La harissa et le raï au patrimoine mondial de l’Unesco

Homemade Organic Red Harissa Paste in a Bowl
bhofack2 / Getty Images/iStockphoto Homemade Organic Red Harissa Paste in a Bowl

INTERNATIONAL - Tout un symbole pour la Tunisie. La harissa, condiment national confectionné à base de piments dans ce pays d’Afrique du Nord, a été inscrite, ce jeudi 1er décembre, par l’Unesco au patrimoine immatériel de l’humanité.

Réuni à Rabat, le Comité du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, qui honore avant tout des traditions à sauvegarder plus que les produits eux-mêmes, a annoncé avoir inscrit à sa liste de patrimoine immatériel « la harissa, savoirs, savoir-faire et pratiques culinaires et sociales ». La veille, c’est la baguette française qui avait ainsi été honorée.

La harissa est cuisinée à partir de piments séchés au soleil, d’épices fraîchement préparées et d’huile d’olive qui la conserve et en atténue le piquant. On la trouve quasiment dans toutes les assiettes de restaurateurs en Tunisie et elle est exportée vers de nombreux pays.

Un élément phare du patrimoine culinaire

« Elle est perçue comme un élément identitaire du patrimoine culinaire national, et un facteur de cohésion sociale, précise le texte qui accompagnait la candidature. Préparée et consommée sur tout le territoire tunisien, la harissa est perçue comme un élément fédérateur de tout un pays. »

« Faisant partie intégrante des provisions domestiques et des traditions culinaires et alimentaires quotidiennes de toute la société tunisienne, la harissa est préparée, le plus souvent, par les femmes dans un cadre familial ou vicinal convivial, à caractère festif, marqué par une entraide communautaire remarquable », explique le dossier.

Adoptée en octobre 2003 et ratifiée par 180 pays, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel promeut la sauvegarde des connaissances et savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Outil de la diplomatie culturelle, elle récompense également des « pratiques culturelles transmises de génération en génération, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs ou encore les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ».

Le raï rejoint la liste

Ce jeudi, le raï, chant populaire venu d’Algérie, a, lui aussi, été récompensé. Le genre musical, qui a connu une renommée mondiale dans les années 1990 grâce à des vedettes comme Cheb Khaled, vient d’être inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco.

Considéré comme un moyen de véhiculer la réalité sociale sans tabou ni censure, le raï aborde des thèmes tels que l’amour, la liberté, le désespoir et la lutte contre les pressions sociales. Apparu dans les années 1930, il était à l’origine pratiqué en milieu rural par des doyens qui chantaient des textes poétiques en arabe vernaculaire, accompagnés d’un orchestre traditionnel, selon l’Unesco.

C’est au milieu des années 80 que le raï explose : sous l’influence de « Chebs » (les jeunes), cette musique traditionnelle algérienne de la région d’Oran se modernise. Après un premier festival du raï à Oran en 1985, ce genre musical débarque en France à l’occasion d’un festival à Bobigny, en région parisienne, en janvier 1986. Avec ce festival, le public français découvre aussi la voix de Cheb Mami, qui, aux côtés de Cheb Khaled ou de Cheikha Rimitti, deviendront par la suite des stars mondiales.

530 éléments inscrits

En quelques années, le raï élargit son public, intéresse les grandes maisons de disques. Cheb Khaled devient le premier artiste algérien à entrer au Top 50 au début des années 90 avec son tube « Didi ». Durant la décennie noire (1992-2002), plusieurs chanteurs de raï ont été assassinés dont le plus célèbre d’entre eux, Cheb Hasni, considéré comme le roi du « raï sentimental », tué à Oran en septembre 1994 à Oran par des islamistes armés.

Au cours des années 2000, le raï a peu à peu disparu des grands plateaux de télévision et retrouvé son public confidentiel des débuts, avant d’être remis au goût du jour, cet été, par le succès phénoménal du dernier titre de la star planétaire franco-algérienne, DJ Snake, «Disco Maghreb, du nom de l’emblématique maison de disques oranaise, à laquelle le titre de la chanson rend hommage.

Ce jeudi, le raï rejoint la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, qui compte aujourd’hui plus 530 éléments inscrits, dont 72 nécessitent une sauvegarde urgente. La veille, notre baguette de pain nationale a reçu la même distinction symbolique.

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