Kiss A Ginger Day : entre moqueries et fétichisation, leurs cheveux roux leur ont fait vivre un enfer

Laetitia Reboulleau
·5 min de lecture
Portrait of young woman
Portrait of young woman

Existe-t-il un physique qui fasse l'unanimité ? Visiblement, la réponse est non puisque la moindre particularité physique peut suffire à déclencher des moqueries... Du moins jusqu'à ce que celles-ci soient fétichisées, ce qui engendre un type de gêne bien différent. Les personnes aux cheveux roux peuvent en témoigner. Moqueries, préjugés, hypersexualisation... À l'occasion de la journée mondiale "Kiss a ginger day" (embrassez un·e roux·sse), les concerné·e·s ont accepté de témoigner.

"Quand j'étais petit, on me disait que je n'avais pas d'âme." Aujourd'hui, du haut de ses 42 ans, Pascal continue à frémir lorsqu'il repense à son enfance de petit garçon "poil de carotte". "J'étais le rouquin par excellence", raconte-t-il. "Cheveux oranges, taches de rousseur, peau diaphane... Comme la plupart des gens dans ma famille, quoi ! Mais dès l'école primaire, les moqueries et les brimades ont commencé. On se moquait de ma couleur de cheveux, on me reniflait après la pluie pour prouver que je sentais mauvais quand j'étais mouillé, on me faisait des blagues comme quoi je n'avais pas d'âme, que j'étais un suppôt de Satan... Dit comme ça, ça en fera sans doute rire plus un. Mais à 8 ans, c'est dévastateur."

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Les roux et les rousses, victimes de préjugés

L'expérience de Pascal est tout sauf anodine. La bienveillance envers les gens différents est loin d'être toujours au rendez-vous, et depuis plusieurs siècles, les personnes aux cheveux roux sont victimes de moqueries et de préjugés. L'un des principaux remonte au Moyen-Âge : à cette époque, les femmes rousses étaient considérées comme des sorcières, tandis que les roux·sses en général étaient vus comme des envoyés du diable. Une vision bien obscurantiste, qui date de l'époque où la génétique était inconnue, mais qui a laissé des traces et des préjugés, bien des siècles plus tard.

Il en va de même pour les clichés concernant l'odeurs des personnes rousses : la rumeur a longtemps affirmé que ces derniers sentaient mauvais, en particulier sous la pluie, parce que leur organisme contenait plus de souffre que la normale, d'où leur couleur de cheveux. Cet a priori n'a jamais été corroboré par aucune étude scientifique. Mais il reste gravé dans les mémoires, et représente un véritable facteur excluant... En particulier chez les enfants, qui peuvent se montrer particulièrement cruels les uns envers les autres si on leur donne le mauvais exemple. Le quadragénaire en a fait l'expérience, et a pris une décision dès son adolescence, pour se soustraire aux moqueries qui lui gâchaient la vie : "L'année de mes 14 ans, nous avons déménagé. J'ai demandé à ma mère l'autorisation de me teindre les cheveux, pour ne plus avoir à subir de moqueries dans mon nouveau collège. Elle a accepté, et depuis, je suis brun. Je n'étais peut-être pas assez fort pour accepter ma différence."

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Une hypersexualisation dès l'enfance

Si les moqueries et le harcèlement scolaire qui l'accompagnent finissent généralement par s'arrêter, il y a un regard sexuel qui est porté sur les roux, et en particulier sur les femmes rousses, et ce tout au long de leur vie. Réputées pour être plus fougueuses, plus sensuelles, elles se retrouvent sexualisées par les regards extérieurs, et ce dès leur enfance. "On m'a plusieurs fois demandé de quelle couleur étaient les poils de mon pubis", regrette Lise en précisant qu'elle n'était "même pas encore pubère à l'époque."

Cette hypersexualisation, Amandine la vit encore aujourd'hui : "Passé les moqueries, au lycée, c'est la fétichisation des femmes rousses qui est devenue un problème", raconte-t-elle. "Dans l'imaginaire collectif, la femme rousse, c'est la tentatrice, la nympho. Beaucoup d'hommes sont venus vers moi en m'expliquant qu'ils voulaient coucher avec moi car ils aimaient ce que les rousses dégagent. C'est un peu déshumanisant d'être réduite à ça." Même si Lise le précise : "Nous ne sommes pas toutes des déesses grecques, on ne se fait pas constamment draguer !", la jeune femme admet néanmoins qu'elle en a ras-le-bol des "compliments" tels que "Moi je trouve les rousses trop belles" : "Comme si on était toutes des clones..."

Des cheveux devenus une force

Pendant sa jeunesse, Pascal a fait le choix de teindre ses cheveux plutôt que de subir les critiques et les moqueries, et il l'affirme : "Je n'ai jamais regretté mon choix." Lise et Amandine, elles, sont aujourd'hui très fières de leur rousseur. "Au collège, je rêvais d'avoir une autre couleur de cheveux", confie la première. "Ma mère a refusé, et heureusement, parce que les cheveux roux sont très durs à teindre en raison du pigment cuivré. Il faut les faire décolorer très longtemps et donc ça les abîme beaucoup. Aujourd'hui, je pense que le fait d'avoir traversé pas mal de brimades à cause de mes cheveux me rend encore plus fière de leur couleur. Ça me rend un peu ‘spéciale’, je crois."

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