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La précarité hygiénique : quand rester propre coûte trop cher

En France, 3 millions de personnes ne peuvent pas se payer certains produits d’hygiène du quotidien et 1,7 million de femmes ne peuvent pas toujours s’acheter de protections périodiques. C’est ce que révèle un sondage sur la précarité hygiénique de l’IFOP en partenariat avec l’association Dons Solidaires.

On imagine difficilement se priver de dentifrice, de lessive ou encore de protections périodiques… Pourtant, c’est le lot de trois millions de Françaises et Français, comme l’a révélé un sondage IFOP conduit par l’association Dons solidaires. Peu connu du grand public, le problème de la précarité hygiénique, c’est-à-dire le manque de moyens pour se payer des produits d’hygiène du quotidien, a de lourdes conséquences sur la vie des plus précaires.

Difficultés à s’intégrer et à trouver un emploi

On pense à la nourriture et au logement en priorité, pas forcément à l’hygiène. C’était mon cas avant,” confie Valérie Bocquillon. Après avoir vu un reportage consacré aux difficultés des femmes sans domicile fixe face à l’hygiène, elle lance l’association Les Essenti’Elles en 2017, dédiée à la collecte de produits pour les Nantaises SDF. Elle le concède, une bonne hygiène est primordiale pour être intégrée à la société. “Trouver un travail ou un logement est déjà difficile pour tout un chacun et malheureusement, l’aspect physique peut condamner le candidat au logement ou au poste.”

Mauvaise hygiène corporelle et apparence physique négligée font mauvaise impression. En témoigne les résultats du sondage de l’IFOP : 73% des interrogés de l’échantillon “grand public” affirment qu’une mauvaise odeur corporelle peut leur donner une mauvaise opinion d’une personne. L’étude stipule d’autre part que plus de 10 millions de personnes, notamment issu des milieux les plus modestes, renoncent souvent à sortir en raison de leur apparence personnelle et 15% des bénéficiaires d’associations interrogés irait même jusqu’à annuler un entretien d’embauche pour ces raisons.

Axelle De Sousa, ancienne SDF et bénévole à la maison des femmes a vécu cette réalité : “Déjà qu’il est vraiment difficile de trouver des vêtements présentables, si en plus on ne peux pas se laver correctement, comment sortir de la précarité ? La crasse ça dégoûte tout le monde et on détourne le regard pour ne pas la voir… Alors on n’a pas confiance en soi, on se sent rejeté par la société.” Elle ajoute : “En tant que femme, notre estime de nous-même est encore plus touchée par le fait de ne pas avoir accès à l’hygiène, car faire la manche pour des protections hygiéniques est vraiment vu comme quelque chose de honteux.”

Les femmes particulièrement touchées

1, 7 million, c’est le nombre de femmes qui manquent de protections hygiéniques en France, d’après l’IFOP. Avoir ses règles coûte cher et les protections périodiques sont un luxe que certaines personnes menstruées ne peuvent pas s’offrir. Manger ou acheter des tampons : pour certaines, il faut choisir. “Sans parler des SDF, 70% des travailleurs pauvres sont des femmes. On n’a clairement pas les moyens de se payer des protections tous les mois” rappelle Axelle De Sousa.

Avoir ses règles coûte cher et les protections périodiques sont un luxe que certaines personnes menstruées ne peuvent pas s’offrir.

Une femmes sur trois aurait d’ailleurs recours protections périodiques de fortune, une pratique fréquente chez les précaires, notamment chez les femmes en prison comme le révélait cet article glaçant. «Certaines femmes utilisent des papiers journaux, des vieux pulls, en l’absence de serviettes hygiénique car les protections périodiques sont trop chères », dénonce Valérie Bocquillon, qui met l’accent sur la collecte de protections périodiques au sein de son association, mais aussi les produits d’hygiène et beauté. « La plupart des femmes SDF ne sont pas identifiables. Vous les croisez sans savoir qu’elles sont à la rue ». Elle ajoute : «Leur permettre de rester propre et soignée, c’est aussi les aider à se camoufle, car cacher leur état est un moyen pour elles de moins subir les agressions

Axelle De Sousa appelle d’ailleurs les pouvoirs publics à prendre des mesures pour éradiquer le problème de la précarité menstruelle. C’est une question de dignité pour les précaires : “Je pense qu’il faudrait au moins plus de toilettes publiques, avec des protections hygiéniques gratuites. Ainsi que le remboursement des protections hygiéniques, ce qui éviterait qu’on soit encore et toujours plus en difficulté que les hommes dans la société.” Et de conclure: “On a le droit de rester propre ! “.

Belinda Mathieu