La pollution serait liée à des taux supérieurs de dépression et de suicide

Le taux de suicide serait plus élevé les jours de forte pollution. [Photo: Getty]

Les personnes qui vivent dans des zones très polluées pourraient être davantage susceptibles de souffrir de dépression ou de se suicider, selon la recherche.

Des scientifiques de l'University College de Londres ont analysé neuf études sur le lien entre l'exposition aux matières particulaires (PM) et les problèmes de santé mentale.

Les PM sont des matières invisibles libérées via des émissions des véhicules et qui finissent en suspension dans l'atmosphère. Elles peuvent se « loger » dans les poumons lorsque leur taille est inférieure à 2,5 μm (PM2,5), soit 1/400 de millimètre.

Les scientifiques ont constaté que le risque de dépression augmentait de 10 % à chaque hausse de 10 microgrammes des PM2,5 par mètre cube.

Ils ont également examiné des particules « plus grosses » de 10 μm de diamètre et ont constaté que le taux de suicide augmentait les jours où le taux du polluant était plus élevé.

Les PM2,5 proviennent de la combustion du charbon et d'autres combustibles fossiles servant à fournir de « l'électricité, des services de transports et du chauffage aux ménages », selon le rapport sur la santé et le changement climatique Lancet Countdown de 2019.

À l'échelle mondiale, l'exposition aux PM2,5 est « le plus important facteur de risque environnemental de mortalité prématurée ».

L’inhalation de substances microscopiques aurait causé le décès prématuré de 2,9 millions de personnes dans le monde suite à des maladies cardiovasculaires ou respiratoires rien qu’en 2016.

L'impact de la pollution atmosphérique sur la santé mentale était toutefois moins évident.

Rien qu’au Royaume-Uni, près d'une personne sur cinq (19,7 %) âgées de 16 ans ou plus présentaient des signes de dépression ou d'anxiété en 2014, d'après la Mental Health Foundation.

L'an dernier, 6 507 personnes se sont suicidées, d'après les statistiques du gouvernement.

Suite à l’analyse d’études menées dans 16 pays, les scientifiques ont constaté un lien entre la dépression et les PM2,5.

« Nous avons trouvé des résultats assez cohérents dans les études que nous avons examinées et qui s’étaient penchées sur le lien entre l'exposition à la pollution atmosphérique sur le long terme et la dépression, même après avoir ajusté de nombreux autres facteurs qui pourraient expliquer ce lien », a déclaré l'auteure principale le Dr Isobel Braithwaite.

« Le lien semble être d'une ampleur similaire à celle de l’impact des particules sur la santé physique, comme la mortalité toutes causes confondues ».

Les concentrations de PM2,5 varient d'un bout à l'autre du monde, atteignant un maximum de 114 µg/m³ à Delhi et un minimum de 6 µg/m³ à Ottawa et Wellington.

Les villes du Royaume-Uni présentent un taux de 12,8 µg/m³ en moyenne, ont précisé les scientifiques dans la revue Environmental Health Perspectives.

D’après eux, abaisser le taux à la limite de 10 µg/m³ recommandée par l'Organisation mondiale de la santé permettrait de réduire le risque de dépression d'un citadin à hauteur d'environ 2,5 %.

On ne sait pas exactement si la pollution atmosphérique a un impact direct sur la santé mentale, mais les scientifiques affirment que cela est plausible.

« Nous savons que les particules les plus fines de l'air pollué peuvent atteindre le cerveau par la circulation sanguine et le nez », a déclaré le Dr Braithwaite.

« Et la pollution de l'air a été associée à une neuroinflammation accrue, des dégâts sur les cellules nerveuses et des changements de la production d'hormones de stress, eux-mêmes associées à des problèmes de santé mentale ».

L'auteur de l'étude, le Dr Joseph Hayes, a ajouté : « Nous ne pouvons pas encore parler de lien de causalité, mais les preuves suggèrent fortement que la pollution atmosphérique stimule le risque de problèmes de santé mentale ».

« Une grande partie de nos efforts pour réduire la pollution atmosphérique pourrait également avoir un impact positif sur notre santé mentale, en permettant par exemple aux gens de faire du vélo ou de marcher au lieu de conduire ou en améliorant l'accès aux parcs. Cela permettrait de mieux soutenir les déplacements actifs et les espaces verts urbains ».

Les scientifiques admettent qu'aucune étude ne s’est penchée sur les espaces verts, comme les parcs, et que beaucoup ont ignoré l'impact du bruit sur la santé mentale.

Ils ont pris en compte d'autres facteurs susceptibles d’avoir un impact sur le risque de dépression, comme les revenus, mais tous les facteurs n'ont pas été pris en compte.

« Pourquoi une ville avec des caractéristiques démographiques similaires présente-t-elle des niveaux plus élevés de PM2,5 ? », s’est interrogée le Dr Katharina Janke, de l'université de Lancaster.

« Il s’agit peut-être d’un système de transport public qui fonctionne mal et qui entraîne des trajets stressants pour les habitants. Une telle expérience stressante pourrait avoir un impact sur la santé mentale ».

Les scientifiques espèrent également se pencher sur l'impact de la pollution de l'air intérieur sur la santé mentale, par exemple la pollution liée aux bougies.

Alexandra Thompson