EN IMAGES - Couples mythiques : Marlene Dietrich et Jean Gabin, l'amour impossible

Loic Durand
·6 min de lecture
Marlene Dietrich et Jean Gabin
Marlene Dietrich et Jean Gabin

“Les contraires s’attirent”, dit-on. Mais un célèbre adage veut également que : “qui se ressemblent s’assemblent”. Pour Marlene Dietrich et Jean Gabin, c’est un peu des deux. Si différents mais pourtant faits l’un pour l’autre, les deux légendes du cinéma ont connu un amour impossible durant la deuxième guerre mondiale. Un couple aussi brillant qu’éphémère. En d’autres mots, pas comme les autres. Retour sur cette idylle à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Marlene Dietrich, née le 27 décembre 1901, et décédée le 6 mai 1992.

Quand la guerre unit

Forte de grands succès cinématographiques comme L’Ange bleu, en 1930, Marlene Dietrich décide plus tard de quitter son Allemagne natale pour les États-Unis. Elle fuit ainsi la dictature d’Adolf Hitler, qui l’admirait. Marlene Dietrich aurait pu être une figure forte de la propagande nazie, dans laquelle Joseph Goebbels rêvait de l’enrôler, elle est devenue tout le contraire : une force de résistance, aidant ses compatriotes à quitter l’Europe en temps de guerre.

De son côté, Jean Gabin a également fui l’Europe pour s’éloigner de la seconde guerre mondiale. Il ne souhaitait plus travailler avec la société Continentale, qui produisait des films avec des fonds allemands. Le comédien ne voulait pas collaborer avec l'ennemi, refusant même cette proposition : les Allemands lui ont promis de libérer son neveu emprisonné s'il décidait de rejoindre la propagande. Il refuse et s’envole outre-Atlantique, à contre-cœur tout de même en 1941 avec “un visa de propagande du gouvernement de Vichy qui l’engageait à représenter le prestige du maréchal Pétain”, expliquait le biographe Patrick Glâtre au Midi-Libre. Il y trouve le cinéma américain, qui lui faisait des appels du pied, et Michèle Morgan, dont il était amoureux. Il y rencontrera finalement Marlene Dietrich.

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La rencontre de deux légendes

En juillet 1941, Jean Gabin est alpagué par Marlene Dietrich – qui était en compagnie d'Ernest Hemingway – dans un cabaret de New York, La Vie Parisienne. Ils s’étaient déjà croisés quelques années auparavant en France, sans suite. Mais là, c’est le coup de foudre. Il faut dire qu’ils ont le point commun d’avoir fui la guerre pour le cinéma. “C'est pas vrai ! Jean ! Comme je suis heureuse de vous revoir ! Venez vous asseoir à mes côtés”. Après cette exclamation de “la Prussienne”, celle-ci propose à l’acteur de lui apprendre l’anglais et de perfectionner son accent américain. Elle veut se “rendre utile”. Plus tard, ils emménagent dans une maison, ancienne propriété de Greta Garbo, dans laquelle Marlene Dietrich “se met à la cuisine campagnarde, mijotant des pot-au-feu et des choux farcis. Elle apprend aussi à imiter les expressions argotiques de Jean, telle que ‘pose ton popotin là’, qu'elle emploie par exemple en invitant quelqu'un à passer à table”, comme l'a écrit L'Humanité. Dans une lettre écrite par la comédienne, on peut lire : “J’ai promis à Jean de le rendre heureux pour toujours. Je devrais en être capable, avec tous mes talents…”

Jean Gabin et Marlene Dietrich
Jean Gabin et Marlene Dietrich

La guerre reprend ses droits

Décembre 1941. Pearl Harbor. Dès ce moment, Marlene Dietrich décide de s’engager dans l’United Service Organizations, le service artistique de l’armée américaine, dans lequel elle est chargée de changer les idées des troupes étatsuniennes en se donnant en spectacle. De son côté, Jean Gabin n’en peut plus de “faire le guignol” au cinéma dans des rôles alimentaires. Il ne supporte plus la situation, et s’écrie : “J’étais malade à l’idée de finir ma vie aux États-Unis si les Allemands sortaient vainqueurs du conflit. Je ne pouvais pas rester les mains dans les poches en attendant tranquillement que d’autres se fassent descendre pour que je puisse retrouver un jour mon patelin...”. En avril 1943, direction Alger pour l'acteur, presque 40 ans, puis le front. Il s'engage dans les Forces navales françaises dans l’anonymat le plus complet. Sa partenaire a également pu être envoyée à Alger, où les deux amants se voient en cachette le soir. Avant cela, le Français avait pris la grande décision de faire un testament dans lequel il léguait tous ses biens à sa compagne. La preuve d’un amour indéfectible.

La séparation

Pendant la guerre, quand ils sont loin l’un de l’autre, les tourtereaux s’envoient des lettres. Ils avaient eu la chance de se voir quelques semaines à Paris en 1944. Quand la guerre se termine, ils sont considérés comme des héros, Jean Gabin recevant d’ailleurs la médaille militaire et la Croix de guerre. Mais à la fin du conflit, l’Allemande rentre aux États-Unis, alors que le Français reste à Paris. Leur correspondance continue : “Je resterai avec toi jusqu’à la fin de ma vie – mariée ou pas, comme tu le voudras. Mais si tu veux un enfant, il vaut mieux qu’on se marie […] Je t’embrasse comme toujours mon ange – je t’aime”, écrivait l’actrice à son chéri le 13 août 1945. Mais Marlene Dietrich est infidèle et Jean Gabin a changé depuis la guerre, plus “bourru” que jamais. Patrick Glâtre dira : “Son histoire avec Marlene n’a pas survécu à la fin de la guerre”. Ils tourneront ensemble Martin Roumagnac, sorti en 1946 mais rien n’est plus comme avant. C’est alors un ultimatum que le monstre sacré lance à sa dulcinée : “Soit tu restes et on se marie, soit tu pars et on ne se reverra plus !”. Ils ne se reverront plus. Chacun fait sa vie dans leur pays respectif, et quand la jeune femme vient à Paris, son ex fait tout pour ne pas la croiser. En 1949, Jean Gabin épouse le mannequin Dominique Fournier avec laquelle il a trois enfants : Florence, Valérie et Mathias.

Les retrouvailles impossibles

Au début des années 60, Marlene Dietrich est de retour en France où elle se produit à l’Olympia. Jean-Jacques Debout, qui était alors un jeune artiste, se souvenait, en 2017, de sa rencontre avec la légende du cinéma, dans France-Dimanche. “Je suis très triste, vous savez, Jean-Jacques, j’aurais tellement aimé que Jean [Gabin, ndlr.] vienne me voir. Pour qu’il voie ce que je suis devenue et pour l’embrasser une dernière fois avant de quitter ce monde. Je ne voudrais pas partir fâchée. Je sais qu’il ne veut plus entendre parler de moi, mais je ne peux oublier tout ce qu’on a vécu ensemble…”, lui confie la star avant de lui donner une lettre, qu’il est chargé de remettre à Jean Gabin. Il s’exécute. La réaction de l’acteur ne se fera pas attendre : “‘Mais ce n’est pas possible, c’est encore la Schleue qui me poursuit ! J’en ai marre !’ […] Il ne dira pas un mot de plus et quittera la table”.

Un couple d’espions ?

Une étonnante histoire a touché le couple au début de leur idylle aux États-Unis. Il faut dire qu'une histoire d'amour entre “une Allemande et un Français doté d'un visa de propagande vichyste ouvrait à toutes les suspicions”, explique Patrick Glâtre. Le comédien était vu comme un potentiel espion et pour ces suspicions, il avait été convoqué par le FBI. De plus, son meilleur ennemi, l'acteur français Charles Boyer, l'aurait dénoncé comme un pro-vichyste. Des événements qui feront dire à la star – pendant toute son existence – que les Américains étaient des “c*ns”. Tout simplement.

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