Deux tiers des femmes ne préviendraient pas leurs proches en cas d’avortement

De nouvelles statistiques ont révélé une culture du silence autour de l'avortement [Photo: Getty]

Seul un tiers des femmes qui envisagent d’avorter en parlent à leur famille, d’après une nouvelle étude.

L'avortement est souvent traité comme un sujet secret, mais un nouveau sondage montre à quel point les femmes se sentent obligées de rester silencieuses lorsqu’elles envisagent de subir la procédure.

Neuf femmes sur dix (92 %) considèrent être pro-choix, mais le sujet de l’avortement reste tabou malgré tout, d’après les experts.

Le sondage réalisé auprès de 2 684 femmes âgées de 18 ans et plus pour Marie Stopes International, association qui réalisent des avortements, a permis de conclure que la plupart des femmes ne parleraient pas de leur avortement avec leur famille.

Un peu plus d’un tiers (34 %) en parleraient à leurs amis, mais toutes les femmes n’en parleraient pas à leur moitié (62 %).

Ces statistiques révèlent ainsi une culture du silence, et 6 % des femmes ne mentionneraient leur avortement à personne, en dehors des professionnels de la santé.

Pourtant, de nombreuses femmes aimeraient que ce silence soit brisé, 79 % d’entre elles confiant que le sujet de l’avortement devrait être abordé plus ouvertement.

Afin d'encourager le dialogue, l'organisme de bienfaisance a lancé une nouvelle campagne : #SmashAbortionStigma (briser les tabous autour de l’avortement)

La campagne vise à aider les femmes à se sentir mieux « informées, renseignées et soutenues » pour prendre des décisions. Elle est soutenue par la députée libérale-démocrate Heidi Allen, la romancière Marian Keyes et l'actrice de Derry Girls Siobhan McSweeney.

Les femmes gardent le silence lorsqu’elles envisagent d’avorter [Photo: Getty]

Dr Caroline Gazet, directrice clinique de Marie Stopes UK, a déclaré au sujet des résultats de l'enquête et de la campagne : « Au Royaume-Uni, une femme sur trois avorte au cours de sa vie, mais nous savons que les femmes se sentent jugées, humiliées et réduites au silence à cause de ces tabous autour de l'avortement ».

« Les femmes souhaitent en parler, et nos recherches montrent que des conversations ouvertes et honnêtes sur l'avortement permettent aux femmes et aux filles de se sentir mieux informées, renseignées et soutenues lorsqu'il s'agit de prendre ce genre de décisions personnelles ».

« Le Royaume-Uni est un pays pro-choix, mais avec une petite minorité de voix anti-choix qui menacent les droits à l'avortement dans le monde entier, il est plus important que jamais de briser les tabous autour de l'avortement et de défendre le droit des femmes à l’accès aux soins d'avortement ».

Le mois dernier, l'avortement a été rendu légal pour la première fois en Irlande du Nord.

L’Abortion Act 1967, qui réglemente les interruptions de grossesse en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, n’a jamais été appliqué en Irlande du Nord. La loi sur l'avortement était donc plus contraignante que dans le reste du Royaume-Uni.

Jusqu'à présent, l'avortement n'était autorisé que si la vie d'une femme était en jeu ou en cas de risque de dommages sérieux et permanents sur sa santé physique ou mentale.

Le gouvernement du Royaume-Uni est en charge de proposer de nouvelles réglementations afin de faciliter l’accès à l’avortement d'ici avril prochain.

Plus tôt cette année, des données publiées par le Department of Health and Social Care ont révélé que le nombre d'avortements pratiqués en Angleterre et au Pays de Galles avait atteint un niveau record de plus de 200 000 en un an.

Les chiffres mentionnaient ainsi 200 608 avortements chez les femmes résidant en Angleterre et au Pays de Galles en 2018, soit une hausse de 4 % par rapport aux 192 900 avortements de l’année précédente.

Une autre étude réalisée en juin suggère que les femmes qui se voient refuser l'accès à l'avortement sont davantage susceptibles de souffrir de problèmes de santé à long terme.

L’étudemenée par l’université de Californie, a conclu que les femmes dont les demandes avaient été refusées étaient associées à des taux supérieurs de douleurs chroniques dans les cinq années après la demande d’avortement, et ce par rapport aux femmes qui avaient été en mesure d’avorter lors de leur premier ou deuxième trimestre.

Marie Claire Dorking