Un incroyable dîner au restaurant le plus cher du monde

Jackie Strause

Vous avez entendu parler du Sublimotion ? Moi non plus. En tout cas, pas avant de préparer mon premier voyage pour l’île magique d’Ibiza, en Espagne.

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Photo : Hard Rock Ibiza Hotel

Mes hôtes m’ont annoncé que nous aurions l’honneur de dîner dans le « restaurant le plus cher du monde » et je n’y ai pas cru. Mais une rapide recherche m’a confirmé que le Sublimotion de Paco Roncero, restaurant spectaculaire et unique en son genre dans le Hard Rock Hotel Ibiza, coûte 2000 € par personne. Aussitôt, mon impatience et mes attentes ont atteint des sommets.

Apparemment, moins j’en savais à propos du repas et plus ce serait amusant. Alors, lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, je ne savais absolument rien, comme mes 11 compagnons de table.

Nous avons été accueillis avec un avertissement : nous sommes autorisés à révéler les époustouflants détails de la soirée si nous le souhaitons, « mais personne ne vous croira » précise notre hôtesse.

Découvrez ce qui s’est vraiment passé.

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Des Land Rovers estampillées Sublimotion nous ont escortés au restaurant. (Photo : Jackie Strause)

Notre voyage multisensoriel de 15 plats a commencé par un verre à l’Estado Puro (l’autre restaurant du chef aux deux étoiles. Des étoiles Michelin au Hard Rock? À Ibiza, c’est possible !). C’était juste au coin de la rue mais une flotte de Land Rovers nous a escortés au Sublimotion.

Nous sommes arrivés devant une porte banale, où une femme a secrètement annoncé notre arrivée. Nous nous sommes rassemblés dans un petit hall d’accueil de style hollywoodien d’autrefois, avec un homme se tenant derrière un bureau à peine éclairé.

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Mon ticket d’entrée comestible pour Sublimotion. (Photo : Jackie Strause)

Celui-ci nous a remis des tickets personnalisés pour une boisson. « Les tickets sont comestibles » a-t-il dit. Après un instant passé à chercher des regards d’approbation dans la pièce, nous avons grignoté les papiers et mordu dans le sceau de l’enveloppe, au goût sucré de framboise.

J’ai remarqué qu’il y avait un papier doré dans mon enveloppe. « Ah, vous avez le ticket en or » a-t-il dit d’un air mystérieux. « Gardez-le pour plus tard ».

Nous commencions déjà à nous amuser !

Il nous a emmené jusqu’à la prochaine porte pour entrer dans une pièce encore plus petite qui, en plus d’une présentation vidéo, offrait un ascenseur dans lequel on entendait « Hey, ho, let’s go ! » des Ramones.

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Les portes se sont ouvertes pour dévoiler une table futuriste, avec des portes virtuelles en guise de porte-noms. (Photo : Jackie Strause)

Arrivés à destination, nous avions l’impression d’avoir voyagé dans le temps. La salle à manger comprenait une table commune, blanche, avec 12 chaises et des écrans en guise de murs, du sol au plafond, permettant de faire des projections à 360°. Nos prénoms étaient écrits au néon, au-dessus de nos sièges respectifs.

Une fois installés à nos places, nous avons dégusté une pilule fruitée (un précurseur symbolique ?) Qui a fondu dans ma bouche comme un sorbet. Mes sens et ma curiosité étant exacerbés, j’ai décidé de laisser mes craintes derrière la porte, virtuelle.

On nous a servi le reste du repas à nos places mais rien ne restait immobile. Grâce aux installations lumineuses, projections et accessoires, ainsi que la réalité virtuelle, nous avons été transportés de la terre à la mer, vers le futur et le passé tandis que le paysage autour de nous changeait à chaque plat. Nous avons même fait du saut en parachute et un magnifique tour du monde en portant des casques Samsung Gear VR. Chaque arrière-plan s’accordait parfaitement aux plats moléculaires, servis avec beaucoup de créativité, pendant que la technologie s’amusait avec la gastronomie et nos sens.

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Un coquillage rempli de différents types de fruits de mer cuits dans leurs propres sauces. (Photo : Jackie Strause)

Avec une bouchée explosive d’huile d’olive refroidie à l’azote, nous étions complètement partis ! Nous avons fait passer le caviar et les huîtres avec un champagne Laurent-Perrier et dégusté de savoureuses bouchées de poissons dans des coques, pendant que des requins nageaient autour de nous.

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Nous avons utilisé des pinces, des ciseaux et une cuillère pour récolter nos propres salades. (Photo : Jackie Strause)

Nous avons mangé des langoustines déstructurées à bord de l’Orient-Express et ramassé à la main des salades sur un jardin-buffet végétal, tout en nous reposant à la campagne.

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Un tourbillon de lumière présente une extraordinaire soupe aux champignons se mariant à des saveurs forestières. (Photo : Jackie Strause)

Nous nous agitions sur nos chaises comme des enfants, pour une nouvelle aventure virtuelle, avec un repas inventif de l’an 2050 munis de nos lunettes Samsung. Nous avons bu des martinis pêche puis nous avons cherché la soupe au champignon magique dans un jardin de cascades.

Au milieu du repas, notre hôtesse est réapparue pour parler du ticket en or. Je m’étais tellement prise au jeu que j’avais oublié.

« Qu’est-ce qui vous manque le plus de votre enfance ? » a-t-elle demandé.

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Une grande roue portant des mini hot-dogs et pizzas comme pièces maîtresses. (Photo : Jackie Strause)

Mes amis et moi avons alors exprimé nos souvenirs des jours heureux de notre jeunesse et boum ! Un cirque est apparu sous nos yeux. Ils ont apporté une grande roue remplie de classiques de l’enfance, nous ont donné des ballons transportant des mini-sandwiches et assemblé un bar à desserts avec des petites pâtisseries, des barbes à papa et du pop-corn dans des formes méconnaissables.

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Un Surf ‘n’ turf et du vin rouge sur les plages lumineuses d’Ibiza. (Photo : Hard Rock Ibiza Hotel)

Après un bon verre de vin Rioja pour rincer nos palais, nous sommes ensuite retournés sur les plages d’Ibiza pour une soirée endiablée. Nous portions des lunettes peace and love tandis que nos serveuses exécutaient une chorégraphie, tout en dégustant un surf and turf de steak grillé, crevettes, noix de Saint-Jacques et un accompagnement de maïs modifié par la cuisine moléculaire.

« J’ai entendu dire qu’il y a deux desserts » a chuchoté ma voisine Daniella. J’avais l’estomac plein mais j’étais décidée à faire de la place.

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Photo : Hard Rock Ibiza Hotel

Le premier dessert était une œuvre d’art gastronomique. Nos serveurs ont peint nos sets de table avec des boules de glace au citron meringuée et des copeaux de noix de coco parmi une palette d’ingrédients. Après avoir mis du chocolat au centre, les lumières du plafond ont révélé l’œuvre d’art comestible : Le Baiser de Gustav Klimt.

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De généreux gâteaux au chocolat en lévitation sur un disque qui tourne. (Photo : Jackie Strause)

Ensuite, le grand final est arrivé. Notre table s’est transformée en tables de mixage individuelles et nous étions devenus DJ. La musique pulsait fort et nos desserts ont lévité ; les gâteaux au chocolat tournaient sur les platines de néon.

Dans la capitale mondiale de la fête, il est interdit de tomber dans un coma gastronomique après le dîner. Peut-être que c’était la chronologie bien pensée des plats ou la légèreté des ingrédients frais. Peut-être que c’était le décor et les formidables personnes qui ont participé à cette aventure avec moi. C’était sans doute l’excellent personnel qui se déplaçait autour de nous avec des lumières fluo, nous faisant terminer la soirée par une fête techno privée.

Difficile de savoir ce que c’est. Ce dont je suis sûre, c’est qu’après être restée trois heures à table et avoir trop bu, je suis sortie du Sublimotion pleine d’énergie et de vie, prête à faire la fête jusque tard dans la nuit d’Ibiza. Et c’est précisément ce que nous avons fait.

Plus tard, j’ai discuté avec le chef Paco Roncero en personne pour avoir des réponses aux questions qui me tourmentaient. Par exemple, comment a-t-il eu l’idée et comment fait-on pour servir ce genre de repas un soir après soir ?

« Je pense qu’il y a 100 personnes impliquées dans le processus créatif et la préparation » dit-il à propos du spectacle gastronomique dont le menu change à chaque saison. « Notre espace principal (ou « capsule » comme il dit) comprend plus d’installations technologiques que de nombreuses grandes boîtes de nuit ».

Paco Roncero dit que l’idée lui est venue lorsqu’il animait un atelier de cuisine au Casino de Madrid en 2012. « J’ai trouvé que les clients étaient plus intéressés par la gastronomie et la façon dont elle est liée aux cinq sens », explique-t-il. Deux ans plus tard, il créait Sublimotion à l’endroit le plus idéal pour un concept de ce type, et désormais, ses deux tables par soirée sont quasiment réservées à l’avance de juin à septembre.

Le Sublimotion, il faut le voir pour le croire. (Vidéo : Vimeo)

« Nous ne nous considérons pas comme un restaurant » dit-il quand je mentionne le surnom de restaurant le plus cher du monde qui semble être accolé au Sublimotion. « Nous jouons avec les émotions, les sens, le décor, les arômes et le goût, pour pouvoir créer des expériences tout à fait uniques avec chaque scène ».

Alors comment décrit-il l’expérience lorsqu’on lui demande à quoi s’attendre ? « C’est quelque chose que vous ne comprendrez que si vous en faites vous-même l’expérience ».

Vous me croyez maintenant ?