Grossophobie familiale : quand les mots des proches font mal

Les réflexions grossophobes sont le lot quotidien des personnes en surpoids, sous couvert de “C‘est pour ton bien”. Ces mots font mal, peu importe que l’on y soit habitué ou pas. Et encore plus quand ils sortent de la bouche des personnes qui sont censées nous aimer le plus : notre famille.

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© Keirsten Marie
Commençons avant tout par une mise au point. Oui, les personnes en surpoids sont au courant de leur condition. Peu importe que leurs kilos soient dû à une mauvaise alimentation, un problème hormonal, des problèmes psychologiques, des troubles du comportement alimentaire… Ils ont conscience d’être gros – un mot qui ne doit pas être considéré comme une insulte – et des conséquences que cela peut avoir sur leur santé.


Ce rappel est essentiel lorsque l’on parle de grossophobie, car c’est généralement la santé qui sert d’excuse aux personnes qui font des réflexions. Quelle personne en surpoids n’a jamais entendu un “Mais tu comprends, je dis ça pour toi, pour que tu prennes conscience de ton état” ? Sachez-le : vos réflexions n’entraînent aucune “prise de conscience”. Juste une culpabilité aggravée, un mal-être amplifié, donc les conséquences sur l’estime de soi et le moral peuvent être dramatiques.

Réflexions grossophobes : quand les parents s’y mettent

Le plus gros problème avec ces réflexions sur l’apparence, c’est qu’elles viennent généralement directement du cercle familial. Et ce : dès l’enfance ! Des réflexions qui poussent certains enfants à croire qu’ils ne sont pas assez bien pour leurs propres parents, ce qui est le meilleur moyen de générer des troubles du comportement alimentaire. D’autant que ces remarques sont généralement faites à base de comparaisons.

C’est notamment le cas pour Ela* : “Je suis la seule grosse de ma famille, et depuis toute petite, on me compare aux autres.Lola* a vécu la même chose : “A huit ans, ma mère a commencé à me dire que je serais tellement plus jolie si j’étais mince comme ma cousine. J’avais l’impression d’être le vilain petit canard.” Une situation que Delphine* connaît également bien : “Ma grand-mère, qui a travaillé dans le milieu de la mode et de la haute couture toute sa vie, a toujours eu du mal avec ma silhouette. Je fais un bon 42, j’ai de bonnes cuisses, un fessier bien rebondi, de gros seins et un ventre qui vit sa vie. Alors forcément, ça dérange un peu et ça ne colle pas avec ses stéréotypes de beauté. Surtout que ma sœur, qui a 4 ans de moins, a la taille mannequin.

Mary* souffre quant à elle de troubles du comportement alimentaires, et a conscience que, dans son cas également, le comportement de ses proches a grandement joué dans sa situation : “A 12 ans, alors que j’avais une IMC normale, ma grand-mère mesurait régulièrement mon tour de taille pour me montrer que j’étais grosse.” Aujourd’hui, elle souffre toujours de dysmorphophobie, un trouble de l’image de soi : “Même si je suis mince, quand je me regarde, je me trouve énorme.

Quand la grossophobie va au-delà des mots

Dans certains cas, la grossophobie de nos proches peut même aller bien plus loin que de simples réflexions. La mère de Juliette* a tenté de recourir à l’humiliation : “On faisait les boutiques ensemble, et je suis sortie de la cabine dans une tenue qui me plaisait beaucoup. Non seulement elle m’a dit que j’étais trop grosse pour porter ce genre de chose, mais en plus, elle a commencé à demander leur avis à des gens du magasin : “Non mais franchement, dites-lui qu’elle est énorme et horrible, elle ne veut pas m’écouter”. Je ne me suis jamais sentie aussi gênée… jusqu’au jour où elle a demandé à mon copain comment il faisait pour sortir avec une “fille comme moi”, et si mon apparence ne lui faisait pas honte.”

La mère de Sarra, elle, pensait avoir trouvé la solution : “A 17 ans, elle m’a poussée à faire une liposuccion, ignorant totalement mes problèmes de boulimie. Elle pensait que ça me donnerait un coup de pouce. 13 ans plus tard, non seulement j’ai repris le poids perdu, mais je vis encore avec les séquelles de l’opération (peau distendue par endroits, petites cicatrices…).”

Réflexions grossophobes : pourquoi ça fait si mal ?

Dans tous les cas, les réflexions grossophobes sont violentes pour les personnes qui les reçoivent. Elles leurs rappellent au quotidien qu’elles ne rentrent pas dans le moule, qu’elles ne correspondent pas aux standards de la société. Bref, que leur apparence n’est pas acceptable, en quelques sortes.

Ces mots font mal quand ils viennent d’inconnus, mais on peut parfois les oublier. Quand ils viennent de nos proches, c’est une autre paire de manches : à chaque fois qu’on revoit la personne en question, on peut se reprendre une critique dans la figure. Notre famille n’est-elle pas supposée nous aimer de façon inconditionnelle ? Quand on entend à tout vas des “T’es gros(se), t’es moche, tu devrais perdre du poids pour être plus beau, plus belle”, c’est difficile à croire.

Ces réflexions grossophobes que l’on ne veut plus entendre

A la décharge des personnes qui font des réflexions : certaines ne prennent pas conscience du poids que peuvent avoir les mots. Alors, en vrac, voici quelques petites phrases (liste non-exhaustive) qui ne devraient jamais être prononcées, car elles ne peuvent faire que du mal :

“Pourquoi tu n’es pas mince comme Machin ?
Bah alors, tu es enceinte ? Vu ton ventre, on dirait.
“Tu n’as pas honte de ton corps ? Je ne sais pas comment tu fais.
“Tu serais plus heureux / heureuse si tu faisais un régime.
“Ne mange pas ça, tu vas encore grossir.
– “Tu as pensé à la chirurgie bariatrique ?”
– “Tu devrais te faire faire une liposuccion.”

* Certains prénoms ont été changés pour des soucis d’anonymat.

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