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Pause Simone : Peut-on être féministe et lire des contes de fées ?

Je suis allongée, mes yeux sont clos, je joue à la princesse. C’est-à-dire que je joue à attendre qu’un homme (beau, grand, fort) vienne m’embrasser. Il doit venir m’embrasser car, selon le scénario, je suis soit en train de dormir depuis super longtemps, soit morte. Il ne m’a jamais vue mais, comme je suis d’une beauté sans pareille (#modestie), il m’aime d’un amour sincère qui sera le seul à pouvoir me délivrer d’un sortilège qu’une femme vieille et moche m’a lancé parce qu’elle était jalouse de ma fraicheur. Il était une fois une enfant qui joue à attendre qu’un homme veuille bien donner un sens à sa vie et qui apprend au passage que les autres femmes sont ses rivales. Pire, il était une fois une petite fille à qui l’on enseigne qu’être embrassée alors qu’elle est inconsciente est normal. Il était une fois… le patriarcat.

Depuis quelques années, quand je relis ou revois les histoires qui ont bercé mon enfance, je suis littéralement effrayée. C’est pourquoi le récent essai de Jennifer Tamas, Au NON des femmes - Libérer nos classiques du regard masculin(paru chez Seuil), m’a passionnée. Dans ce livre, l’agrégée de Lettres Modernes “aspire à donner à chacun et chacune le pouvoir de repenser l’histoire littéraire à travers le refus féminin, non pour abolir le passé mais pour le sortir de l’illisibilité“. Je lui ai passé un coup de fil outre-Atlantique (elle est prof dans le New Jersey) afin de lui demander pourquoi cette image de “la belle endormie“ est aussi présente dans (...)

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