Orgasmes, putophobie, patriarcat,… : Klou, travailleuse du sexe depuis 4 ans, raconte sa vie

·Journaliste
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Klou est autrice, dessinatrice et travailleuse du sexe. À 20 ans, elle a décidé de vendre son corps. Un choix de vie qu’elle explique dans le roman graphique "Bagarre érotique" (éd.Anne Carrière).

"J’ai toujours promis à ma soeur qu’elle serait la marraine de mes enfants. Comme finalement, je n’ai plus envie de mettre au monde des petits fils de pute, je lui dédie ce livre." C’est par ces mots que Klou, travailleuse du sexe de 24 ans, dédie ses récits de vie. Dans son roman graphique "Bagarre érotique" (éd. Anne Carrière), la jeune femme revendique son choix de vie : celui de vendre son corps contre rémunération. Il y a 4 ans, la jeune femme avait besoin d’argent. Elle choisit alors de devenir travailleuse du sexe. "C’est un travail où je peux travailler et avoir assez d’argent pour pouvoir faire des choses qui me passionnent." Klou le reconnaît, elle aurait pu faire autre chose mais c’est le métier qu’elle a choisi. Une nuance que la société a parfois du mal à concevoir et à accepter.

La putophobie intériorisée

Un choix qu’elle se sent constamment obligée de justifier, la faute à la putophobie intériorisée de notre société. Klou explique avoir ressenti la culpabilité de ne pas culpabiliser de faire ce métier. "Quand je sortais d’une passe, je me sentais bien, j’étais fière d’avoir fait ce que j’ai fait, j’étais fière d’avoir des billets dans les poches et d’être tranquille financièrement. Mais la société renvoie l’image que l’on doit se sentir sale, on doit se sentir comme une victime. Malgré la fierté que j’en ressortais, au début, il y avait comme une honte intériorisée.".

Et c’est là un exemplde de la putophobie intériorisée de la société, qui peut se manifester à plusieurs niveaux. Le premier est législatif, en ne reconnaissant pas le statut de travailleur et ainsi les droits qui en découlent. L’autre niveau, plus insidieux, se trouve dans l’ordre moral. L’image généralisée de la prostitution pose question d’après elle. En considérant que les TDS sont des victimes sous le joug du royaume patriarcal.

Une vision "misérabiliste" qui se traduit notamment dans notre langage. "Arrêtez de dire : "Machin, c’est vraiment "un fils de pute". Arrêtez de penser que "pute" est une insulte.".

Vidéo. "Il y a 4 ans, j'ai choisi de devenir travailleuse du sexe"

"Les femmes ne s’autorisent pas à payer pour du sexe"

Klou s’érige contre les arguments abolitionnistes tels que "la prostitution est du viol tarifé" et "la prostitution est un outil du patriarcat". Pour la jeune femme, la prostitution est inégalitaire parce que les femmes ne s’autorisent pas les services des travailleurs et travailleuses du sexe. En quatre ans de métier, elle explique n’avoir été sollicitée qu’une seule fois par une femme, qui n’a finalement pas honoré le rendez-vous. "Clairement, c'était une excuse. J'ai senti que ce qu'elle me disait par texto n'était pas vrai" se désole-t-elle dans l'interview qu'elle nous a accordée. "Les femmes, on ne les autorise pas à avoir un plaisir brut. On associe encore le désir au romantisme et au couple". Ce qui sous-entend que la sexualité féminine ne peut se dénuer de la conjugualité et, dans une mesure plus extrême, de l’homme. Klou invite à repenser la question. D’après elle, le problème n’est donc pas la prostitution mais le système patriarcal.

Vidéo. "Les femmes n'osent pas payer pour du sexe parce qu'elles ont honte"

"J’ai des orgasmes pendant mes passes"

Ce même système qui a barricadé l'orgasme féminin : "Il y a cette idée que les personnes socialisées comme femmes ont besoin de sentiment, de désir, de couple pour pouvoir jouir. Je n’y crois pas du tout. J’en ai vécu l’expérience.". Dans "Bagarre érotique", la travailleuse du sexe explique qu’il lui arrive très souvent d’avoir un orgasme pendant ses passes. Un moment de jouissance "mécanique", "qui peut s'apparenter à un orgasme avec sextoy", et décorrelé de l’éventuel désir qu’elle éprouverait pour ses clients (voir interview en lead de l'article).

Avec son roman graphique "Bagarre Érotique", la travailleuse du sexe souhaite ouvrir les mentalités sur les métiers liés au sexe et revendique le droit de bénéficier d'un cadre légal pour exercer sans risques.

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