EN IMAGES - Jean Gabin : retour sur les femmes qui ont marqué la vie du monstre sacré

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(Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
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Célèbre pour ses rôles de héros taiseux et de patriarches dans La Bête Humaine, Un singe en hiver ou Le Clan des Siciliens, Jean Gabin renfermait une personnalité éminemment complexe. Derrière ce regard aussi dur que perçant se cachait un homme pudique, séducteur et romantique, qui a conquis le cœur de stars comme Michèle Morgan ou Marlène Dietrich. Retour en images sur les histoires d’amour d’un monstre sacré décédé il y a tout juste 44 ans.

Un jeune homme timide mais séducteur

En décembre 1923, Jean Moncorgé endosse un petit rôle de barman dans une opérette intitulée La Dame en décolleté. S’il est de nature timide, celui qui opte à ce moment-là pour le pseudonyme de Gabin, son deuxième prénom, se montre entreprenant avec certaines de ses partenaires de scène. "C’était le temps où je courtisais mes partenaires", dira-t-il, cité par son grand ami André Brunelin dans la biographie Gabin. Mais c’est avec une admiratrice qui est l’une des rares à le remarquer qu’il vivra la première grande histoire de sa vie.

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)
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"On n’avait pas le sou"

Jean Gabin a 20 ans lorsqu’il rencontre Gaby Basset, une comédienne et chanteuse débutante de 22 ans. Après leur coup de foudre, les deux tourtereaux ne se quittent plus. Malgré leurs maigres moyens, ils s’installent ensemble dans une modeste chambre d’un petit hôtel de la rue de Clignancourt.

"On n’avait pas le sou, et des fois même pas grand-chose à manger. […] Mais on s’en foutait, du moins au début parce qu’on était encore sous le coup… De notre coup de foudre réciproque", racontera Gaby Basset à André Brunelin pour l’ouvrage Gabin.

(Photo by Michel ARTAULT/Gamma-Rapho via Getty Images)
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"Je vivais dans l’attente de la prochaine permission"

Durant son service militaire effectué dans la marine nationale à Lorient, le jeune homme n’arrive pas à prendre son mal en patience, en partie à cause de son rapport compliqué à l’autorité. Quand il apprend que les appelés mariés ont droit à davantage de permissions, il fait sa demande à Gaby Basset. La cérémonie a lieu au début de l’année 1925, à la mairie du 18e arrondissement de Paris. "Je vivais dans l’attente de la prochaine permission de Jean. Quand il m’avertissait de son retour, j’allais guetter au fond du jardin les arrivées des trains venant de la gare du Nord", expliquera la jeune mariée. "Tu verras, un jour on aura une ferme à nous", lui aurait lancé le comédien. "Et c’est vrai que plus tard, des fermes, Jean en a eues. Mais pas avec moi", ajoutera-t-elle, sans amertume.

(Photo by Michel ARTAULT/Gamma-Rapho via Getty Images)
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"Un petit béguin"

En 1928, la célèbre meneuse de revue Mistinguett prend Jean Gabin sous son aile et lui propose d’être son partenaire dans son nouveau spectacle intitulé Paris qui tourne, joué au Moulin Rouge. La presse de l’époque soupçonne une idylle entre eux et les deux artistes préfèrent s’en amuser. "Elle l’appréciait pour son talent, mais aussi parce qu’il était charmant et drôle comme il savait généralement l’être avec les femmes. Ils ont eu un petit béguin l’un pour l’autre, je crois, pas plus", affirmera de son côté Gaby Basset dans l’ouvrage Gabin.

(Photo by Michel ARTAULT/Gamma-Rapho via Getty Images)
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"Jean était un tendre"

Gaby Basset et Jean Gabin filent le parfait amour pendant plusieurs années malgré leur jalousie réciproque. Leur divorce est précipité par une liaison entre le comédien et Jacqueline Francell, sa partenaire dans l’opérette Flossie, dont les représentations débutent en mai 1929. Estimant que leur liaison est sérieuse, Gaby Basset propose à son époux de se séparer et la rupture est officialisée au début de l’année 1930. "Jean était un tendre, pas cynique pour deux sous. Mais lui, si réservé, avait avec les filles un vrai bagout", déclarera l’actrice, qui gardera malgré tout de bons souvenirs de leur relation. L’année de leur divorce, ils tournent tous deux dans Chacun sa chance, l’un des premiers films français parlants. Ils se donnent également la réplique en 1954 dans Touchez pas au grisbi, qui marque un tournant dans la carrière de l’acteur et le début de ses rôles de patriarches taiseux. Quant à l’idylle entre ce dernier et Jacqueline Francell, cette dernière décide d’y mettre un terme sous l’influence de son père, qui s’oppose catégoriquement à leurs envies de mariage.

(Photo by Roger Viollet Collection/Getty Images)
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Un coup de foudre avant l’ascension

Lors d’un dîner organisé chez des amis communs au cours de l’automne 1933, Jean Gabin rencontre Jeanne Mauchain, danseuse au Casino de Paris et à l’Apollo. Ils tombent immédiatement sous le charme l’un de l’autre et décident de se marier dans la foulée. La cérémonie a lieu le 23 novembre, quatre jours après le décès de Ferdinand Moncorgé, le père de l’acteur. En parallèle, ce dernier devient un visage incontournable du cinéma français, qui tourne régulièrement avec les cinéastes Julien Duvivier, Jean Renoir ou Marcel Carné. Ces réalisateurs contribuent à faire de lui un mythe grâce à des films comme Pépé le moko, La Grande illusion, Le Quai des brumes ou La Bête humaine.

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)
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Un divorce houleux et laborieux

Si un amour passionnel l’unit à Jeanne Mauchain, qui l’aide notamment à prendre en main sa carrière, il multiplie les aventures, dont une avec Michèle Morgan. Lassé par l’autorité de sa compagne et sa volonté de contrôler sa carrière, il s’éloigne progressivement d’elle jusqu’à leur séparation définitive en juin 1940. Jeanne Mauchain l’attaque en justice à plusieurs reprises, afin d’obtenir la moitié de ses biens, et multiplie les propos mensongers dans la presse d’après la version rapportée par André Brunelin dans la biographie Gabin.

"Lorsque je l’ai connu, c’était un homme paresseux, sans allant, sans éducation… C’était alors un petit acteur qui jouait les adjudants au nez rouge dans des vaudevilles militaires. Il ne tenait que de petits rôles et ne montrait guère de talent", dira-t-elle. Leur divorce est prononcé le 18 janvier 1943 à Aix-en-Provence, alors que Jean Gabin se trouve aux États-Unis. Après 1945, elle continue ses poursuites judiciaires pour avoir gain de cause. Jean Gabin, de son côté, s’évertue à ne jamais répondre à ses attaques.

(Photo by Mondadori Portfolio by Getty Images)
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"Il était très taquin"

Lorsqu’il la découvre dans La Gribouille de Marc Allégret, le comédien demande au réalisateur Marcel Carné de faire passer des essais à Michèle Morgan pour Le Quai des brumes. Celle-ci décroche le rôle et le tournage débute en 1938. Jean Gabin est âgé de 34 ans, marié à Jeanne Mauchain, tandis que sa partenaire de 17 ans est encore débutante. Il n’est pas toujours tendre envers elle. "Avec ces yeux-là, vous devez voyager beaucoup et en embarquer pas mal", lui aurait-il lancé après son audition. Sur le plateau, Michèle Morgan l’entend parler d’elle à son habilleuse et déclarer à son sujet : "Je suis sûr que cette môme, elle ne sait pas embrasser !". "Je ne connaissais pas très bien Jean Gabin, d'ailleurs je ne le connaissais pas, je l'avais rencontré quelques jours avant. Et... Il était très taquin", se souviendra la comédienne vingt ans après le tournage du film. Pour autant, ses remarques ne vont pas la décourager…

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)
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"T’as d’beaux yeux, tu sais"

Intimidée par un Jean Gabin moqueur à l’approche de la scène de baiser devenue culte du Quai des brumes, Michèle Morgan entend bien démontrer son professionnalisme à son partenaire. "J'étais très impressionnée, ça oui, mais je voulais lui montrer que je savais jouer une scène d'amour !", se souviendra-t-elle. Lorsque le tournage de la fameuse séquence débute, la jeune comédienne est "toute tremblante" et ne sait "ni comment faire, ni où regarder". La star lui glisse alors une réplique qui s’apprête à marquer pour toujours l’histoire du septième art : "T’as d’beaux yeux, tu sais". "Embrasse-moi", lui répond-elle, en suivant les lignes écrites par Jacques Prévert. "Il m'a embrassée. Il m'a embrassée pour de bon, et tellement que, dieu merci, j'avais du maquillage, car j'étais rouge pivoine jusqu'aux oreilles !", se souviendra-t-elle. S’ensuit une longue étreinte dans une fête foraine, qui vaut au film d’être interdit aux moins de seize ans lors de sa sortie en 1938.

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)
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Adieux sur un quai de gare

En 1939, Michèle Morgan et Jean Gabin se retrouvent sur le tournage de Remorques de Jean Grévillon, et leur histoire d’amour se poursuit. La guerre qui s’annonce les contraint de se séparer à nouveau. Michèle Morgan décide d’embarquer pour l’Amérique. Son compagnon souhaite la suivre mais veut d’abord veiller à ce que son ex-femme Jeanne Mauchain soit en sécurité. Les amants se quittent sur un quai de la gare Saint-Charles, à Marseille. "Il est là, tête levée, moi à la fenêtre penchée vers lui, je le regarde, je souris. Une scène de cinéma, mais le dialogue est de nous et nous la jouons la gorge serrée", racontera l’actrice. Lorsqu’il finit par arriver à Hollywood, leur idylle appartient définitivement au passé.

(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)
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"Rien ne semblait devoir nous rapprocher"

Pour fuir la France occupée, Jean Gabin s’exile aux États-Unis en 1941, où il retrouve de nombreux artistes français et européens comme Julien Duvivier et Jean Renoir. Le comédien apprend l’anglais et donne notamment la réplique à Ida Lupino dans La Péniche de l’amour. Il rencontre Marlene Dietrich, actrice allemande engagée contre le nazisme, mère d’une petite fille prénommée Maria Elisabeth et mariée au régisseur Rudolf Sieber depuis 1923. L’actrice et son époux entretiennent une union libre depuis la naissance de leur enfant. À première vue, tout semble opposer L’Ange bleu et La Bête humaine. "Marlene aimait qu’on l’aime. Elle faisait tout pour ça. Elle était adorable avec tout le monde. Gabin, lui, était toujours un peu fermé, il ne parlait pas beaucoup", raconte le cinéaste Claude Pinoteau dans le documentaire Gabin - Dietrich, un amour impossible. À propos de leurs différences, la star allemande affirmera : "Rien ne semblait devoir nous rapprocher. Il a fallu cette période d’exil pour qu’il me soit donné de découvrir, sous l’écorce un peu rude du faubourien, l’âme vibrante, ardente et sensible de l’homme".

(Photo by ullstein bild/ullstein bild via Getty Images)
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"J’ai promis à Jean de le rendre heureux"

Dans un courrier adressé à son mari et confident Rudolf Sieber, Marlene Dietrich fait part de ses sentiments pour Jean Gabin. "Je me cramponne à lui mais aussi à ma dernière chance d’être une vraie femme. J’ai promis à Jean de le rendre heureux pour toujours. Je devrais en être capable, avec tous mes talents…", écrit-elle. Les deux personnalités emménagent ensemble à Beverly Hills. Mais le Français n’accepte pas son exil aux États-Unis alors que son pays traverse l’horreur de la guerre. "J’étais malade à l’idée de finir ma vie aux États-Unis si les Allemands sortaient vainqueurs du conflit. Je ne pouvais pas rester les mains dans les poches en attendant tranquillement que d’autres se fassent descendre pour que je puisse retrouver un jour mon patelin…", expliquera le comédien.

(Photo by Hulton Archive/Getty Images)
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Un couple sous haute surveillance

Jean Gabin a énormément de mal à s’acclimater à Hollywood et préfère ne pas se mêler à la communauté française, éprouvant de la culpabilité vis-à-vis de son exil. Un comportement qui lui vaut la suspicion de certains de ses pairs et des autorités américaines, au même titre que sa relation avec Marlene Dietrich, elle-même surveillée par le FBI à la suite de sa naturalisation américaine en juillet 1939. "Gabin a été convoqué par le FBI, tombant de l’armoire ! Il s’est rendu compte que le comédien Charles Boyer, son grand rival français aux USA, le dénonçait comme un pro-vichyste", explique Patrick Glâtre, auteur de Gabin - Dietrich : un couple dans la guerre lors d’un entretien pour Midi Libre. Cette surveillance donne l’impression à l’acteur d’être "coincé" et motive sa volonté de quitter les États-Unis pour soutenir les troupes françaises.

(Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
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Séparés par la guerre

En janvier 1944, le second-maître Jean Moncorgé s’engage dans les Forces combattantes françaises. Après avoir été nommé instructeur des fusiliers marins, il devient chef de char dans la 2e division blindée. L’acteur restera toujours discret sur ses 27 mois passés au combat et refusera les rôles de militaires. Marlene Dietrich soutient les soldats américains en intégrant l’USO (United Service Organizations) et part pour l’Europe en avril 1944. La star allemande accompagne la 3e armée menée par le général Patton à travers l’Italie, la France et l’Allemagne. Elle retrouve Jean Gabin pendant quelques semaines à Paris en novembre 1944. Après la capitulation allemande, elle lui propose de s’installer avec lui dans la capitale française, alors que sa carrière est au point mort aux États-Unis. "Si tu es gentil avec moi je resterai avec toi toute ma vie. Mariés ou pas, comme tu voudras. Mais si tu veux un enfant, mieux vaut se marier…", assure-t-elle. Mais les mois qui viennent de s’écouler les ont transformés, et la passion n’est plus au rendez-vous. L’été 1946 marque pour eux la seule occasion de se donner la réplique, dans le film Martin Roumagnac. À la fin du tournage, ils se séparent. Inconsolable, Marlene Dietrich tentera de le revoir à plusieurs reprises. Jean Gabin refusera toujours.

(Photo by Serge DE SAZO/Gamma-Rapho via Getty Images)
(Photo by Serge DE SAZO/Gamma-Rapho via Getty Images)

Une "période de bonheur"

En janvier 1949, Jean Gabin débute une "période de bonheur" selon son biographe et ami André Brunelin, "la première peut-être qu’il n’ait jamais connue". Après des relations avec Marie Camilleri, Maria Mauban et Colette Mars, il rencontre Dominique, mannequin pour Lanvin alors âgé de 31 ans, dans un restaurant parisien. L’acteur tombe immédiatement sous son charme et prend très vite une habitude qu’il gardera pendant de longues années. "La première fois, je me souviens, c’était un bouquet de tulipes et de lilas. Cela a duré longtemps, chaque jour, à la même heure, les fleurs de Jean m’arrivaient. C’était toujours des bouquets de fleurs très simples, celles qu’il aimait, je le saurai plus tard. Quand nous avons vécu à la campagne des années après, il avait réservé une grande place pour les fleurs dans le jardin", racontera Dominique, de son vrai nom Christiane Fournier.

(Photo by QUINIO/Gamma-Rapho via Getty Images)
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Une famille nombreuse

Le 28 mars 1949, deux mois après leur rencontre, Jean Gabin et Dominique se marient à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Elle vient de lui apprendre quelques jours plus tôt qu’elle attend leur premier enfant. L’acteur a quant à lui accepté d’élever Jacky, fils du mannequin né de sa précédente union. En novembre 1949, Florence vient au monde, suivie de Valérie en septembre 1952 et de Mathias en novembre 1955. Les époux resteront ensemble jusqu’à la disparition du monstre sacré malgré des écarts de ce dernier, qui vivra notamment une liaison avec l’actrice Dora Doll.

(Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
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Un mari et un père secret

Le 15 novembre 1976, Jean Gabin décède à l’âge de 72 ans à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Dans la préface de l’ouvrage Gabin d’André Brunelin, paru onze ans après le décès du comédien, son épouse Dominique revient sur sa pudeur et sur sa volonté de préserver leurs trois enfants, Florence, Valérie et Mathias. Elle explique que ces derniers ont découvert à l’âge adulte l’importance de la carrière de leur père : "À la maison, […] Jean parlait peu de lui-même et de cinéma tant il désirait séparer sa vie professionnelle de sa vie de famille. Nos enfants n’ont su l’immense acteur qu’était leur père et la gloire qui était la sienne que lorsqu’ils sont devenus grands".

(Photo by Jean-Pierre Fizet/Sygma/Sygma via Getty Images)
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