Les règles de Miss France sont-elles encore pertinentes en 2020 ?

Laetitia Reboulleau
·5 min de lecture
(Photo by CHRISTOPHE SIMON/AFP via Getty Images)
(Photo by CHRISTOPHE SIMON/AFP via Getty Images)

La prochaine édition du concours Miss France se prépare, et est déjà empreint de quelques polémiques. Deux candidates ont été disqualifiées à cause de photos jugées trop dénudées par le comité. Il faut dire que les règles pour pouvoir représenter sa région au concours sont très strictes... Et probablement dépassées.

Pour certains, le concours Miss France est une expression de l'élégance et de la beauté à la française. Pour d'autres, c'est un concours sexiste, grossophobe, qui ne présente qu'une seule vision de la beauté : celle de femmes jeunes, minces... Bref, une représentation très patriarcale des choses, ce qui vaut de nombreuses critiques à Sylvie Tellier et au comité Miss France.

Quelles sont les règles à observer pour participer au concours ?

En théorie, Sylvie Tellier a tenu à le rappeler à plus d'une reprise, rien n'interdit à une femme transgenre ou à une personne dépassant la taille 36 de se présenter au concours, même si, selon elle, le public français n'est pas encore prêt à élire une personne qui sorte du moule au titre de Miss France. En revanche, pour pouvoir se présenter au concours, les candidates doivent remplir un certain nombre de critères : être de nationalité française, être célibataire (c'est-à-dire ni mariée, ni divorcée, pacsée ou veuve, il est autorisé d'avoir quelqu'un dans sa vie), avoir entre 18 et 24 ans le 1er novembre de l'année du concours, mesurer au minimum 1m70 et posséder un casier judiciaire vierge.

Au contraire, il est interdit d'être tatouée ou piercée, d'avoir des enfants, d'avoir eu recours à la chirurgie plastique (sauf chirurgie réparatrice), d'avoir associé son écharpe régionale à de la propagande politique ou religieuse, et enfin d'avoir posé partiellement ou totalement dénudée, ou de promouvoir des activités érotiques.

Ces critères sont destinés à garantir la bonne morale des participantes à l'élection, mais représentent surtout un carcan moralisateur, qui permet d'attester d'une sorte de pureté parfaite de la femme : pas engagée politiquement ou religieusement, jeune, célibataire et sans enfant, naturelle, non-sexualisée, répondant aux critères de beauté... On y retrouve cette vision très patriarcale de la femme parfaite, qui ne correspond plus du tout aux valeurs de notre époque.

Des règles qui devraient évoluer

S'il paraît logique que les candidates possèdent un casier judiciaire vierge et soient de nationalité française, ou encore qu'elles n'aient pas d'enfants – être Miss France signifie passer le plus clair de son année sur la route, ce qui n'est pas franchement compatible avec une vie de famille – certaines règles imposées aux prétendantes à la couronne n'ont tout bonnement plus lieu d'être en 2020.

Prenons le cas des modifications corporelles. Pas de chirurgie esthétique ? Soit, cela permet d'éviter les désavantages entre les reines de beauté. Mais la question des piercings et des tatouages se pose : en quoi un anneau dans le nez ou dans le nombril, qui peut être retiré le temps du concours, serait-il dérangeant ? Il en va de même pour les tatouages. En 2018, une étude de l'IFOP attestait que 18% des Françaises et Français étaient tatoués, et que 29% des moins de 30 ans avaient de l'encre sous la peau. Les tatouages et les piercings sont de moins en moins considérés comme vulgaires, mais ils restent encore interdits par le comité. D'ailleurs, en 2017, une miss régionale, Jade Voltigeur, avait été évincée en dévoilant l'existence d'un tatouage que personne n'avait remarqué durant son élection, tant il avait bien été dissimulé.

La polémique sur la nudité

Les photos dénudées font sans doute partie des règles les plus décriées du règlement de Miss France. Pour l'élection de 2021, deux candidates ont déjà été évincées à cause de photos jugées trop révélatrices. Anastasia Salvi, élue Miss France-Compté 2020, a ainsi perdu son écharpe pour avoir posé les seins nus, simplement recouverts d'une bande de scotch noir. Un peu plus tôt cette année, c'est Anaëlle Guimbi, qui avait tenté sa chance en tant que Miss Guadeloupe, et qui avait dû renoncer à cause de photos réalisées dans le cadre de la lutte contre le cancer du sein, sur lesquelles elle posait topless, les tétons dissimulés de bijoux et de pétales.

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L'affaire avait fait grand bruit, car outre leur côté très artistique et leur élégance, ces photos avaient été réalisées dans le cadre d'une lutte essentielle contre la maladie. En quoi ce genre de nudité serait elle "contraire aux valeurs" de Miss France, en 2020, surtout dans une compétition durant laquelle les miss régionales doivent après tout défiler en mini bikini ? À une époque où les femmes font tout pour reprendre le contrôle de leur image, se débarrasser du male-gaze et des diktats du regard des autres, ce genre d'interdiction d'explorer sa propre féminité fait passer un bien drôle de message.

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