Giovanna Rincon : "Les personnes transgenres n’ont plus peur d’être contaminées par le VIH, elles s’y attendent"

Si le VIH ne tue plus, en France tout du moins, les nouvelles contaminations touchent un public en premier lieu : les personnes Transgenres. Giovanna Rincon, activiste pour les droits des personnes Transgenres, co-fondatrice et directrice de l’association Acceptess-T, vice-présidente du CoreVIH - Ile-de-France parle de la vulnérabilité des personnes Transgenres face au Virus.

Giovanna Rincon, activiste pour les droits des personnes Transgenres, co-fondatrice et directrice de l’association Acceptess-T, vice-présidente du CoreVIH - Ile-de-France


La route du bien-être des transgenres (Ndlr, on parle de transidentité lorsque le genre d’une personne ne correspond pas au genre qui lui a été assigné à la naissance. Elle est à distinguer du sexe et de l’orientation sexuelle.) est pavée d’obstacles en tout genre, discriminations, violences physiques et morales dans le milieu privé et professionnel… ce qui les rend particulièrement exposés au Virus d’Imunodéficience Humaine. Giovanna Rincon, activiste pour les droits des personnes Transgenres a répondu à nos questions.

Pourquoi les personnes Transgenres sont-elles plus vulnérables face au VIH ?

Plus une personne est discriminée, violentée, plus cette personne aura des vulnérabilités face au VIH.  La lutte contre le SIDA a commencé avant tout avec le combat contre les discriminations, on se rend compte que cette bataille a eu un effet “boosteur” pour les droits civiques LGBTQI+.

 Je me demande souvent ce qu’aurait été le mouvement LGBT+ sans le SIDA. Aurait-on eu les moyens de tant d’avancées? Et quand je dis moyens, je parle avant tout d’argent.


“Quand on analyse le mouvement, on se rend compte qu’il y a eu des ratés et des oubliées. Je parle des personnes transgenres.”


Parce que c’est bien la lutte contre le SIDA qui a permis de faire des campagnes et de pouvoir agir, militer pour les droits civiques. Travailler et faire de la prévention autour des populations les plus exposées, faire des études, des recherches, des rapports, des moyens pour créer des actions plaidoyer et des mobilisations dans la rue. 

Quand on analyse le mouvement, on se rend compte qu’il y a eu des ratés et des oubliées. Je parle des personnes transgenres. Ce qui a été réalisé pour analyser l’impact du SIDA depuis les dernières cinq années, nous démontre que cette population a été largement touchée. Quand on compare avec des études de plus grande envergure, on comprend que c’est la population contaminée la plus jeune. 

Quel est le problème majeur et quelle est sa solution ?

La transphobie. Elle s’imprègne dans leur esprit et y incorpore la contamination. Une véritable banalisation du virus. Les vulnérabilités sont tellement nombreuses, tellement ancrées dans cet imaginaire transphobe que les personnes transgenres n’ont plus peur d’être contaminées, elles s’y attendent.


“Le débat, aujourd’hui, doit impérativement être les dispositions à mettre en oeuvre pour stopper ces hécatombes, avant toute autre chose.”


 Ça, on le voit quand des jeunes de 20 ans arrivent à l’association. On les rencontre séronégatifs et il leur suffit d’un an à Paris pour faire une séroconversion. Le problème est criant. Rien qu’à voir leur réaction face à la contamination, le diagnostique positif est normal. Je ne dis pas que toutes ces personnes sont contentes, il n’est pas question de l’être ou non, simplement, ça ne les révolte pas d’être séropositives au VIH.

 La question doit être centrée sur les stratégies à mettre en place pour limiter la casse. Il faut éviter que ces jeunes soient exposées au risque de contamination ou au risque de transmission du VIH si elles sont déjà séropositives sans le savoir. 

Le débat, aujourd’hui, doit impérativement porter sur les dispositions à mettre en oeuvre pour stopper ces hécatombes, avant tout autre chose.

Entretien réalisé par Dimitri JEAN