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Charles Edouard, albinos : "Je ne me trouvais pas beau. J’avais honte de moi. Honte de ma couleur de cheveux, de ma peau”

Albinos, Charles Édouard a traversé des périodes compliquées au cours de sa vie mais a su dépasser sa différence au fil des années. Pour Yahoo, le jeune homme de 23 ans, devenu mannequin international, s’est confié sur son parcours et notamment, sur la manière dont il est parvenu à se détacher du regard des autres.

Il a fait de ses faiblesses une force. Âgé de 23 ans, Charles Edouard est atteint d’albinisme, une maladie génétique causée par une insuffisance voire une absence de production de mélanine, le pigment qui colore la peau, les yeux, les poils et les cheveux.

Comme il le raconte, tout n’a pas toujours été rose. Dès son plus jeune âge, Charles Edouard est conscient de sa différence et les autres sont bien présents pour le lui rappeler. "Ça a été très dur, on me regardait différemment des autres. J’ai dû faire face à de nombreuses moqueries", se remémore-t-il avec tristesse tout en expliquant avoir été blessé par certaines situations à l’école. "Nous les albinos, on ne voit pas bien. Par exemple, lorsque l’on me demandait de lire un texte au tableau, toute la classe se moquait de moi. Ou bien lorsque l’on faisait du sport, on me mettait de côté parce qu’ils disaient que je ne voyais pas.".

Fort heureusement, Charles passe au-dessus, apprend à vivre avec et trouve une issue dans le mannequinat, une "passion" qui l’amène à se dépasser, oubliant tous ses tracas du quotidien. Il y voit une façon de reprendre le dessus sur sa vie et d’oublier les galères qu’il a vécues. "On s'est toujours moqué de moi, d’où cette envie de réussir et de prouver que je peux faire de grandes choses. Aujourd’hui, je me bats pour exceller dans mon domaine.".

Vidéo. "Le mannequinat marche pour moi parce que je suis atypique"

Un défilé qui change sa vie

Concrètement, sa vie bascule le jour où il tombe sur un show de la marque Jacquemus sur Instagram. Nous sommes en plein Covid. En voyant les mannequins défiler, Charles a le déclic et comprend rapidement la tournure qu’il souhaite donner à sa vie. Il veut à tout prix devenir modèle et met donc tout en œuvre pour y parvenir. Tout d’abord, il dresse une liste d’agences, envoie une multitude de mails et se motive pour faire du porte-à-porte. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. "J’ai essuyé beaucoup d’échecs", se rappelle-t-il tout en expliquant avoir persévéré malgré tout.

Et son travail paie puisqu’il est repéré. "J'ai eu ma première signature avec une agence anglaise, puis française, puis allemande. Là, je suis actuellement en négociation avec une agence en Italie", explique-t-il avec fierté tout en faisant part de ses projets. Le jeune homme prévoit ainsi, dans les semaines à venir, un voyage à New York pour y trouver une agence, "un rêve qui commence à voir le jour". Pour lui, sa réussite est liée à sa pathologie mais aussi à sa détermination. "Aujourd’hui, le mannequinat marche pour moi, tout simplement parce que je suis atypique. J’ai aussi été vraiment déterminé dans mes démarches et je sais que je suis talentueux dans ce domaine-là". Au-delà de l’envie d’avoir une grosse carrière et de devenir une référence dans le mannequinat, Charles souhaite également "ouvrir une porte" aux personnes "comme lui" qui souhaiteraient devenir mannequins.

"Une fille ne va jamais dire 'mon style, c'est un albinos'"

Et si côté professionnel, tout semble désormais fonctionner, en amour, c’est toujours "un peu compliqué". Pendant des années, Charles a dû se résoudre à passer au second plan. "Une fille ne va jamais dire que son style de gars, c’est un mec albinos", rappelle-t-il tout en se confiant sur son parcours sentimental."Je n’ai pas eu tant de relations que ça et cela a un impact". De plus, sa faible estime de lui ne l’a pas aidé à prendre confiance. “Je ne me trouvais pas beau. Je n’avais pas confiance en moi parce que j’avais honte de moi. Honte de ma couleur de cheveux, de ma peau”.

Un complexe qui l’a même poussé à se teindre les cheveux en noir pour passer incognito, "pour être quelqu’un de normal". Mais, comme il l’explique, le temps a fait son travail. Il a appris à s’aimer petit à petit et aujourd’hui Charles se sent merveilleusement bien dans sa peau. Un état d’esprit positif qui lui permet désormais d’aller de l’avant avec la gent féminine. “Je parle actuellement avec une personne sur les réseaux et j’ai l’impression qu’elle m’aime vraiment pour ce que je suis. J’espère que c’est la bonne personne", confie-t-il espérant une belle histoire d’amour.

Vidéo. "Je rentrais de l'école et je ne savais pas si ma mère était toujours en vie"

Une relation qu’il espère différente de celle dont il a été témoin entre sa mère et son père. Interrogé sur cette période, Charles a expliqué avoir vécu "un enfer" avec sa petite soeur. "Lorsque je rentrais de l’école, je ne savais pas si ma mère était encore en vie. Parfois, j’observais dans le regard de ma mère qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, elle était terrorisée.".

Victime de violences conjugales, sa mère s’est retrouvée hospitalisée, une sombre période qui restera gravée dans sa mémoire et dont il a pu se sortir grâce à sa foi. "Nous sommes chrétiens, nous avons énormément prié pour sortir de cet enfer que ma mère subissait et que nous subissions aussi.". Désormais, Charles ne veut plus rien savoir sur son père. "La relation que nous avons est morte. Malgré les conseils que l’on me donne, je ne pense pas que je pourrais lui pardonner un jour pour le mal qu’il nous a causés.".

Retrouvez en intégralité l'interview de Charles Edouard

Interview : Alexandre Delpérier

Texte : Amandine Zirah

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