"Le viol idéal" : comment éviter les contenus indésirables sur Twitter ?

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© Getty Images

Souvent controversés, les réseaux sociaux peuvent voir apparaître en leur sein le meilleur comme le pire. Twitter l'a encore prouvé le 12 mai dernier, avec la publication d'une série de tweets par internaute expliquant "le viol idéal". Les messages en question ont eu le don de choquer des milliers de personnes, à commencer par les victimes d'agressions sexuelles. Ce qui soulève une question : comment se protéger des contenus indésirables sur les réseaux sociaux, et les priver d'une visibilité nauséabonde ?

Si le confinement a permis à Twitter de se faire un relai de belles initiatives de solidarité, le réseau social est également régulièrement accusé de ne pas en faire assez pour protéger ses abonnés du contenu sensible. Via des comptes souvent anonymes, des dizaines de personnes publient au quotidien des messages racistes, homophobes, sexistes, antisémites, mais aussi des menaces de mort, de viol, et autres contenus aussi illégaux que dérangeants pour celles et ceux qui les lisent.

Comment ne pas donner de visibilité aux messages déplacés ?

Face à ces threads (séries de messages) ou à ces tweets problématiques, le réflexe des internautes est bien souvent de les citer pour les dénoncer. Un mauvais réflexe qui ne fait qu'augmenter la diffusion de ces messages. Mais alors, comment les dénoncer sans pour autant les relayer ? Pour Mathieu Gayet, expert en communication, stratégie et contenus numériques de l'agence Red 5, c'est une vraie problématique : "Comment parler d'un problème, informer sans montrer ? Sur les réseaux sociaux le plus simple est de partager le message avec un commentaire ; le message partagé devient naturellement plus populaire, et son auteur également. Le bon usage serait de faire une capture d'écran, pour ne pas inciter au clic. Il revient à chaque internaute d'être responsable des contenus qu'il/elle partage, et de trouver le meilleur moyen pour ne pas offrir plus de visibilité à un message offensant ou injurieux."

L'importance de signaler les messages inappropriés

Mais alors, comment réagir face à des publications injurieuses ou offensantes ? Le plus simple est de la signaler, ainsi que le rappelle Mathieu Gayet : "Il existe effectivement, sur chaque plateforme sociale, des dispositifs pour signaler des contenus inappropriés, spams ou autres. Twitter n'y fait pas exception et vous pouvez simplement signaler des tweets irrespectueux, choquants, dévoilant des informations privées, faisant preuve de harcèlement, incitant à la haine (en précisant la raison), etc."

© Capture d'écran Twitter
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Seul problème : un tweet signalé ne sera pas immédiatement traité, à moins évidemment qu'il ne soit signalé par des centaines voire des milliers de personnes sur un très court laps de temps : "Ces dispositifs sont de simples alertes que doivent ensuite traiter les équipes de chaque réseau, et il n'est pas garanti que cela soit suivi d'effets. Twitter en particulier alterne la suppression de comptes fantômes, et l'absence de réactions face à certains comptes ouvertement injurieux ou en infraction. L'exemple d'Agnès Cerighelli, ex-élue politique, est un bon exemple : après plusieurs mois de dénonciations par les internautes à juste cause, c'est la justice qui l'a condamnée pour "injure publique en raison de l'orientation sexuelle". Pour autant, c'est à la condamnée (qui a supprimé son compte depuis) de supprimer les messages incriminés."

L'art de se protéger de messages inappropriés

Avec l'anonymat et la facilité de poster et d'effacer des messages sur une plateforme telle que Twitter, le meilleur moyen de ne pas se retrouver face à des contenus offensants ou indésirables est encore de prendre les devants, notamment grâce au paramétrage de son compte. "Les réseaux sociaux protègent les plus jeunes ou les personnes sensibles des contenus les plus violents. Tout cela repose évidemment sur des actions des internautes eux-mêmes (bien paramétrer son compte, indiquer son âge..), et ensuite c'est une histoire d'algorithme. On voit que cela peut bloquer certains messages pas forcément injurieux (notamment des photos de nu sur Facebook), mais dans l'ensemble les mécanismes existent", rappelle l'expert en communication, stratégie et contenus numériques de l'agence Red 5.

© Capture d'écran Twitter
© Capture d'écran Twitter

Il existe également d'autres moyens simples à mettre en place, comme le fait de bloquer les comptes réputés pour leurs propos malveillants, ou ceux qui tiennent des propos indésirables, ou encore de bloquer certains mots clés et autres hashtags.

© Capture d'écran Twitter
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Une pratique qui peut aussi bien servir à bloquer certaines insultes, certains sujets dont ne voulez pas entendre parler... Ou pour éviter les spoilers sur vos séries et films préférés. Vincent, 29 ans, utilise cette technique : "Je bloque automatiquement les personnes toxiques connues, et dont les comptes n'ont jamais été suspendus, en dépit de leur comportement, des propos qu'ils véhiculent et des communautés qu'ils visent. J'agis pareil lorsque des hordes d'internautes s'en prennent à une personne avec un comportement incitant à la haine, ou des propos racistes, sexistes ou misogynes. Je signale, je bloque, pour m'éviter un fil qui me donne de l'urticaire." Une attitude proactive qui permet de se protéger un minimum et de combler certaines lacunes des réseaux sociaux.

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