Injections d'acide hyaluronique : "L'affaire Luna Skye ne m'étonne pas, ce type de procédure est plus dangereux qu'on ne le croit"

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Beautician doing Injection into female buttocks, body mesotherapy (peakSTOCK via Getty Images)

Le calvaire de Luna Skye semble décidément sans fin. Il y a quelques mois, la candidate de téléréalité a subi des injections d'acide hyaluronique au niveau des fesses, et depuis, elle enchaîne les hospitalisations. Un chirurgien esthétique tire la sonnette d'alarme sur les mauvaises pratiques de certaines cliniques.

Les adeptes de la médecine esthétique sont de plus en plus nombreux en France, du côté des femmes comme des hommes. Il faut dire que les injections d'acide hyaluronique ou de botox ont un côté attrayant : moins chères que la chirurgie esthétique, avec un résultat immédiat... Les cliniques ont trouvé un bon créneau, et aujourd'hui, les produits injectables représentent plus de 50% du marché de la médecine esthétique, pour une valeur de 5,6 milliards d'euros en 2019. Ces chiffres, publiés en janvier 2020 par l'organisation professionnelle IMCAS, font état d'un business particulièrement dangereux. Mais les injections ne sont pas pour autant une procédure anodine. La preuve avec l'affaire Luna Skye.

Un an de calvaire après des injections dans les fesses

Luna Skye est une star de la téléréalité, connue pour avoir participé à l'émission "Les Marseillais" et suivie par plus de 440 000 personnes sur Instagram. Comme bon nombre de jeunes femmes de ce milieu, elle a succombé aux sirènes de la médecine esthétique pour se débarrasser d'un complexe : des fesses tombantes à la suite d'une perte de poids. Début 2021, elle décide donc de prendre rendez-vous avec un chirurgien esthétique, qui lui propose des injections d'acide hyaluronique pour redessiner le galbe de son fessier.

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"Je comprends que c'est une solution rapide, invasive, parfaite pour récupérer le galbe de mes fesses. Je ne vois pas le danger. On ne me l'explique pas non plus. Je ne signe aucun papier. On ne me parle pas des effets secondaires ni des complications possibles. Au contraire, on me promet une intervention sans risque", explique la principale intéressée dans une récente interview accordée au magazine ELLE. "Je me fais injecter une première fois puis une seconde fois dans sa clinique à Paris. Au total, je débourse 7 500 euros pour 40 seringues par fesse."

Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu. Depuis maintenant près d'un an, la jeune femme enchaîne les infections et les traitements. Rapatriée en France en décembre dernier, après trois mois d'hospitalisation et un séjour en réanimation, elle a été prise en charge par les médecins de l'hôpital Tenon, à qui elle doit son salut : "Quand je suis arrivée, j'étais dénutrie, mes muscles étaient atrophiés. Je ne pouvais plus m'asseoir ni marcher. J'étais un cas d'école pour ce spécialiste. J'ai subi une première opération où il a placé des canules afin de casser les billes d'acide hyaluronique. Malheureusement, il restait encore des résidus. Il a fallu faire une deuxième opération en service intensif. Aujourd'hui, j'ai six grosses mèches de chaque côté de la fesse. C'est un système qui permet aux infirmières de procéder à des irrigations et des lavages." Elle doit désormais passer par la case rééducation pour retrouver le contrôle total de son corps.

"Les injections, c'est la poule aux oeufs d'or des cliniques"

Face au récit de Luna Skye, un chirurgien travaillant dans une clinique de chirurgie plastique et qui souhaite rester anonyme, a accepté de répondre à nos questions. "Ce qui est arrivé à cette jeune femme est atroce, mais malheureusement, c'est loin d'être un cas isolé. Il suffit de regarder sur les forums et les réseaux sociaux : on retrouve des dizaines de témoignages de cet acabit, en France ou à l'étranger." Selon ce spécialiste, il existe un véritable manque d'information à destination des patients et des patientes en quête de telles procédures.

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"La plupart des cliniques ont bien compris que c'était un moyen de faire rentrer énormément d'argent dans les caisses. Des milliers d'euros pour des procédures qui ne prennent que quelques heures ? Et qui en plus devront être renouvelées régulièrement pour que les résultats se maintiennent ? C'est la poule aux œufs d'or. Là où des patientes hésitaient des mois avant de se faire poser des implants fessiers, elles craquent rapidement pour des injections, parce que ça leur paraît sans danger."

Aujourd'hui, ce chirurgien dénonce une volonté de certaines cliniques de vouloir faire du chiffre sans se soucier de la santé des patientes. "L'idée que les injections d'acide hyaluronique dans les fesses sont sans danger ne sort pas de nulle part : elle est poussée par les cliniques et par des praticiens véreux pour encourager les patientes. Mais en réalité, une intervention sans danger, ça n'existe pas. Il y a toujours des risques. Mais on nous demande de passer dessus à toute vitesse."

"Les risques commencent dès la première injection"

Sur les réseaux sociaux, Luna Skye avait confié en novembre dernier avoir développé un staphylocoque de type MRS1, une infection du sang qui peut évoluer en septicémie et dans le pire des cas, provoquer la mort de la personne concernée. Et selon le chirurgien anonyme, ce type d'infection se développe lors de l'acte en lui-même. "Les injections d'acide hyaluronique se font généralement sous anesthésie locale dans le cabinet du médecin, pas au bloc. Et malheureusement, les cabinets sont moins bien désinfectés, ce qui multiplie les risques de développer une infection". Les risques sont toutefois moins nombreux en France que dans les cliniques situées à l'étranger, précise-t-il : "Les normes sanitaires en vigueur en France font partie des plus strictes."

Les chances de développer une infection sont réduites, mais restent présentes malgré tout. "Les risques commencent dès la première injection, puisque dès qu'un corps étranger pénètre la peau, c'est la porte ouverte aux bactéries. Alors quand on pratique 40 injections par fesse, les risques sont multipliés. Et c'est d'autant plus vrai dans cette zone en particulier, en raison de la proximité de l'anus." Le spécialiste précise : "Il y a quatre potentielles raisons de développer une infection : un site opératoire mal stérilisé, des outils mal stérilisés, une réaction au produit injecté ou de mauvais soins apportés par le patient ou la patiente. Et comme il est difficile de savoir précisément d'où ça vient, certaines cliniques ont tendance à rejeter la faute sur les victimes. Ça évite les procès."

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