Yann B, ex-addict au chemsex : "Le vendredi, J'enchaînais avec un partenaire, puis un 2e, un 3e, un 4e, jusqu'au dimanche soir"

Alcool, drogues, sexe, alimentation, jeux d’argent ou jeux vidéo… Pour "Addict.e.s", sur Yahoo, anonymes et célébrités ont accepté de briser le tabou de la dépendance. Ils racontent la spirale infernale de l’addiction, l’impact souvent destructeur sur l’ensemble des sphères de leur vie, et le chemin, souvent long et douloureux, vers la sobriété.

Addict pendant des années au chemsex, une pratique qui consiste à mêler sexe et drogues de synthèse, Yann B a réussi à s’en sortir grâce à sa grande motivation et à des conseils avisés. Pour Yahoo, le jeune homme, auteur de "Ma vie en poudre", un témoignage paru en mai 2022 (éditions Les Impliqués), est revenu sur ces six années de vie dans l'enfer de la drogue et révèle certaines clés pour se libérer des chaînes de l'accoutumance.

La pratique du chemsex, qui consiste à mêler sexe et drogues de synthèse, continue de faire des ravages, notamment auprès de la communauté homosexuelle. Certaines personnes en abusent et n’en réchappent jamais mais Yann n’en fait pas partie. Contrairement à d’autres, lui a réussi à se sortir de cette spirale infernale après avoir pris conscience des dangers de cette dépendance. Pour Yahoo, le jeune homme, dont la vie a frôlé la mort à de nombreuses reprises, a accepté de raconter son histoire. Il s’est livré sur l’enfer de cette addiction et a notamment expliqué la manière dont il est parvenu à s’en extirper.

"J'ai sombré. Ça m'a permis d'oublier le cancer de mon compagnon"

Comme le raconte le jeune homme, auteur du livre "Ma vie en poudre", son orientation sexuelle commence à se développer à l’adolescence, à l’âge de 16 ans. À cette épode, grâce à l’application de rencontre Grindr, il fréquente beaucoup de garçons et enchaîne les plans cul. Une activité qui lui permet de se sentir "vivant" et "désiré", des besoins essentiels pour ce jeune homme en manque d’estime de soi. Il se désinhibe et gagne confiance en lui.

Rapidement, il rencontre Michel, avec qui il vit le grand amour. "Nous étions en couple libre. Pendant cinq ans, c’était vraiment le bonheur, mais malheureusement, il a eu un cancer", explique-t-il empreint d’émotion. C’est là, à l’âge de 23 ans, qu’il découvre la drogue. Il commence avec du GHB, la drogue du violeur, avant de tester d’autres produits de synthèse. "C’était vraiment épanouissant, j’en prenais de plus en plus souvent", se rappelle-t-il expliquant avoir réussi, grâce à ces drogues, "à oublier pendant un temps le cancer qui consumait Michel". La drogue était son exutoire.

Malheureusement, la maladie de son compagnon empire et assister à son déclin le conduit à consommer davantage. Sans grande surprise, tout empire au moment de son décès. "La drogue n’était plus du tout récréative, elle est devenue très noire tout comme mes pratiques", explique-t-il confiant avoir "sombré". "Je n’avais pas envie de me sauver donc j’ai continué".

Ses week-ends se ressemblaient pour la plupart. "Dès le vendredi soir, je prenais des produits avec un partenaire et j’enchainais avec un deuxième, un troisième, un quatrième. Je ne terminais que le dimanche soir, épuisé", avoue-t-il expliquant suivre un schéma préétabli. "Je commençais dans un lieu de drague, je continuais dans un sauna, j’allais dans un cruising bar et j’enchainais ensuite avec des plans cul réguliers ou rencontrés sur Grindr". Rien ne l'arrête, quel que soit l'état psychologique dans lequel il se trouve. Pour lui, chaque problème a sa drogue. "Si on est fatigué, on prend de la cocaïne. Si on n’est pas excité, on prend de la drogue de synthèse. Pour pouvoir oublier, on prend du GHB et si avec tout ça, on n’arrive toujours pas à bander, on prend du Viagra".

Une activité de débauche qui l’amène à prendre des risques. Face à la forte probabilité de contracter le VIH après des rapports sexuels non protégés, Yann est souvent amené à suivre des traitements. S’il les enchaîne sans se poser trop de questions, tout bascule le jour où son médecin lui fait prendre conscience de la gravité de la situation. "Ce ne sont pas des bonbons, il faut se calmer", lui dit-il, d’un ton alarmiste. "À ce moment, j’ai réalisé que j’étais drogué, j’ai fondu en larmes".

Mais rien n’y fait. Le jeune homme continue dans la décadence jusqu’à atteindre un seuil de non-retour. C’est le regard de sa mère qui lui fait finalement réaliser l’urgence de la situation. "Elle était triste, désemparée", confie-t-il tout en expliquant avoir rechuté à plusieurs reprises à cause de la solitude. "Il y avait dix mecs autour de moi mais au fond, j’étais extrêmement seul".

"J'ai mis trois ans à m'en sortir. J’avais juste à agiter le sachet et puis j’étais excité"

Par chance, l'un de ses voyages le ramène à la raison. "Ça m’a réveillé et révélé. J’ai compris qu’il y avait vraiment de belles choses à voir dans le monde réel, du coup j’ai voulu me sortir de là". Pour ce faire, Yann se rend donc chez un psychologue qui lui prescrit du Baclofène, un décontractant musculaire recommandé généralement aux alcooliques. "Ça m’a fait beaucoup de bien", admet-il expliquant s’être rendu par la suite chez un sexologue. Une rencontre qui, là encore, lui a fait prendre conscience d’une réalité bien sombre.

"Il m’a expliqué que je consommais trop facilement le sexe, qu’il fallait que je cesse pour créer de la frustration. Par conséquent, j’allais ensuite ressentir du plaisir sans consommer de produits et c’est cela qui me manquait", explique-t-il précisant avoir suivi à la lettre ses recommandations. "Il faut passer par une phase d’apprentissage et réapprendre à consommer le sexe". Au total, il lui aura fallu trois années pour sortir de cette addiction, une période ponctuée de hauts et de bas dont il s'est relevé avec brio.

Retrouvez l’interview de Yann B en intégralité :