Le flygskam ou la honte de prendre l’avion, ce phénomène venu de Suède qui nous fait bien culpabiliser

Katia Rimbert
Journaliste

À vos souhaits ! Derrière le mot flygskam se cache une tendance très sérieuse qui prend du galon. Venue tout droit de Suède, elle s’empare des voyageurs qui tiennent (un peu) à leur planète et pour qui prendre l’avion n’est plus une option. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que cela pollue (beaucoup) trop.

(c) Getty Images

Le flygskam, n’est ni un gros mot ni un truc qui fait peur. C’est littéralement la honte de voler. Si vous trouvez ça farfelu, attendez qu’on vous explique. Sachez déjà qu’on est bien loin des tendances un peu débiles qui pullulent toutes les semaines et qu’on oublie aussitôt. Le phénomène est en train de prendre une sacrée ampleur, et c’est tant mieux puisqu’il sert une noble cause.

Ne plus s’envoyer en l’air
Cette expression un peu barbare désigne en réalité une sorte de rébellion de pas mal de voyageurs qui ont décidé de changer leurs habitudes en ne prenant plus (ou le moins possible) l’avion. Et non, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas été surclassés lors de leur dernier vol ou parce qu’on a ENCORE perdu leur valise. S’ils ont décidé de boycotter les Boeing, c’est parce que prendre l’avion et bien ça pollue. En dehors des jolies petites traînées blanches laissées dans le ciel poétiquement (qui ne sont, elles pas nocives), le passage de chaque engin est aussi synonyme de montagnes de CO2 qui bouchent les artères de la planète.

Si cette mouvance a émergé dans un pays nordique, ce n’est pas un hasard. Les habitants prennent en moyenne cinq fois plus l’avion que dans le reste de l’Europe. Forcément, avec des hivers qui semblent durer des années et des températures glaciales, tu as du mal à tirer un trait sur tes vacances au soleil.

Mais si vous pensez que ces baroudeurs ont décidé de raccrocher leur sac de rando, détrompez-vous ! Le #flygskam qui s’exhibe de plus en plus sur les réseaux sociaux ne veut pas dire qu’on reste enfermé chez soi et qu’on prône l’autarcie et qu’on dit m*rde à son patron quand il vous envie en déplacement pro. Pas du tout.

Par amour des voies ferrées
Au contraire, l’idée est de voyager autrement et avec des moyens de transport moins polluants. Et jusqu’à présent, on n’a rien fait de lieux que le train pour faire de grandes distances. Du coup, en plus de prôner le boycott de l’avion, de plus en plus de Suédois incitent les voyageurs à adopter un nouveau concept : le #trainbrag aka la fierté de prendre le train. Et ça marche puisqu’en près d’un an, le pays a vu le nombre de passagers aériens fondre comme neige au soleil et les ventes de billets de train décoller. Bon, par contre, pour motiver un Français à faire ça, va falloir que la SNCF bosse un peu !

Alors oui, en soit, c’est une super idée et OUI il est urgent que chacun est une prise de conscience environnementale et agisse au lieu de rester dans son canapé. Mais il y a 2-3 trucs qui nous dérangent. Déjà, se taper 37 heures de train de nuit pour aller passer un week-end à Turin, on est moyen chauds. Et on n’a pas assez de congés à poser, du coup. Mais au-delà de ça, ce qu’on aime un peu moins, c’est ce sentiment de culpabilité qui nous envahit bien malgré nous dès qu’on évoque ce genre de sujet.

Cela vient peut-être de l’essence-même de cette revendication qui affirme que c’est une “honte” de monter dans un airbus. Parce que si ça continue comme ça, on va finir par ne plus oser rien faire sous peine d’être jugé, si ce n’est pas déjà le cas. On va se cacher pour s’enfiler un steak ou mettre une cagoule pour céder à la fast-fashion en allant chez H&M. Sauf que pour passer la douane en plein road-trip, ça va être compliqué de passer incognito.