Ces femmes affirment leur ras-le-bol des injonctions pendant le confinement

Katia Rimbert
Journaliste
Exhausted frightened woman showing stop sign, female rights, assault in family

De nombreuses voix féminines se sont élevées sur les réseaux sociaux. En cause ? Les injonctions faites aux femmes depuis le début du confinement quant à une certaine idée de la féminité et au doux fantasme de la mère et conjointe “parfaite”, qui (spoiler) n’existe pas.

“Stop aux injonctions !” C’est ce que scandent de nombreuses femmes sur les réseaux sociaux, et notamment sur Instagram, depuis quelques jours. Ces féministes se rebellent face aux diktats que la société tente de leur imposer depuis le début du confinement.

Sois belle et tais-toi

Pour être au top malgré les circonstances, il faudrait que les femmes soient maquillées pour être bonnasses même en conf call (alors qu’elles aimeraient peut-être laisser leur peau respirer et rester en pyjama), faire la cuisine comme une cheffe (et ne surtout pas dire qu’on en est au 3e gâteau brûlé cette semaine), faire l’école à la maison à ses enfants à la perfection (SANS craquer et en gardant toujours le sourire), rayer au moins un truc par jour sur sa to-do-list longue comme le bras (même si on n’a juste envie de ne rien faire), prendre du temps pour soi en faisant un masque cheveux/visage pour ne surtout pas s’oublier.

Ah et puis bien sur, il faut absolument avoir un appart nickel et se transformer en véritable fée du logis, ne pas oublier son couple hein et continuer à être sexy et graou au lit, apprendre une nouvelle langue/coudre/repeindre son salon/trier ses placards et suivre des cours de sport en live pour ne pas perdre de vue son objectif : le bikini body pour cet été. STOP. Les femmes ont décidé de dire stop. Et elles comptent bien faire du bruit.

La blogueuse sexo Masha Sexplique a notamment posté une photo d’elle, dévoilant de ses poils sous les aisselles, sur Instagram. “Nos maisons devraient être des safe places pour tester des trucs et être nous mêmes. Au lieu de ça on se rend compte qu'en période de confinement, les injonctions sont exacerbées : rester belles, maquillées, épilées, minces etc. Bah écoutez mes poils se portent très bien. Ça ne m'empêche pas d'être belle et désirable. J'ai autant de légitimité à les garder qu'un homme.”, écrit la jeune maman.


De son côté, Morgane Koresh dénonce “toutes ces injonctions qui nous pleuvent dessus depuis le début du confinement”. La co-créatrice du hashtag #monpostpartum avec Masha Sexplique - qui mettait en lumière le vécu post-accouchement - pointe aussi du doigt les messages contraires qu’on véhicule à la gent féminine : soit la Desperate Housewive parfaite et profite du confinement pour (surtout) ne rien faire.

Des dizaines d’autres femmes ont elles aussi poussé un coup de gueule sur les réseaux sociaux. Avec notamment un message : laissez les corps féminins tranquilles.

À chaque jour suffit sa peine

En vérité, les femmes font ce qu’elles peuvent. Comme les hommes, d’ailleurs. Tout le monde fait ce qu’il peut en cette période compliquée, et surtout inédite. On ne pouvait pas prévoir qu’une telle crise sanitaire allait arriver comme on ne pouvait pas prévoir comment on allait réagir enfermé entre quatre murs. Et puis, tout le monde n’est pas dans la même situation.

Il y a ceux qui télé-travaillent avec - ou sans - enfants à gérer qui hurlent toute la journée, ceux qui sont contraints de se rendre sur le lieu de travail tous les jours (force à vous), d’autres qui ont peur pour eux et pour leurs proches, d’autres encore qui sont au chômage technique avec - ou sans - salaire, certain.e.s qui passent leur journée à jouer à Animal Crossing ou à mater des séries sur Netflix seul.e.s dans leurs 20 mètres carrés. Il y a aussi celles qui sont enceintes et qui flippent et celles qui veulent se faire avorter pour lesquelles la procédure d’IVG devient un vrai parcours du combattant. On n’oublie pas non plus les malades (du Covid-19 ou d’une autre pathologie) ou les personnes qui doivent cohabiter avec leur ex, ainsi que ceux et celles qui dépriment par manque de contact social... Face à sa situation personnelle, on fait bien ce qu’on peut.

Les femmes font aussi ce qu’elles veulent. Si elles ont envie de se maquiller comme si elles allaient au Festival de Cannes alors qu’elles vont juste binge-watcher la saison 4 de la Casa de Papel en pyjama, qu’il en soit ainsi. Si elles veulent s’épiler ou laisser leurs poils faire leur vie, se faire un brushing ou ne pas se doucher pendant trois jours parce que *la flemme*, passer leur journée en jogging ou en jupe moulante, c’est leur choix.

Pourquoi quelqu’un aurait son mot à dire là-dessus ? Par les temps qui courent, un peu de solidarité et de sororité ne feraient pas de mal.

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