#JeSuisCute : mais pourquoi les femmes se déshabillent-elles sur Internet ?

Depuis quelques jours, impossible de passer à côté de ce hashtag, sur Twitter comme sur Instagram.

Sur #JeSuisCute (Je suis mignonne), les femmes ont partagé des photos d’elles, plus ou moins sexy. Leur objectif : désexualiser le corps de la femme. Mais cette mobilisation s’est aussi accompagnée d’une vague de harcèlement.

<a href="https://unsplash.com/@yoannboyer?utm_medium=referral&utm_campaign=photographer-credit&utm_content=creditBadge" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:Yoann Boyer" class="link rapid-noclick-resp"><span>Yoann Boyer</span></a>

Tout a commencé par une simple publication sur Twitter. Une jeune femme, qui souhaite rester anonyme, a posté sur le réseau social une photo, un selfie pris dans le miroir, en culotte et en tee-shirt. Le tout, assorti du hashtag “#JeSuisCute“. La jeune femme se trouvait très mignonne, et avait envie de partager cela avec ses abonnés. Mais à aucun moment elle ne s’attendait à un tel déferlement de haine. Insultes, menaces, moqueries… Du “slutshaming” en bonne et due forme, pour un simple cliché.

Face à cette vague de haine, elle a reçu le soutien d’une autre jeune femme, qui répond au pseudo de MannyKoshka.Cette demoiselle a pris une rafale d’insultes, de slutshaming, de menaces qui l’ont obligé, ce jour, à quitter Twitter, nous a-t-elle confié. J’ai donc eu l’idée de reprendre sa légende #JeSuisCute pour lancer un mouvement qui se veut contre le harcèlement des femmes souhaitant disposer de leur corps comme elles le souhaitent.” Mouvement qui s’inscrit parfaitement dans l’émancipation féminine et le mouvement #MeToo, qui vise à dénoncer le harcèlement sexuel.

Des milliers de participations pour #JeSuisCute

Il suffit de cliquer sur le hashtag dédié sur Twitter et sur Instagram pour trouver des centaines et des centaines de participations. Inspirées par ce mouvement, bien décidées à être solidaires, des milliers de femmes de tous âges, toutes origines, toutes morphologie ont participé, publiant des photos parfois sages, d’autres plus osées. Maillot de bain, lingerie, nudité… On retrouve de tout, et cela impressionne MannyKoshka :Je ne m’attendais pas à ce que le HT devienne viral. Ce fut une réelle surprise samedi. Personne n’était préparé à ce que ce soit le cas.

Les participantes y voient un acte militant, à l’instar de Léa :J’aime beaucoup cette réappropriation des photos dénudées comme un outil d’empowerment. Cela permet de se réapproprier son corps, d’apprendre à l’aimer et à arrêter d’en avoir honte. J’aimerais bien que cela passe aussi par une prise de conscience que la nudité n’a pas forcément a être sexuelle.” Un avis partagé par Galliane, performeuse burlesque et militante body-posi :Participer au mouvement, c’est juste dans la continuité de ce que je fais depuis plus de 15 ans. Je fais des photos, je m’effeuille, je publie sur le nu et mon rapport au corps pour montrer que nous pouvons toutes accepter notre corps. C’est un acte féministe, c’est une façon de reprendre le contrôle de nos corps, ceux-là même qui sont industrialisés par la société“.

<a href="https://unsplash.com/@gabrielnunes?utm_medium=referral&utm_campaign=photographer-credit&utm_content=creditBadge" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:Gabriel Nunes" class="link rapid-noclick-resp"><span>Gabriel Nunes</span></a>

Ludivine Demol, chercheuse et doctorante, travaille notamment sur le thème de la sociologie de la sexualité, les études de genre et les usages du numérique. Pour cette experte :Poster ses photos dénudées, quand on le désire, c’est en quelque sorte montrer au monde que nous n’avons besoin que de nous-même pour se trouver belle. Particulièrement dans une société où une femme ne doit pas se trouver belle sous peine d’être taxée de prétention, et où elle aurait systématiquement besoin du regard de l’autre pour que sa beauté soit “validée”.” Elle estime que ce mouvement est intéressant, car il permet de “donner une visibilité aux corps non représentés dans les médias et sortant des canons de beauté“.

Des désaccords et des insultes

Seul problème : le mouvement #JeSuisCute ne fait pas que des adeptes. Loin de là d’ailleurs. Certaines personnes ont tenu des propos plus ou moins violents envers les participantes à ce hashtag, n’hésitant pas à les insulter, les comparer à des prostituées ou à des actrices pornographiques, cherchant à les humilier. Rares sont les personnes ayant posté des photos à ne pas avoir subi d’insultes. Mais pourquoi ces critiques ? Ludivine Demol avance une explication :Il y a une sorte de croyance populaire qui veut que les femmes doivent réserver leur corps et leur sexualité aux hommes. C’est en tout cas ce qui est sous-entendu dans les discours du typeRespecte-toi”, “Personne ne voudra t’épouser après ça”, etc. Ils estiment qu’une femme doit se “respecter” pour les hommes, pas pour elle-même.

Résultat, en postant par elles-mêmes les clichés de leur choix, les participantes aux mouvement #JeSuisCute changent la donne :Alors qu’on avait besoin d’eux pour se trouver belles, certaines leur jettent à la figure “Ton avis, je m’en moque. Je me trouve belle et je poste mon corps si je veux”. Et certains hommes le prennent comme une insulte envers eux.” Un avis partagé par MannyKoshka : “Ce que l’on a vécu pendant 4 jours sur Twitter, est le reflet de ce que nous vivons dehors, quand nous portons une jupe, une robe ou un maillot sans soutien gorge. Les insultes fusent de la même manière. Il me tient à coeur de rappeler aux femmes que leur corps leur appartient et qu’elles peuvent et doivent en disposer comme bon leur semble.”


Des avis plus nuancés


Sans aller jusqu’aux insultes, plusieurs personnes se sont élevées contre ce mouvement. C’est notamment le cas de Gaétan, qui estime que ces clichés ne peuvent que nuire aux femmes :Si elles se font refuser un travail à cause de leurs photos, elles diront forcément que la faute vient de l’employeur, alors qu’elles sont celles qui les ont postées.” Valentin, lui, estime que “des milliers d’internautes se sont fait spammer de photos sexy sans avoir rien demandé”, et que les femmes qui postent ce genre de clichés cherchent avant tout “de la reconnaissance” en postant ce type de photo. “Un mouvement sur un réseau social comme Twitter, ça ne va absolument rien changer”, avance-t-il.Dès que j’ai un commentaire négatif, je devrais me mettre à poil ? C’est une exagération. Tout le monde s’en fiche“.

Si la majorité des personnes à avoir critiqué ou insulté les participantes du mouvement #JeSuisCute sont des hommes, les femmes ne sont pas en reste. Julie affirme en avoir marre de voir “des féministes lutter contre la cause de la femme en se mettant nues”, et estime qu’elles devraient “plutôt montrer ce qu’elles ont dans la tête, leur savoir, leurs connaissances. J’en ai marre de les voir vouloir banaliser la nudité, et ensuite crier au harcèlement.” Tatiana, elle, estime que ce mouvement avait pour but de vouloir “imposer une idée et une façon de penser” dans laquelle elle ne se reconnaît pas.

<a href="https://unsplash.com/@johnschno?utm_medium=referral&utm_campaign=photographer-credit&utm_content=creditBadge" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:John Schnobrich" class="link rapid-noclick-resp"><span>John Schnobrich</span></a>


Quand le mouvement #JeSuisCute dérive


Mauvaise surprise en ce début de mois d’août, quelques jours après l’explosion de ce mouvement en ligne : des individus peu recommandables se sont amusés à uploader les photos associées au hashtag #JeSuisCute sur plusieurs sites pornographiques. Et les commentaires nauséabonds ne se sont pas fait attendre :Elles l’ont bien cherché, à s’exhiber comme des s******“, affirme un internaute.Il fallait s’y attendre, on va voir si elles assument toujours autant maintenant”, jubile un autre.

Les personnes à l’origine de ce commentaire semblent être passées à côté du but de ce mouvement : désexualiser le corps des femmes et rappeler qu’elles sont libres de se montrer comme elles le veulent, quand elles le veulent. En récupérant les photos pour les poster sur un site ayant une autre vocation, les seules personnes à blâmer sont bien les voleurs de photos, qui s’exposent à des poursuites.

** Rappel utile : contrairement à Instagram, qui interdit toute nudité, partielle ou totale dans ses conditions d’utilisation, cette règle n’est pas valable sur Twitter, qui n’interdit que les images à caractère pornographies et les images “excessivement violentes”.

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