes, "fort acides et plutôt agressives en bouche".

Le Nutella

Comme le rappelle le site Cuisine AZ, la célèbre pâte à tartiner qui fait le bonheur des enfants - et des adultes - au goûter a vu le jour par accident. En 1946, alors que l’Italie traverse une crise après la Seconde Guerre mondiale, Pietro Ferrero souhaite concocter un gâteau à base de ganache de chocolat. Mais trouver du cacao dans cette époque marquée par les restrictions relève du miracle. Le pâtissier en remplace donc une partie par des noisettes broyées.

Au fil du temps, Pietro Ferrero continue d’utiliser cette ganache et trois ans après l’avoir mise au point, le Piémont fait face à la canicule durant l’été. Une chaleur qui fait fondre sa préparation sans pour autant la gâcher, la rendant simplement onctueuse et faisant ressortir la saveur de la noisette. C’est ainsi que le Nutella est né ! La pâte séduit Michele Ferrero, fils de Pietro, qui décide d’abord de la commercialiser sous le nom de Supercrema. Avant qu’elle n’adopte le nom que tout le monde connaît en 1964.

Les bâtonnets glacés

En 1905, Frank Epperson est un Californien d’une dizaine d’années lorsqu’il invente par mégarde les bâtonnets glacés. En plein hiver, le garçon oublie un verre de jus de fruits en poudre mélangé à de l’eau, dans lequel se trouve un bâtonnet en bois utilisé pour remuer la mixture.

Le lendemain matin, le petit Frank découvre que sa boisson a gelé, ce qui ne l’empêche pas de la savourer. Comme le rapporte CNews, le garçon teste ensuite sa glace à l’eau auprès de ses camarades de classe, eux aussi séduits. Près de vingt ans plus tard, en 1924, il en dépose le brevet et crée l’entreprise Popsicle, l’un des leaders sur le marché aux États-Unis.

(Photo by Alexander Tamargo/Getty Images for Paraiso Miami Beach)
(Photo by Alexander Tamargo/Getty Images for Paraiso Miami Beach)

Les chips

En 1853, George Crum travaille au Moon Lake Lodge, un restaurant de l’État de New York. Un jour, un client renvoie à plusieurs reprises son assiette de frites en cuisine, les jugeant trop épaisses. Selon Hitek, le cuisinier aurait alors émincé les pommes de terre en lamelles extrêmement fines, avant de les faire frire et d’y ajouter du sel. Une préparation qui n’a pas seulement emballé le client à l’origine mécontent. Face à l’énorme succès de sa préparation, les Saratoga Chips rejoignent très rapidement la carte de l’établissement. Voulant déposer le brevet, George Crum se voit hélas refuser cette demande parce qu’il est Amérindien et Afro-Américain.

Des recettes similaires apparaissent également dans les ouvrages A Shilling Cookery for the People (1854) d’Alexis Soyer, The Virginia Housewife : Or Methodical Cook (1824) de Mary Randolph ou encore The Cook’s Oracle (1822) de William Kitchiner. Puis, en 1920, Herman Lay invente la machine à chips et donne son nom à l’une des marques les plus célèbres de ce classique de l’apéritif.

(Photo by Dan Kitwood/Getty Images)
(Photo by Dan Kitwood/Getty Images)

Les corn flakes

Directeur d’un Sanitarium dans le Michigan, aux États-Unis, le Dr. John Harvey Kellogg multiplie les recherches sur la nutrition, et notamment sur les céréales. En 1894, le médecin et son frère Will Keith Kellogg laissent bouillir des flocons par inadvertance et les retrouve rassis.

N’étant pas dotés d’un budget conséquent, ils décident de les recycler plutôt que de les jeter, en aplatissant les grains au rouleau avant de les faire griller. Une idée qui marque la naissance d’une recette incontournable du petit-déjeuner. Cette dernière est brevetée et commercialisée en 1906. Mais l’ajout de sucre n’est pas vraiment au goût du Dr. Kellogg…

Le kouign-amann

Malgré une cuisine presque vide, il est toujours possible d’innover et le kouign-amann en est la preuve. En 1860, le boulanger Yves René Scordia se retrouve à court d’ingrédients et décide de mélanger les trois qu’il lui reste : de la pâte à pain, du sucre et du beurre. Le pâtisser de Douarnenez crée alors sans s’en rendre compte ce qui deviendra une spécialité bretonne.

(Photo by Ricardo DeAratanha/Los Angeles Times via Getty Images)
(Photo by Ricardo DeAratanha/Los Angeles Times via Getty Images)

La crêpe Suzette

Accompagnée d’une sauce au beurre au caramel et aux agrumes, flambée au Grand Marnier, la crêpe Suzette est tout simplement inimitable. Dans son autobiographie, le cuisinier Henri Charpentier raconte comment il a inventé ce dessert. À l’âge de quatorze ans, l’apprenti doit servir le prince de Galles, le futur roi Edouard VII, de passage dans un restaurant parisien dans les années 1920.

Comme le rappelle Ça m’intéresse, le jeune Henri lui apporte une crêpe arrosée de Grand Marnier. Submergé par le stress et intimidé, le cuisinier tient son plat trop près d’un chandelier. L’alcool prend feu et l’apprenti n’a d’autre choix que de rapporter la crêpe en cuisine, où il se fait réprimander. L’adolescent prend tout de même le temps de goûter sa préparation et est logiquement conquis par l’explosion de saveurs. Convaincu, il propose la crêpe au prince de Galles, qui tombe sous le charme de son erreur. La paternité est également attribuée à Auguste Escoffier, son maître, qui aurait ajouté la liqueur d’orange.

Mais selon Ça m’intéresse, le mets pourrait en réalité avoir été élaboré par un autre cuisinier, monsieur Joseph. Ce dernier travaille dans un établissement de la capitale situé près de la Comédie-Française. Chargé de collaborer avec le prestigieux théâtre, il a une idée pour une pièce : la comédienne Suzanne Reichenberg, surnommée Suzette, doit faire son entrée sur scène avec une crêpe aspergée de Grand Marnier, à laquelle elle met le feu pour impressionner les spectateurs. Le dessert pourrait ainsi avoir tiré son nom de cette anecdote.

Le roquefort

Selon la page Wikipédia consacrée au premier fromage français à avoir reçu une appellation d’origine, le roquefort serait né d’une étourderie d’un berger. Préférant séduire plutôt que de s’occuper de ses brebis, ce dernier aurait oublié "son casse-croûte composé de pain et de caillé de brebis" dans une grotte. Lorsqu’il y retourne, "le Penicilium roqueforti a fait son œuvre, transformant le fromage en roquefort".

D’après France Culture, cette fable serait née aux alentours de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Selon le spécialiste de la gastronomie Kilien Stengel, interrogé par le site de la station, "toutes ces légendes autour du fromage nourrissent joliment nos imaginaires, […] [et sont] surtout là pour masquer la froide réalité économique autour du fromage (vente et transport)". L’historien Loïc Bienassis estime quant à lui que ces récits reflètent "une volonté de comprendre, de dater, d’interpréter des choses qui se perdent".

(Photo by Balint Porneczi/Bloomberg via Getty Images)
(Photo by Balint Porneczi/Bloomberg via Getty Images)

Les Bêtises de Cambrai

Deux entreprises concurrentes, Afchain et Despinoy, se disputent la paternité de ces bonbons qui portent bien leur nom, nés aux alentours de 1830. Quoi qu’il en soit, comme le rappelle Cuisine AZ, l’anecdote autour de leur création reste sensiblement la même. Un apprenti en charge de la confiserie familiale aurait fait tomber de la menthe dans la préparation des berlingots.

Plutôt que d’admettre la vérité, le jeune garçon aurait fait comme si de rien n’était. Il travaille donc la pâte pour qu’elle blanchisse, faisant en sorte que ses parents ne s’en aperçoivent pas et commercialisent sa préparation. Mais les clients, eux, ne passent pas à côté de ce changement qu’ils apprécient. Les parents ont donc très vite demandé à leur fils cette recette qui aurait dû demeurer secrète et être vite oubliée…

(Photo by Maurice ROUGEMONT/Gamma-Rapho via Getty Images)
(Photo by Maurice ROUGEMONT/Gamma-Rapho via Getty Images)
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