Victimes de cyberviolences conjugales, elles racontent leurs années d'enfer

Wassila Djellouli
Journaliste lifestyle

Contrôle des réseaux sociaux, espionnage, revenge porn, insultes et humiliations en ligne... Nombreux sont celles et ceux qui ont déjà subi des cyberviolences de la part de leur conjoint.e. Si tout le monde peut en être victime, ce sont trois jeunes femmes qui ont accepté de témoigner pour nous de l'enfer des cyberviolences conjugales.

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Contrôle total des réseaux sociaux

A l'âge de 25 ans, Linda vit une relation passionnelle avec un jeune homme très possessif. Obsédé par l'idée qu'elle soit approchée par d'autres garçons, celui-ci souhaite rapidement prendre le contrôle de ses réseaux sociaux. Le chantage commence alors : elle doit les supprimer, faute de quoi il la quitterait. Seul son compte Snapchat est toléré, perçu comme moins menaçant que les autres : “le nombre et l'identité des personnes pouvant voir tes photos y sont plus contrôlés”, nous explique la jeune femme.

Pourtant, ce grand ménage ne lui suffit pas. Il souhaite ensuite effacer toute trace de l'existence de Linda sur internet. “Un matin, j'avais 200 messages sur mon téléphone qui disaient qu'il avait retrouvé des photos de moi datant de la fin du lycée. Il voulait que je demande à toutes les personnes qui les avaient publiées de les supprimer. Il m'avait même menacée de pirater leur compte s'ils refusaient de le faire”. Son comportement commence alors sérieusement à alerter la jeune femme, qui n'est pas au bout de ses surprises. “Quelques jours plus tard, il m'a dit 'écoute, je pense que ce qu'il y a de mieux, c'est que tu me donnes tous tes codes”, se souvient la vingtenaire.

9 femmes victimes de violences conjugales sur 10 ont subi des cyberviolences

Si Linda s'est rapidement extirpée de cette situation malsaine après sa prise de conscience, Katrina, elle, l'a subie longtemps. La jeune femme est restée 6 ans en couple avec un homme violent, qui l'espionnait sans cesse sur les réseaux sociaux. “Il refusait que je discute avec d'autres personnes. Dès qu'il me voyait en ligne, il m'insultait : ‘tu n'es pas une fille bien, tu es une salope’”. L'homme exerçait un contrôle total sur les activités virtuelles de sa petite amie, allant jusqu'à se créer régulièrement des faux comptes masculins pour la tester. “Il voulait voir si je parlais aux autres hommes, malgré son interdiction”, explique Katrina qui admet en être devenue “parano”.

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Cette situation d'emprise virtuelle est dramatiquement fréquente au sein des couples. Et notamment ceux dans lesquels règne la violence conjugale. 9 femmes victimes de violences conjugales sur 10 ont ainsi subi des cyberviolences selon un récent rapport du centre Hubertine-Auclert pour l'égalité femmes-hommes. Comme Linda, 7 femmes sur 10 ont déclaré que leur partenaire leur a interdit de communiquer avec quelqu’un. Et 80% des femmes interrogées déclarent avoir reçu des insultes et injures répétées.

Quand les ex harcèlent et humilient en ligne

Pour Bérangère, la cyberviolence vient depuis 3 ans d'un ex-conjoint, qui lui fait vivre l'enfer. Ne supportant pas de voir la jeune femme refaire sa vie avec un autre homme, le trentenaire a d'abord tout fait pour détruire son couple. “Il a piraté mon ancien compte sur un site de rencontres pour le réactiver contre ma volonté”, explique Bérangère, qui malgré un signalement à la police n'a pas pu reprendre le contrôle de son profil. L'homme s'est aussi servi des réseaux sociaux pour lui forger une mauvaise réputation. “Il a contacté tous mes amis, et certains m'ont tourné le dos […] Et m'a humiliée sur les groupes Facebook dédiés à ma passion pour la moto, me faisant passer pour une femme qui couche avec des motards uniquement pour faire des balades avec eux”. Ses propos injurieux s'accompagnaient parfois de montages photos censés prouver le caractère aguicheur de son ex-compagne.

Beaucoup de femmes voient leur intimité dévoilée sans leur consentement sur internet, par vengeance. Facilité par les nouvelles fonctionnalités des smartphones, le “revenge porn” est d'ailleurs en pleine expansion. 1 femme victime de violence conjugale interrogée sur 3 déclare que son partenaire (ou ex) l’a menacée de diffuser des contenus intimes, et 16% affirme qu’il a procédé à cette diffusion. Une menace supplémentaire pour les victimes de cyberviolences conjugales, dont la souffrance est loin d'être virtuelle... Lueur d’espoir pour elles : l’Assemblé Nationale vient de voter une proposition de loi qui acte que les peines encourues pour atteintes à la vie privée seront désormais aggravées lorsqu’elles sont commises au sein du couple.