#Monpostpartum : les femmes brisent le tabou sur les saignements et le port de couches pour adultes post-accouchement

Katia Rimbert
Journaliste
(Crédit photo : Atipati Netiniyom / EyeEm via Getty Images)

De nombreuses femmes ont levé le voile sur un tabou : les saignements post-partum et le port de couches qui va avec. Mais aussi sur d’autres blessures, physiques et psychologiques, qui surviennent après la naissance de bébé et dont les jeunes mamans ne sont pas assez informées.

C’est suite à la prise de parole d’Ashley Graham sur Instagram et à une publicité censurée aux Oscars 2020 que les langues se sont déliées. Le mannequin plus size a libéré la parole des jeunes mères sur un sujet passé sous silence : les couches post-accouchement. Le 10 février dernier, elle postait sur Instagram une photo d’elle portant une culotte jetable quelques jours après avoir donné naissance à un petit Isaac. Sa légende : "Levez la main si vous ne saviez pas que vous changeriez aussi vos propres couches".

Les Oscars censurent le sang post-partum

Pendant ce temps-là, on apprenait qu’une publicité avait été censurée pendant la cérémonie des Oscars diffusée sur la chaîne ABC aux États-Unis, le 9 février dernier. Le spot de la marque Frida Mom - dédiée à l’hygiène féminine post-partum - a été jugé “trop explicite” et “trop crue”. Pourquoi ? Parce qu’elle montre tout simplement la réalité du quotidien d’une femme de retour de la maternité.

Une méconnaissance criante

Parce que oui, les femmes saignent après l’accouchement. Elles perdent du sang, des caillots et des résidus de la membrane placentaire, le temps que l’utérus retrouve sa taille initiale. Ces saignements s’appellent des lochies et (super nouvelle, mesdemoiselles) ils durent environ quinze jours. Pendant deux semaines, les toutes jeunes mamans sont donc souvent contraintes de porter des couches pour adultes, des culottes jetables ou encore des serviettes hygiéniques très épaisses. Et ça, visiblement, beaucoup de femmes ne le savaient pas du tout.

Alors justement, certaines femmes ont décidé de “lever la main” pour briser ce tabou. Elles ont témoigné de leurs douleurs et saignements de retour de couches sur le réseau social. Mais aussi de tout un tas de maux et effets secondaires survenus après avoir donné naissance à leur enfant, et dont elles n’ont pas toujours été informées.

Des blessures physiques mais aussi psychologiques

La blogueuse sexo Masha sexplique a révélé que les semaines qui ont suivi la naissance de sa fille étaient très dures à vivre. “J’étais loin d’imaginer qu’après mon accouchement, j’allais devoir éponger mon sang, ne pas pouvoir m’asseoir sans pleurer (...) Ça a été une expérience terriblement douloureuse. Je ne voulais voir personne. J’ai laissé de nombreux amis et amies sans réponse pendant des mois. Je voulais juste me terrer dans un lieu où personne ne me trouverait, sans enfant pour malmener mes seins, sans corps pour me rappeler la souffrance, sans mémoire qui me répète mon histoire (...) La maternité est une belle expérience mais elle peut être aussi cruelle en laissant des marques indélébiles”, écrivait-elle sur Instagram.

La jeune femme de 22 ans nous a confié qu’à cette période-là, elle était “cassée physiquement” : “J’ai eu une déchirure assez conséquente, donc je ne pouvais pas m’asseoir. Je suis tombée malade juste après mon accouchement : j’ai eu cinq lymphangites en deux mois et demi. C’est une inflammation du sein à cause de l’allaitement”. Mais ce sont surtout ses “barrières psychologiques” qui ont été difficiles à gérer. “Les premiers jours après mon accouchement, ça allait, psychologiquement en tout cas. Sûrement grâce aux hormones ! (rires.) Deux semaines après, je suis un peu tombée en dépression. Je broyais du noir, j’ai parfois eu envie de mourir”, nous a-t-elle dit en précisant qu’elle n’avait “pas redirigé tout ça contre son enfant” mais qu’elle était “sincèrement heureuse et contente d’avoir sa fille et qu’elle aille bien”.

“Psychologiquement, ça n’allait pas du tout. C’était trop compliqué de voir des gens, de répondre à des messages, de me lever, de me laver…Chaque petite chose du quotidien étaient devenues impossibles”, a-t-elle révélé pendant notre entretien.

Réapprendre à aimer son corps

Si le corps médical de la maternité l'avait informée de l’existence des saignements post-accouchement et lui avait dit de “ne pas s’inquiéter” s’ils survenaient, la blogueuse affirme qu’elle n’avait pas connaissance des autres symptômes qui peuvent survenir. “Je l’ai tellement vécu de plein fouet que je n’ai même pas eu le temps d’avoir conscience que je ne le savais pas avant d’accoucher”, a-t-elle lâché en précisant qu’elle a eu “une chance inouïe” d’avoir un compagnon très présent pour elle à ce moment-là. “C’est lui qui me faisait à manger et le ménage pendant que j’étais alitée”. Le plus dur pour elle ? Se réapproprier son corps.

“Pendant près de deux mois je n’ai pas réussi à me regarder mon corps dans un miroir. C’était insoutenable, j’avais l’impression qu’il ne m’appartenait plus. Ce n’était pas moi”, nous a-t-elle avoué. Et une fois le dernier rendez-vous avec sa sage-femme passé, l’autrice a dû se débrouiller seule : “Je me suis sentie complètement abandonnée et livrée à moi-même avec tout ce b**del à gérer, physique et psychologique”. Comme de trop nombreuses femmes.

A LIRE AUSSI

> Après leur accouchement, elles ont refusé les visites à la maternité

> "Les femmes sont très seules avec ça et en manque d’info" : dyspareunie et vaginisme, ces douleurs pendant les rapports sexuels

> Le réchauffement climatique réduirait la durée des grossesses et augmenterait le nombre de bébés prématurés