C'est mon histoire : « J'ai longtemps eu un enfant préféré »

Corinne Renou-Nativel

Pour Isabelle, devenir mère n'a pas signifié le coup de foudre attendu pour son bébé. L'arrivée d'un cadet a encore souligné son manque d'élan pour l'aîné. Avant que le temps ne fasse son œuvre réparatrice.

Si mes deux enfants avaient été en danger, c'est affreux de le dire, mais pendant longtemps, j'aurais sciemment décidé de porter secours en premier au plus jeune, Martin. J'ai un élan pour le second que je n'ai pas pour l'aîné, Auguste. Avec lui, rien ne s'est passé comme je l'imaginais.

Angoisse et déception            

J'ai 31 ans quand il naît. Psychologue de formation, cadre sup, mariée depuis sept ans, issue d'une famille de cinq enfants et titulaire du Bafa, je coche toutes les cases. Il ne me manque plus qu'un bébé pour être heureuse, comme on dit. Épuisée, je finis ma grossesse pendant la canicule de 2003 avec 38 °C dans la chambre pendant trois semaines d'affilée, malgré tous les ventilateurs allumés. J'accouche à l'hôpital Bichat, à Paris, une nuit de pleine lune, avec une élève sage-femme qui s'occupe de cinq accouchements en même temps. Ce bébé doit absolument être une fille. J'ai un fantasme de petite louloutte pleine de cheveux à la naissance. Nous n'avons pas demandé le sexe à l'échographie parce que Étienne, mon mari, s'en fiche un peu et que moi, je sais : je vais avoir une petite Adélie ! Ma première rencontre avec Auguste est donc une déception. Et une source d'angoisse : comment vais-je faire avec un garçon ? Comment ça fonctionne ? Ce bébé pleure beaucoup – comme tous les bébés, en fait. Je crois à l'époque que, pour être une bonne mère, il faut comprendre son enfant tout de suite, savoir immédiatement...

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