"J’avais 14 ans et j’ai senti ce que je ne devais pas sentir sur mes fesses" : Agressées sexuellement pendant un concert, elles témoignent

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Depuis mon tout premier concert, quand j’avais 11 ans, et mon tout dernier festival, je n’ai vécu que des bons moments. Je vous passe les fois où je me suis fait écraser par des gars deux fois plus grands que moi dans la cohue, ou quand je me suis pris le pied d’un artiste qui sautait dans la foule en pleine figure. Tout ça, c’est bon enfant, n’est-ce pas ? Je pensais que toutes les femmes s’amusaient autant que moi en concerts et en festivals mais j’avais tort...  

C’est en lisant certains récits glaçants sur Twitter que je me suis rendu compte que mon expérience était loin de celles que vivaient de nombreuses femmes. Elles pensaient aller en festival pour profiter et s’amuser sur les sons de leurs artistes préférés. Malheureusement, pour certaines d’entre elles, la soirée a pris une tout autre tournure. Selon une étude de l'association Consentis, 60% des femmes interrogées disent avoir été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle en milieu festif. Pauline et Rosa font partie de ces victimes. Elles ont accepté de témoigner pour moi.

"Ah tu te mets bien, hein !"

"À un moment, je me suis baissée pour faire mes lacets et j’ai clairement senti cet homme se rapprocher et je sentais qu’il bandait." Elle c’est Rosa. Rosa avait 14 ans. Elle était au festival de l’Humanité avec une amie et la mère de son amie. "À qui cela viendrait à l’esprit d’agresser sexuellement une gamine de 14 ans ? À qui cela viendrait à l’esprit d’agresser sexuellement tout court ? Pire encore, cette phrase qui résonne dans son esprit : "Ah tu te mets bien, hein !"". C’est là que Rosa a compris. Non seulement, elle se faisait agresser sexuellement mais il y avait des témoins. Combien de temps l’agression a-t-elle duré ? 5 minutes ? 10 minutes ? Rosa ne le sait pas. Pour elle, ça a duré une éternité. "À ce moment-là, j’ai perdu tout le temps qui s’écoulait. Il y avait juste moi et cet homme qui se frottait à moi.".La fin de son calvaire a sonné quand la mère de son amie a éloigné les jeunes filles de l'agresseur. C’est seulement à ce moment-là que le concert a commencé pour Rosa.

Vidéo. Le témoignage terrifiant de Pauline, agressée sexuellement à Rock-en-Seine

"Je ne m’attendais pas à vivre ça"

Pour Pauline, tout s’est passé au festival parisien Rock-en-Seine en 2019. Elle s’était éloignée de son groupe d’amis pour se retrouver au premier rang du concert du célèbre groupe de metalcore BMTH (Bring Me The Horizon). Elle profite tranquillement de son concert quand elle sent que l’agresseur la colle. Un peu comme on colle les gens pendant un concert blindé, non ? Non. Il la colle un peu trop. Un peu beaucoup même. Il passe sa main devant elle. Au début, Pauline pense qu’il veut lui voler quelque chose mais la réalité est bien différente. Il passe sa main sur sa poitrine et elle réalise que l’homme est en train de l’agresser sexuellement. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais c’est encore pire que ce qu’on peut s’imaginer. À la fin du concert, Pauline se rend compte que son agresseur s’est masturbé et a éjaculé sur son pantalon.

"J’aurais aimé que quelqu’un réagisse"

Comment est-il possible d’être témoin d’une agression sexuelle et de ne pas aider la victime ? Dans le cas de Rosa, le groupe de mecs qui a assisté à la scène semblait trouver ça cocasse. Le deuxième témoin de l’agression, la mère de son amie, n’a rien dit. Elle s’est contentée d’éloigner sa fille et Rosa de l’agresseur sans un mot. Un silence qui a contribué à renforcer le sentiment de honte qu’a ressenti la jeune femme. "On doit expliquer comment on a réagi, et d’une certaine manière, comment on s’est laissée faire."

Fort heureusement, certains témoins réagissent. Pauline a eu de la "chance" dans son malheur. Un jeune homme a interpellé l’agresseur puis a prévenu la sécurité du festival Rock-en-Seine. Avertis, les membres de la sécurité ne sont quand même pas intervenus au moment de l'agression. 

Sans lui et son témoignage, qui sait ce qu’il se serait passé ? L’homme aurait-il continué de déambuler tranquillement dans le festival à la recherche de nouvelles victimes ?

Vidéo. "Jet de sperme, frotteurs... On en retrouve beaucoup dans les concerts et festivals"

Quelle peine pour les agresseurs ?

Interrogée par Yahoo, maître Chloé Rezlan revient sur le cas très spécifique des agressions sexuelles lors des festivals et des concerts. Dans la loi, il n’y a pas d’infraction spécifique pour sanctionner ce type d’action. Pour que le jet de sperme soit qualifié d'agression sexuelle, il faut prouver qu’il a eu lieu avec violence, menace, surprise ou contrainte. En théorie, l'atteinte sexuelle sur une victime non consentie peut être punie d'une peine pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison et 75 000 € d'amende. L’agresseur de Pauline a pris 6 mois avec sursis. La jeune femme souligne amèrement que cette sanction ne va rien changer à la vie de l’homme, ni à la sienne. Pire encore, elle se dit que ça ne le dissuadera pas : "Pour moi ce n’était pas la première fois qu’il faisait ça".

"Je n’oublierai jamais"

Rosa nous explique que l'agression qu'elle a subie ne la hante pas. Mais elle insiste : ce sont des images qu’elle n’oubliera jamais. Pauline nous dit, elle, qu’elle n’est pas traumatisée, pourtant elle garde un goût amer. L’homme dont elle a été victime a deux filles "du même âge que moi" souligne-t-elle. Pire encore, il travaille au contact des jeunes : "Là il a fait ça, on était en public. Mais du coup qu’est-ce qu’il fait dans son intimité ?". 

Que font les organisations ?

En pleine ère post #MeToo, les organisateurs communiquent massivement autour des violences faites aux femmes et s’engagent à lutter contre les violences sexistes et sexuelles en festival. L’association Consentis, dont le but est de prévenir et sensibiliser sur le consentement et les violences sexuelles dans les lieux festifs, était présente à Rock-en-Seine en 2019, année au cours de laquelle Pauline a été agressée. Malgré toute cette bonne volonté, certains comportements font tache : "On se fait harceler pendant tout le concert par deux mecs bourrés. À un moment, ma pote sent qu’un des hommes lui touche les fesses", écrit sur Twitter une femme qui raconte l’agression qu’elle et son amie ont vécue au VYV Festival de Dijon. On supplie les vigiles de sortir les gars en leur disant qu’ils nous agressent sexuellement et les mecs de la sécurité répondent : "On ne peut pas sortir tous les mecs bourrés. Il n’y aurait plus personne dans la fosse sinon !"

À plus petite échelle, la soirée parisienne la "Tchoin Party" a mis en place un numéro d’urgence. Si pendant l’événement, une personne est victime d’agression, elle peut appeler directement ce numéro et donner sa localisation afin que les organisateurs puissent agir le plus vite possible. Un modèle dont les grands festivals pourraient grandement prendre exemple.

Malgré nos sollicitations, les organisateurs de Rock-en-Seine et du festival de l’Humanité n’ont pas souhaité répondre.

Interviews et article : Clarisse Luiz 

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