Enfants au régime : "J'avais 8 ou 9 ans quand ma mère a décrété que j'étais trop grosse et devais manger moins"

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Some 42% of American adults — nearly 80 million people — live with obesity. (Getty Images) (Peter Dazeley via Getty Images)

A quel âge avez-vous fait votre premier régime ? Cette question peut paraître anodine, mais les réponses ne le sont pas. Les restrictions alimentaires commencent de plus en plus tôt dans l'enfance, et cela a un impact sur les plus jeunes par bien des aspects. Explications avec une spécialiste.

En 1987, une étude californienne affirmait que 80% des fillettes avaient déjà fait un régime, avant l’âge de 9 ans. Depuis, les choses n'ont pas changé, bien au contraire. Au fil des années, plusieurs études ont prouvé que la culture de la minceur est toujours aussi présente, y compris dans notre société qui prône de plus en plus le body-positivisme. En 2015, une étude de Common Sense Media affirmait qu'un enfant américain sur quatre avait déjà fait un régime avant l'âge de 7 ans. Et que la majorité de ces enfants étaient des filles, qui, dès l'âge de 6 ans, estimaient être "trop grosses", suite à des réflexions de leurs parents ou de leurs camarades.

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"On m'a mise au régime à 8 ans, et je n'ai jamais compris pourquoi"

Marine* fait partie de ces enfants qui ont été mis au régime très tôt. A l'âge de 8 ans. "Je ne suis pas sûre que ça ait été très justifié, si j'en crois les photos de l'époque. J'étais une gamine rondelette, mais pas de façon inquiétante." Si cette femme se souvient avec précision de cette époque, c'est parce que les privations imposées par ses parents ont été très difficiles à vivre. "J'ai mal vécu le contrôle permanent, qu'on surveille mes faits et gestes. A en croire mes parents, j'étais coupable d'être grosse. C'était ma faute, parce que j'étais trop gourmande. Dans ma tête, il y avait un mélange d'incompréhension."

Cette incompréhension, Juliette*, 32 ans, l'a connue aussi. "Je crois que j'avais 8 ou 9 ans quand ma mère a décrété que j'étais trop grosse et que je devais manger moins. On ne m'a jamais expliqué pourquoi, et je n'ai jamais vraiment compris. Du coup, j'ai intégré très tôt qu'être grosse était une bêtise, puisque j'étais punie. Comment veux-tu te construire une bonne image de toi après ça ?"

"Je suis moche et grosse, c'est acquis à jamais."

Aujourd'hui adulte, Marine ne se rappelle pas quand ce premier régime s'est arrêté. Mais une chose est sûre, les réflexions sur son poids n'ont jamais cessé. "Toute ma vie, mes parents m'ont fait des remarques sur ma gourmandise, mon poids, mes habitudes alimentaires. Résultat : j'ai un rapport compliqué à l'alimentation." Le tout accompagné d'une estime d'elle-même très basse : "Je suis moche et grosse, c'est acquis à jamais."

Anne-Laure Laratte, diététicienne nutritionniste, le confirme : "Les dangers de faire faire des régimes à des enfants de moins de 12 ans sont nombreux. Et parmi eux, il y a l'acquisition de fausses croyances." Que ce soit sur les bons et les mauvais aliments, mais aussi sur leur estime de soi. La spécialiste confirme : "La plupart des enfants ayant fait des régimes jeunes ont développé des troubles du comportement alimentaire. Boulimie, hyperphagie, anorexie, orthorexie... Le panel est large selon l'éducation, les croyances et la frustration subie." Juliette* en est la preuve : "Puisque je n'avais plus le droit de manger à ma faim pendant les repas, je mangeais en cachette. Je piquais de l'argent dans le portefeuille de ma mère pour aller à la boulangerie ou à l'épicerie, je vidais le frigo la nuit... Et après, je me faisais vomir pour ne pas grossir."

Les régimes chez les enfants peuvent être très dangereux

Anne-Laure Laratte est formelle : les régimes imposés aux enfants ne sont pas sans conséquences. "Au-delà de l'acquisition de fausses croyances, il y a des risques de troubles de la croissance, de dérèglements du comportement alimentaire. D'autant que les enfants et les ados ont une vie sociale riche : goûters, anniversaires, cantine..." Difficile dans de telles conditions de contrôler réellement leur alimentation, sans se retrouver au ban de la société. Ce qui est arrivé à Elodie* : "Je ne mangeais plus à la cantine avec les autres enfants, mais dans la cuisine du self, pour ne pas être tentée par leurs plats. Ma mère ne me laissait plus aller aux anniversaires de mes copines, par peur que je mange du gâteau et des bonbons. Et moi, je n'osais plus inviter mes amies à la maison, puisque ça revenait à les priver elles aussi de goûter."

Devenue maman, Marine refuse de faire subir à sa fille ce qu'elle-même a subi. "Quand j’ai tenté d’en parler avec mes parents, ils m’ont accusée de vouloir les culpabiliser puis ils m' ont dit que de toute façon, une fois partie de la maison, j’avais été nulle puisque j’avais pris 10kg. Ma fille est elle aussi en surpoids. Je me suis toujours interdit de faire un commentaire. Elle fait comme elle a envie, et elle est bien avec ça."

Enfant en surpoids, que faire ?

Mais alors, comment réagir en cas de surpoids chez votre enfant ? La question est légitime : selon l'Organisation mondiale de la santé, l'obésité infantile touche près de 42 millions d'enfants dans le monde, et ce chiffre pourrait atteindre les 70 millions d'ici 2025. Mais pour la diététicienne-nutritionniste, le régime privatif n'est pas du tout une solution. "Il vaut mieux faire un suivi diététique pour apprendre les bases de l'alimentation, partir sur de vraies croyances. L'idée est de rendre l'enfant plus autonome dans ses choix alimentaires, lui apprendre à équilibrer son alimentation. Et surtout, lui rappeler qu'en mangeant mieux, c'est sa santé qui ira mieux." Un point important que Juliette aurait aimé qu'on lui explique : "On m'a plus souvent dit ‘Tu ne trouveras jamais de mec si tu ne perds pas de poids’ que ‘Tu mets ta santé en danger’."

Anne-Laure Laratte tient d'ailleurs à le rappeler : "Il faut casser les idées selon lesquelles un surpoids entraîne obligatoirement des pathologies, même si cela augmente en effet les risques. De même qu'il faut préciser que le poids n'est pas dû uniquement à l'alimentation. Il est important aussi d'éduquer les parents, autant que les enfants, pour éviter la propagation des fausses croyances." Le tout avec un point qui est souvent oublié tant la perte de poids est sacralisée en France : "Il faut arrêter de propager ces croyances selon lesquelles l'alimentation se mérite, et que les pertes de poids doivent être récompensées. Dire à un enfant 'Si tu perds du poids, je t'offrirai ton jeu préféré', c'est le mettre dans une mauvaise dynamique."

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