L'édito d'Olivia de Lamberterie : « La place »

©Damien Krisl

L'édito de la semaine.

Qui l’eût cru ? Qu’en 2022 l’attribution du prix Nobel de littérature à Annie Ernaux, première autrice française à le recevoir, déclencherait, outre une joie partagée par beaucoup, des torrents d’insultes ? « Quelle écriture plate », s’insurgent dans certains journaux et sur les réseaux sociaux des messieurs Je-sais-tout. Qu’importe qu’eux-mêmes s’expriment dans une langue qui défie la grammaire, « c’est plat », ils n’ont aucun doute. Occupez-vous de vos fesses et de votre syntaxe, l’écriture n’a rien à voir avec l’agilité, ni même avec la virtuosité. La littérature, ce n‘est pas de la gymnastique. « Vous avez vu ce qu’Annie Ernaux raconte, s’indigne-t-on encore, son avortement ! » « Des histoires de femmes, renchérissent d’autres, comment elle a fait l’amour la première fois, ou avec un homme bien plus jeune qu’elle, mon Dieu. » Il existe donc encore des lecteurs qui croient que la littérature se réduit à son sujet. Et certains ringards pour penser que l’avortement et l’amour physique sont des sujets… féminins ! Annie Ernaux écrit des choses que personne n’avait écrites avant elle. Et tant pis si ces choses ne se disent pas. Et c’est pour ça qu’elle est immense.

La place de la femme              

Cette polémique absurde pose la question de la place des femmes dans la littérature. Parce que, non, le sujet n‘est pas plié, réglé, rangé. Certes, de plus en plus de patronnes dirigent...

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