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Restriction de l'accès à la pornographie aux mineurs : 74% des Français en faveur

Ce vendredi 7 juillet 2023, la justice française pourrait bloquer l’accès aux principaux sites pornographiques, sommés par l’ARCOM de se conformer à l’obligation de bloquer l’accès aux mineurs à leurs contenus. A cette occasion, l'institut de sondage Ifop et le site 01net ont mené l'enquête pour en savoir plus sur les habitudes de consommation des Françaises et Français en matière de pornographie.

Restriction de l'accès à la pornographie aux mineurs : 27% des moins de 12 ans ont déjà consulté un site porno © Getty Images
Restriction de l'accès à la pornographie aux mineurs : 27% des moins de 12 ans ont déjà consulté un site porno © Getty Images

L'avenir des sites pornographiques gratuits est dans la balance depuis plusieurs semaines. Depuis ce mardi 4 juillet 2023, le Sénat étudie un projet de loi qui a pour but de "sécuriser" Internet, notamment en bloquant de façon plus efficace l'accès aux sites pornographiques pour les mineurs. Le projet ne date pas d'hier, et de nombreuses tentatives ont été faites au fil des années, sans réel succès. Et le résultat est là : de nombreux adolescents et adolescentes ont eu l'occasion de consulter – et consultent régulièrement – des sites pornographiques, bien avant l'âge de 18 ans.

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Les adolescents regardent du porno de plus en plus tôt

Dans une étude menée par l'Ifop pour 01Net, l'institut estime que la fréquentation des sites pornographiques a atteint un "plafond", c'est-à-dire que leur fréquentation n'augmente pas de façon drastique, et tend même à se stabiliser au fil des années. En revanche, les adolescents semblent consulter ces contenus pour adultes de plus en plus tôt.

Aujourd'hui, plus d’un jeune garçon sur trois (35%) déclare avoir déjà surfé sur une site X avant l’âge de 12 ans, soit une proportion qui a triplé en une dizaine d'années (+ 23 points depuis 2023). La tendance est moins présente chez les filles, qui sont malgré tout 19% à avoir consulté un site porno avant 12 ans, soit trois fois plus qu'en 2013. En moyenne, les adolescents regardent leur premier film pour adultes à 15,3 ans. Les garçons, eux, en consultent pour la première fois à 14,4 ans, soit un an plus tôt qu'en 2013.

Différents modes de consommation

Si les jeunes consomment de plus en plus de contenus pornographiques, les sites internets classés X, surnommés les tubes, ne sont plus nécessairement leur choix de prédilection. Les sites de shows en direct via webcam, ainsi que les plateformes telles qu'Onlyfans, sont de plus en plus populaires.

Ainsi, 17% des sondé·e·s ont déjà assisté à un sex show en ligne, 13% ont acheté du contenu sur Onlyfans, MYM ou encore Fansly, et 14% ont déjà écouté un podcast érotique, style qui se développe de plus en plus sur les plateformes de streaming audio.

"La restriction de l’accès au porn en ligne se fait en réalité dans un contexte d’essoufflement de la fréquentation des sites pornographiques classiques, victimes de la concurrence de certaines alternatives tels que les sites de webcam ou de sex show payants à la OnlyFans qui s’avèrent plus stimulantes pour les jeunes garçons que le visionnage passif de films X sur une plateforme de streaming", estime François Kraus, directeur du pôle Genre, sexualités et santé sexuelle à l’Ifop.

La pornographie, toujours créatrice de complexes

Sans surprise, l'influence de la pornographie reste très présente chez le jeune public, qui a tendance à s'en servir comme outil d'éducation sexuelle, faute d'enseignements décents dans la très grande majorité des collèges et des lycées. Résultat : plus d’un jeune sur deux (53%) estiment que les vidéos pornographiques vues au cours de leur vie ont participé à l’apprentissage de leur sexualité, soit une proportion largement supérieure à celle observée dans la population adulte (35% chez l’ensemble des Français âgés de 18 ans et plus).

L'intégration des pratiques les plus populaires dans la pornographie à la sexualité est particulièrement présente chez les jeunes hommes, mais tend à s'estomper chez les femmes. 45% des jeunes filles de 18 à 24 initiées sexuellement, contre 67% des garçons du même âge, ont déjà tenté de reproduire des positions ou des scènes vues dans des films pornographiques, soit une proportion en baisse de 8 points entre 2013 et 2023.

En revanche, la pornographie semble toujours être la source de complexes, puisque l'étude précise que "la moitié des hommes de moins de 25 ans admettent avoir déjà été complexés sur la taille de leur pénis en regardant un film porno (51%), soit une proportion qui a explosé en dix ans selon l’Ifop (+ 17 points depuis 2013)." Les femmes ne sont pas en reste, puisque 54% des femmes de moins de 25 ans admettent avoir déjà été complexées sur des aspects de leur corps comme la pilosité en regardant un film X, 39% ont déjà été complexées par la taille de leurs seins, et 39% par la forme de leur vulve.

Quel impact pour les mesures souhaitées par le gouvernement ?

Point intéressant, l'étude de l'Ifop précise que "la restriction des conditions d’accès aux sites x est soutenue massivement par l’ensemble des Français comme par les amateurs de porn en ligne", avec 74% des sondé·e·s en faveur du double anonymat. Toutefois, si ces restrictions venaient à être mises en place, elles auraient un impact non négligeables sur les tubes, puisque seul un amateur sur six (18%) envisage sérieusement de souscrire un certificat de majorité pour consulter des sites pour adulte.

Par ailleurs, 27% des consommateurs et consommatrices "envisageraient sérieusement de cesser de consulter ces sites dans de telles conditions."

*Étude Ifop pour 01.net réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 13 au 17 avril 2023 auprès d’un échantillon de 2 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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