"J"ai l'impression qu'on préfère m'imposer un quatrième avortement" : Comme Chimène Badi, elles tentent désespérément de se faire stériliser

·5 min de lecture
French singer Chimene Badi poses during a photo session in Paris on December 19, 2018. (Photo by JOEL SAGET / AFP) (Photo credit should read JOEL SAGET/AFP via Getty Images)

Aujourd'hui encore, la maternité est érigée comme un idéal, mais surtout comme une évidence. Résultat, les femmes qui n'imaginent pas leur vie en tant que mère sont toujours stigmatisées par la société, pointées du doigt. En particulier lorsqu'elles décident de prendre des mesures définitives pour ne plus avoir à subir une contraception au quotidien. Chaque année, des dizaines de femmes tentent, sans succès, de se faire stériliser. Et la chanteuse Chimène Badi en fait partie.

Une femme a-t-elle obligatoirement vocation à être mère ? C'est ce que semblent penser les professionnels de la santé qui s'évertuent à refuser des ligatures des trompes sous prétexte que leurs patientes pourraient "finir par changer d'avis". En 2021, et alors que le féminisme repousse toujours plus les limites que la société tente d'imposer aux femmes, il existe toujours un véritable tabou autour du non-désir de maternité. Pour Chimène Badi, il s'agit d'ailleurs d'un des "derniers tabous" sociétaux, ainsi qu'elle l'a expliqué à Faustine Bollaert lors de son passage dans l'émission Ça commence aujourd'hui.

On lui refuse le droit à la stérilisation

"L'idée de porter un enfant, d'avoir mon corps qui se transforme, c'est pour moi impossible", a-t-elle expliqué, affirmant qu'elle redoutait la façon dont une grossesse pourrait impacter son corps. Mais surtout, ce sont ses angoisses qu'elle ne veut pas laisser en héritage à un bébé : "Je n'ai pas envie de transmettre à mon enfant des angoisses inutiles. Je m'arrête de vivre si j'ai un enfant." Depuis sa propre jeunesse, elle ne s'est d'ailleurs jamais reconnue dans la maternité.

Vidéo. Elle explique que certaines femmes regrettent d'être mères mais n'osent pas l'avouer

Preuve de son non-désir d'enfant, elle a tenté de se faire ligaturer les trompes. Sans succès. "Je suis étonnée, à 29 ans, moi j'ai vu des gynécologues qui refusaient de ligaturer des trompes à des femmes. Sinon, c'était à partir de 40-45 ans, ou alors il fallait déjà avoir un enfant", raconte-t-elle. "J'y ai pensé, mais on me l'a refusé". Et son cas est loin d'être anodin.

"On veut nous interdire de disposer de notre corps comme on l'entend"

A 32 ans, Léa* est sûre et certaine de son choix : elle ne veut pas d'enfant. "Je n'en veux tellement pas que je me suis déjà fait avorter trois fois", raconte la jeune femme. "Je suis visiblement méga fertile. Je suis tombée enceinte à 16 ans, après un accident de capote. Puis à 22 ans, suite à un oubli de pilule, et à 27 ans, sous stérilet. Un comble ! Mais en dépit de tout ça, tous les médecins que je contacte pour me faire ligaturer les trompes refusent." Cette Parisienne a pourtant entamé son parcours depuis plus d'un an, et consulté plusieurs professionnels de santé : médecins, psychologues, psychiatres, gynécologues, sage-femmes... Rien n'y fait.

"Les médecins avec qui j'ai évoqué ma volonté de me faire stériliser m'ont tous regardée avec de grands yeux et m'ont avancé les mêmes arguments : je suis trop jeune, je suis célibataire, je risque de rencontrer un mec qui va me faire changer d'avis... Le fait que je supporte de moins en moins bien la contraception, puisque je n'ai plus confiance en mon stérilet, ils s'en foutent." A force de discussions avec des personnes qui ont réussi à obtenir ce dont elle rêve, Léa a toutefois décroché un rendez-vous avec un spécialiste, courant juillet. "J'espère que cette fois-ci, ça sera le bon. Pour l'instant, j'ai juste l'impression qu'on veut nous interdire de disposer de notre corps comme on l'entend. Qu'on préférerait que je m'impose un quatrième avortement plutôt que de me faire ligaturer les trompes, dans le cas hypothétique où je changerais d'avis. Ça me brise le coeur."

Vidéo. Premier Acte - Alexandra : "La première fois après ma ligature des trompes, je me suis sentie bizarre, mais libérée"

"Mon gynéco de famille a parlé de mon désir à ma mère, pour que je change d'avis"

Juliette*, 27 ans, est dans la même situation. Son ancien gynécologue, qu'elle décrit comme "un vieux boomer de la vieille école", n'a pas hésité à briser le secret professionnel pour tenter de la décourager. "Dans ma famille, on a toutes le même gynéco qui suit ma mère depuis des années. Il avait suivi ma grand-mère avant, il s'occupait de moi et ma soeur... Je pensais pouvoir lui faire confiance." La jeune femme est pourtant sûre de ne pas vouloir d'enfant, et aimerait ne plus avoir à s'imposer une contraception : "La pilule m'a fait prendre 15 kilos et a flingué ma libido, et le stérilet me terrifie. Je ne veux pas d'enfant, jamais, et j'en suis certaine, alors je lui ai demandé des infos sur la ligature des trompes. Il était outré, m'a dit que c'était un procédé abject, que j'allais forcément regretter. Et devant mon insistance... Il en a parlé à ma mère, pour qu'elle m'encourage à changer d'avis."

Face à cette attitude qui va à l'encontre du secret médical, Juliette a changé de praticien, optant pour une femme. Malheureusement, elle s'est encore une fois confrontée à un mur : "Pour elle, la ligature des trompes, c'est à partir de trois enfants, et après 40 ans. On me dit toujours que je vais changer d'avis, que la stérilisation, c'est définitif. Mais aux dernières nouvelles, avoir un enfant aussi, ça l'est, donc c'est un argument de merde. Je vais donc continuer mon parcours, et trouver la perle rare, tant pis si je dois voir tous les médecins de la région. Il est tant que la société comprenne que le non-désir de maternité est un choix tout à fait valable pour les femmes."

Vidéo. Déclic - Bérengère : "Je me suis fait ligaturer les trompes parce que je ne veux pas d'enfant. C'est une décision définitive."

A LIRE AUSSI

>> Ces jeunes femmes ont décidé de se faire stériliser et nous expliquent pourquoi

>> Journée mondiale de la contraception : se faire stériliser quand on ne veut pas d'enfants, le parcours du combattant

>> Chimène Badi se confie sur son non désir d'enfant

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles