EN IMAGES - Couples mythiques : Elvis Presley et Priscilla Beaulieu, le conte défait

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(Bettmann Archive)
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Elle rêvait d’épouser le King, il cherchait une épouse modèle. Si tous deux parvinrent à leurs fins, leurs fantasmes respectifs ne survécurent pas à l’épreuve du réel. Elvis Presley, disparu en 1977, aurait fêté ses 86 ans ce 8 janvier 2021. À l’occasion de ce triste anniversaire, retour sur une idylle chaotique entrée malgré tout dans la légende.

Une rencontre pas si fortuite

Longtemps, Priscilla Beaulieu a tenté de draper sa rencontre avec Elvis Presley dans les oripeaux du hasard. Celle-ci n’a pourtant pas été le fruit d’un heureux concours de circonstances. Cette fille de capitaine de l’armée de l’air américaine, stationné en Allemagne à l’époque où le chanteur y effectuait son service militaire, avait une petite idée derrière la tête lorsqu’elle accepta de flirter avec Currie Grant – grand ami du King – en échange d’une entrevue avec ce dernier. Ce fut chose faite en septembre 1959, à Bad Nauheim, sa ville de garnison.

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“Elle avait le sentiment qu’un grand destin l’attendait, écrira plus tard sa biographe Suzanne Finstad. Si elle semblait être aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, timide et soumise, en réalité Priscilla savait s’y prendre pour obtenir ce qu’elle voulait. Quand elle avait un objectif, elle s’y accrochait.” Et qu’importe si dix années la séparent de son idole : l’adolescente de 14 ans à peine se rêve déjà en future madame Presley.

(James Whitmore/The LIFE Picture Collection via Getty Images)
(James Whitmore/The LIFE Picture Collection via Getty Images)

“J’étais si nerveuse, je ne savais pas quoi lui dire”

Elvis Presley, qui vient tout juste de perdre sa mère, est venu en Allemagne accompagné de son père Vernon, de sa grand-mère Mini Mae et de deux de ses cousins. Comme la majorité des soldats accompagnés de leur famille, il est autorisé à vivre en dehors de la caserne. C’est donc à son domicile de Bad Nauheim, une grande maison située à quelques kilomètres de la base, qu’il rencontre pour la première fois la jeune – et déjà très belle – Priscilla. Une demi-heure après leur présentation, le chanteur la fait monter dans sa chambre pendant des heures. “Mes parents m'ont emmenée chez lui. Il avait 24 ans. J'étais très timide, pas du tout le genre de fille à hurler à un concert. Il m'a fait asseoir à côté de lui et m'a posé plein de questions : 'Tu vas à l'école ? Où ?' J'étais si nerveuse, je ne savais pas quoi lui dire. Il est allé au piano, s'est mis à chanter pour me mettre à l’aise”, rembobinera plus tard Priscilla dans un entretien avec le Huffington Post. Avant de poursuivre : “Quelques jours plus tard, on a reçu un appel : il voulait me revoir. Je n'ai pas compris, j'avais été si ennuyeuse…”

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L’école le jour, Elvis la nuit

Commence alors une étrange idylle entre la star et l’adolescente, qui va à l'école la journée et retrouve Elvis Presley chez lui le soir. Pourtant, bien que Priscilla soit mineure, leur histoire naissante ne semble déranger personne. À commencer par la propre mère de la collégienne. “Anne s’identifiait beaucoup à Priscilla, écrira plus tard sa biographe. À certains égards, elle vivait par procuration à travers sa fille.” Une vie de rêve qui va toutefois s’achever en mars 1960, quand le chanteur repart aux États-Unis à l’issue de son service militaire. Durant quelques mois, la jeune fille ne semble pas affectée par son départ, et commence même à fréquenter un certain Tom Stewart. Pourtant, lorsqu’un beau jour le téléphone sonne chez elle, elle abandonne sa romance naissante : “Six mois après la fin de son service, Elvis m'a invitée à le suivre à Graceland”, confiera-t-elle sobrement au Huffington Post.

(Dés)illusions

En 1962, alors qu’elle est âgée de 16 ans, Priscilla – déjà haïe par les fans d’Elvis les plus enamourées – débarque à Los Angeles. L’interprète de Love me Tender est alors au sommet de sa gloire, et voit même Hollywood lui faire les yeux doux. Peu emballé par le style de sa dulcinée, qui tranche avec l’univers clinquant et glamour dans lequel il baigne, le King charge ses proches de la relooker à sa convenance. Exit l’écolière discrète : la jeune fille se farde les yeux de noir, soigne son brushing, et empile les vêtements dernier cri. Autant de sacrifices consentis en vain : le rockeur maintient sa poupée de salon à l’écart, et la cloître dans sa prison dorée de Graceland, à Memphis. Elle se doit d'être une “sainte”, tandis que les autres femmes sont considérées comme des “putains”. Contrainte à la chasteté par son compagnon – qui rêvait d’épouser une vierge –, elle doit en outre souffrir en silence lorsqu’elle apprend par voie de presse, en 1964, l’idylle de tournage de son conjoint avec la sulfureuse Ann-Margret, sa partenaire dans Elvis Meets His Love Match.

(Silver Screen Collection/Getty Images)
(Silver Screen Collection/Getty Images)

Une femme sous emprise

“C'était une relation très protectrice dès le départ. Il a été un père pour moi. C'était mon mentor”, révèlera Priscilla en 1985, lors d’une interview avec Barbara Walters, après la parution de son livre, Elvis & Me. Pour expliquer le contrôle total que la rockstar avait sur sa vie, elle admettra aussi, lucide : “J'étais définitivement sous l'emprise de ce que je pensais être l'amour.” Prenant peu à peu part aux fêtes organisées par le King et ses amis, elle mène alors une double vie : endiablée la nuit, et studieuse le jour, au sein d’une école catholique. Un rythme de vie intenable qui la pousse à prendre des stimulants pour se maintenir éveillée et des somnifères pour s’endormir. Et pendant ce temps-là, le chanteur se perd dans les bras d’Anita Wood…

NBCU Photo Bank
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Mariage à Las Vegas

Le 1er mai 1967, soit huit ans après leur rencontre, Elvis et Priscilla officialisent (enfin) leur union. La cérémonie se déroule à Las Vegas et pour éviter l'émeute, Elvis décide de garder l'information secrète et de brouiller les pistes. “Avec le colonel Parker [l’agent de la star, ndlr.], on a ramené la famille et les amis à Palm Springs en Californie où Elvis avait une maison, confiera en 2017 à France Inter Joe Esposito, son homme de confiance. Les reporters sont donc tous allés là-bas et les gens tournaient autour de la maison en se demandant bien ce qui allait se passer. Tard dans la nuit, on est partis discrètement pour l'aéroport. On a pris le jet de Frank Sinatra et on est arrivé à Las Vegas. On s'est reposés un peu et le lendemain, on s'est préparés pour la cérémonie.” Laquelle se déroulera de manière rapide et intime à l’hôtel Aladdin, en présence de seulement 14 convives. Ce n’est que le lendemain que les journalistes et une centaine d’invités admirent la bague en diamant 32 carats signée Harry Levitch de la désormais Mme Presley.

(Michael Ochs Archives/Getty Images)
(Michael Ochs Archives/Getty Images)

Un heureux événement mais…

Le 1er février 1968, quasiment neuf mois jour pour jour après leur mariage, naît la petite Lisa Marie Presley. Elvis en est fou. Pour compenser les absences répétées que lui imposent sa carrière, il lui offre ce qui se fait de mieux : jet privé pour l'emmener jouer dans la neige, privatisation de parc d'attraction, poney, cadeaux à gogo, rien n’est trop beau pour sa princesse. “Elvis Presley était un père cool, qui sur-gâtait notre fille, confirmera plus tard Priscilla au Huffington Post. Il faut dire qu'il était souvent parti. C'était l'aspect le plus difficile de notre vie. C'est moi qui élevais notre fille.” Un rôle de mère assumé trop tôt, comme elle l’expliquera au journaliste Alex Miranda : “C'est difficile, surtout quand on est si jeune, d'être une nouvelle femme et automatiquement une mère et d'être dans le rock'n'roll. Les trois éléments ne se mélangent pas très bien. Je voulais être une mère, mais je voyageais beaucoup car Elvis me voulait à ses côtés. C'était très dur de faire marcher tout ça.”

(Keystone/Getty Images)
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Téléviseurs flingués et chaises volantes

Si la maternité se révèle un exercice difficile pour Priscilla, elle l’est encore davantage pour Elvis, qui digère mal la transformation de sa jeune épouse. Il ne touche plus celle qu’il adule en tant que mère, et peine à retrouver sous les traits de cette enfant devenue femme, l’adolescente rencontrée en Allemagne. Loin de l’image de famille unie qu’ils affichent sur papier glacé, les Presley vivent des heures sombres. La star passe des heures cloîtrée dans le noir dans sa chambre, et se laisse parfois aller à des accès d’une violence inouïe : “Il tirait sur des téléviseurs quand il n'aimait pas ce qu'il voyait, et les téléviseurs étaient immédiatement remplacés”, révèlera Priscilla après la mort de l’artiste. Et quand ce ne sont pas les tubes cathodiques qui subissent ses coups de sang, les chaises volent sur son épouse si elle a l’audace d’émettre des doutes sur ses compositions…

De la scène au dojo

Au début des années 1970, le rockeur est à bout de force. L’alcool, les somnifères, et ses infidélités à répétition l’éloignent chaque jour un peu plus de Priscilla. Se sentant délaissée, cette dernière entame une liaison avec Max Stone, son instructeur de karaté. Treize ans après sa première rencontre avec le chanteur, elle se sépare de lui et demande le divorce, à la fin de l'année 1972. Après avoir catégoriquement refusé à plusieurs reprises, le King finit toutefois par céder. “J'étais haïe pour l'avoir épousé, et haïe pour vouloir le divorce, analysera plus tard Priscilla. Avoir des gens qui vous critiquent sans connaître votre vie, sans savoir que vous faites tout pour être une bonne épouse, une bonne mère, un bon compagnon, c'était très très dur.”

Divorce et relation apaisée

Le 9 octobre 1973, devant une meute de paparazzi venue se repaître de la dépouille de leur mariage, le couple se rend au tribunal main dans la main, curieusement plus uni que jamais. Leur complicité est alors évidente. Elle restera très forte. “Nous sommes restés amis jusqu'à sa mort. Nous étions toujours là l'un pour l'autre, c'était une relation douce”, confirmera Priscilla. Lors de l'une de leurs dernières conversations téléphoniques, elle avait même évoqué la possibilité de retrouvailles futures. “Ouais, aurait alors répondu Elvis en plaisantant, quand j'aurais soixante-dix ans et toi soixante. On sera tous les deux si vieux, on fera les c*ns et des courses en voiturettes de golf.” La mort s’interposera malheureusement bien avant les premières rides.

(Michael Ochs Archives/Getty Images)
(Michael Ochs Archives/Getty Images)

Le roi est mort, vive la reine

Le 16 août 1977, soit quatre ans après l’énoncé du divorce, l’artiste succombe brutalement à une overdose médicamenteuse, à 42 ans à peine. Priscilla et Lisa Marie, alors âgée de neuf ans, accompagnent l’interminable convoi funéraire de 49 véhicules qui escorte Elvis Presley vers sa dernière demeure. De nombreux fans se déchaînent alors sur son ex-femme, qu’ils accusent d’être à l’origine de sa dérive mortifère. Des critiques qui n’affectent en rien la veuve, qui n’est plus depuis longtemps l’adolescente ingénue que la star avait rencontrée un soir de septembre 1959…

(GAB Archive/Redferns)
(GAB Archive/Redferns)

Une femme libre… Et un nom

Depuis son divorce en 1973, Priscilla – qui a judicieusement conservé le patronyme Presley – s’est en effet grandement émancipée, ouvrant notamment une boutique de vêtements de luxe florissante à Los Angeles. Un épanouissement qui va encore s’accroître au début des années 1980, lorsqu’elle va s’essayer au mannequinat et à la comédie. Ainsi incarne-t-elle à partir de 1983 le personnage de Jenna Wade dans la célèbre série Dallas, avant de devenir Jane Spencer en 1988 dans la trilogie des Y a-t-il un flic ? Autant de succès qui ne doivent toutefois pas masquer sa plus grande réussite : l’organisation méticuleuse du culte de la vedette.

(Larry Ellis Collection/Getty Images)
(Larry Ellis Collection/Getty Images)

Un musée de légende

En 1982, consciente du coût exorbitant de l’entretien de la demeure d’Elvis – 500 000 dollars annuels –, elle a une idée de génie : transformer Graceland en musée. Nantie du statut de présidente de la Elvis Presley Entreprises Inc., la veuve du chanteur va habilement faire fructifier l’héritage, au point d’en faire quelques décennies plus tard le “monument historique” le plus visité des États-Unis après la Maison Blanche. Quelque quinze millions de personnes ont ainsi sacrifié au rituel du pèlerinage depuis son ouverture au public, et 600 000 fans s’y pressent encore chaque année. Ajoutez à cela la vente des produits dérivés, et vous comprendrez aisément comment la petite PME familiale pouvait afficher en 2007 un enviable chiffre d’affaires de 280 millions de dollars. De quoi entretenir encore longtemps la légende…

(Mike Brown/Getty Images)
(Mike Brown/Getty Images)