Largué.e, délivré.e : "Je suis restée absente jusqu’à ce qu’il prononce les mots"

Vous vous rappelez de ce sentiment de vide quand il ou elle prononce l’irrévocabilité ? Pourtant, les ruptures, si elles peuvent apparaître insurmontables, nous apprennent toujours. Largué.e, délivré.e raconte ces moments de la vie où il a été question de se réinventer pour vivre une vie plus belle encore. Si vous aussi vous voulez raconter vos belles histoires de vie, d'amitié et d'amour, vous pouvez envoyer un message à cette adresse : lucilebellan@gmail.com

Largué.e, délivré.e

Elle se souvient encore parfaitement du moment où elle a décidé de tirer un trait sur leur mariage. Mathilde était dans l’ascenseur et lui la raccompagnait. Il lui avait demandé un baiser pour la route et ce baiser avait précipité la fin de leur histoire. Sur le moment, elle n’avait rien ressenti. Ni amour ni désir ni ennui ni colère. Rien.

Je suis restée absente jusqu’à ce qu’il prononce les mots : ‘C’est fini entre nous’ et qu’il me redonne ma liberté.

L’ascenseur en descente, elle avait regardé longuement son visage dans les miroirs pour comprendre si quelque chose avait changé chez elle. Mais la vérité c’est qu’elle n’était juste plus amoureuse et que rien ne lui faisait moins envie que de continuer à entretenir un mariage sans amour. En tout cas, pas à 24 ans. Elle avait alors tout fait pour que son mari la largue… et c’est ce qui s’était passé. “J’ai déserté notre appartement. Je suis restée absente jusqu’à ce qu’il prononce les mots : ‘C’est fini entre nous’ et qu’il me redonne ma liberté. À l’époque, même cette décision, je n’étais pas capable de la prendre toute seule.”

Dix ans ont passé depuis ce moment de l’ascenseur. Mathilde dit qu’elle ne parle presque jamais de ses années de mariage et des années qui les ont précédées avec cet homme. “Ce n’est pas que c’est quelqu’un de mauvais mais je pense que nous n’aurions pas dû être ensemble aussi longtemps, que je lui ai fait du mal et je ne veux plus y penser”. Elle raconte avoir été amoureuse de lui et avoir voulu le mariage. Mais qu’à un moment, les objets et le quotidien ont pris plus de place que les sentiments. “Je savais que nous aurions dû nous quitter quelques mois avant l’ascenseur déjà mais j’étais obsédée par l’idée que nous venions juste de refaire la cuisine !”Elle avait des rêves dont elle ne parlait plus et jouait le rôle de l’épouse idéale : “Un peu comme dans les années 50, avec le verre de vin toujours rempli en option.”

“Tout le monde s’est senti obligé de choisir un camp et ils ont choisi le sien.”

Après la rupture, Mathilde a changé de vie. Elle en mourait d’envie mais s’est aussi vue contrainte de subir le vide autour d’elle : “Tout le monde s’est senti obligé de choisir un camp et ils ont choisi le sien.” Elle se retrouve seule. Elle se réinvente. Après avoir été une desperate housewife, elle devient une working girl. Elle change de vêtements, elle réapprend à vivre pour elle-même : “À un moment, j’avais l’impression que les mots qui sortaient de ma bouche n’étaient que les siens. J’ai mis des mois à entendre ma voix plutôt que celle de mon ex-mari. L’étape de la reconstruction a été tellement lente.”

Il lui a fallu reconstruire sa vie de zéro. Trouver un appartement, acheter le moindre petit objet du quotidien qui ne raconterait que son histoire à elle : “Au départ, je n’avais même pas de draps”. Rencontrer de nouveaux amis, s’organiser pour changer de carrière : “Avant, je remplissais quelques missions de communication, de-ci de-là sans vraiment gagner sérieusement ma vie. Seule, je me focalisais sur le fait de devenir indépendante. C’est devenu mon objectif premier et ça l’est resté. Je ne veux plus jamais avoir le sentiment de dépendre de quelqu’un.”

Je broyais du noir, je ne voyais pas le bout du tunnel et il m’a convaincue comme ça que c’était possible entre nous.

C’est par hasard qu’elle rencontre l’homme avec qui elle s’engagera à nouveau : “Je ne l’ai pas aimé tout de suite, je n’en étais pas capable mais le temps qu’il lui a fallu pour m’apprivoiser a permis à notre histoire d’être plus forte encore.” Et c’est aussi un peu à travers lui qu’elle s’autorise à être heureuse à nouveau. “Il a mis de la musique dans ma vie. Les premiers mois après la rupture, je ne savais pas qui j’étais et ce que je voulais et j’avais ce type qui chantait et dansait comme si les lendemains allaient chanter. Je broyais du noir, je ne voyais pas le bout du tunnel et il m’a convaincue comme ça que c’était possible entre nous.”

Maintenant Mathilde est plus heureuse et épanouie que jamais. Au moment de notre rencontre, elle me montre avec fierté des photos de son compagnon et de leurs deux enfants. “J’ai eu peur de devenir maman parce que j’avais l’impression de revenir en arrière, de reproduire encore un schéma pré-établi… et puis en fait nous avons décidé de suivre nos propres règles de parentalité, de créer une famille qui nous ressemble vraiment, alors je ne me sens pas contrainte.”

Je n’ai jamais osé refaire une cuisine depuis.

Finalement ne reste-il rien de ce premier mariage de jeunesse ? “Si, je n’ai jamais osé refaire une cuisine depuis. C’est bête mais c’est comme une superstition. Mon inconscient a décidé que c’était la cuisine qui avait tout déclenché… alors maintenant on habite que dans des endroits où les cuisines sont nulles ou alors qui ont été refaites par un précédent locataire/propriétaire.