"J'ai fait rétrécir mes petites lèvres" : ces femmes qui ont eu recours à la nymphoplastie

·Journaliste lifestyle
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Les petites lèvres qui pendent n'ont pas bonne presse. Entre gêne physique et envie de se calquer sur une norme illusoire, les opérations chirurgicales pour les raccourcir sont en augmentation.

4 femmes sur 10 sont complexées par leur sexe

Se faire opérer de la vulve peut prêter à sourire voire passer pour une coquetterie un peu loufoque. Pourtant, chez certaines femmes, la taille des petites lèvres n'a rien d'un détail. En plus d'être gênée physiquement, Camille* était complexée par l'apparence de ses petites lèvres dès le lycée : “des GIF érotiques circulaient sur les réseaux sociaux, et je ne voyais aucune lèvre similaire aux miennes. Je voyais des commentaires de filles et de garçons qui qualifiaient les lèvres fortement apparentes de ‘dégoutantes’“. À 18 ans, la jeune femme se met donc à rechercher sur internet les mots-clés "lèvres apparentes" "lèvres qui dépassent" etc, afin de se rassurer.

Très vite, elle tombe sur le terme de nymphoplastie dans des articles de presse. Également nommée labiaplastie, cette opération consiste à réduire les petites lèvres en cas d'hypertrophie ou d'asymétrie. “Je me suis tournée vers cette solution car je suis déjà très complexée par mon apparence en général. Je souffre d'anorexie mentale et je n'avais donc pas envie de me rajouter un fardeau à porter, sachant qu'il y avait une solution concrète”, explique la vingtenaire, qui craignait également de “ne jamais être en confiance dans [s]a vie sexuelle future”. Comme elle, 36% des femmes pensent que leur vulve n'est pas parfaite et ont déjà ressenti une gêne face à leurs parties intimes, d'après un sondage réalisé en 2018 par Essity Intimate Survey pour la marque Nana. “Je n'ose pas aller a la plage ou à la piscine”, “c'est tout fripé, je trouve ça moche”, “je voudrais l’avis des hommes”, “ça ne fait pas propre” etc, sur les forums de discussions, elles sont nombreuses à exprimer leurs craintes du regard des autres.

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Un manque de représentation réaliste de la vulve

La faute avant tout à un manque de représentation réaliste du sexe féminin. “Les films pornos montrent toujours des vulves “abricot”, entièrement épilées, qui ressemblent beaucoup aux vulves des petites filles, avec des lèvres internes de petite taille, dissimulées entre les lèvres externes […] Or, celles-ci ne correspondent pas à la réalité de la plupart des vulves, très diverses, qui ont pour plus de la moitié les lèvres internes qui dépassent des lèvres externes. Ajoutez à cela la mode de l’épilation intégrale qui dévoile tout et vous obtenez des complexes”, décrypte Marie-Flore Laslandes, sexologue qui coanime le compte Instagram J'aime ma vulve. Mais si les jeunes femmes ont tendance à se tourner vers ce modèle arbitraire, c'est aussi parce qu'elles n'en ont pas vraiment d'autres. “Les cours de SVT et d’éducation à la vie affective et sexuelle (quand ils ont lieu), n’évoquent jamais les changements pubertaires de la vulve, à part l’apparition de la pilosité. Or, la vulve change de forme à l’adolescence, avec notamment le développement des lèvres internes”, ajoute la spécialiste.

Pourtant, les femmes invoquant des raisons esthétiques pour justifier leur décision de se faire opérer sont rares. C’est en tout cas ce qu’affirme le docteur Masson, chirurgien esthétique et plastique à Paris. “La dimension fonctionnelle prime souvent dans leurs demandes. Énormément de femmes sont gênées en faisant du sport, en portant leurs sous-vêtements, ou encore lors des rapports sexuels” précise-t-il. “D'aussi loin que je me souvienne, déjà très jeune, c'était désagréable voire douloureux. C'est pénible tout le temps mais surtout lorsque je marche. Les petites lèvres frottent constamment sur le tissu et sont régulièrement inflammées”, explique Alexandra, qui pense sérieusement à se faire opérer.

Opérer ou accepter

Apparue il y a une dizaine d'années aux États-Unis, la nymphoplastie séduit toutes les tranches d'âges et catégories socio-professionnelles. Et malgré le tabou, la demande est en augmentation en France. En 2016, 4600 femmes y ont eu recours, contre 1839 en 2010, soit une augmentation de 143 % selon la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens. Pourtant, celle-ci ne doit pas se transformer en effet de mode. “En tant que médecin, on fait toujours une balance bénéfices-risques : si on opère alors que les lèvres dépassent de façon minime, la cicatrice sera placée trop à l'intérieur du vagin. On risque alors une dyspareunie (ndlr : douleurs lors des rapports sexuels) car il y aura frottement sur la cicatrice”, explique docteur Vincent Masson, chirurgien esthétique à Paris. Ce dernier veille aussi à refuser des demandes liées à la dysmorphophobie, ou à des décisions peu réfléchies ou dictées par autrui. “Une patiente voulait se faire opérer après sa rupture, car son ex avait fait une remarque désobligeante sur son anatomie. Je l'ai refusée”. En pratique, l'opération dure entre 30 et 40 minutes, sous anesthésie locale ou générale, et coûte entre 2000 et 4000 euros.

Aux femmes complexées, Marie-Flore de J'aime ma vulve préconise elle une approche plus “body positiviste”. Elle leur conseille de regarder des images de vulves “réelles” et d’apprendre à observer la leur dans un miroir, progressivement, avec douceur et bienveillance.

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“Il existe également des ateliers d’auto-observation, organisés par des associations féministes, qui permettent de se familiariser avec son sexe, de se l’approprier et d’échanger avec d’autres personnes à ce sujet”. Sans oublier d'en parler à des amies de confiance : “Quand on parle, on se rend souvent compte qu’on a les mêmes préoccupations et cela libère !”.

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