Célicouple : "Depuis qu'on ne vit plus ensemble, notre couple se porte beaucoup mieux"

Laetitia Reboulleau
·6 min de lecture
Young playful couple at their new apartment - Stock image
© Getty Images

Sortir ensemble, emménager ensemble, se marier, faire un bébé. Pendant longtemps, le chemin amoureux a été tout tracé, même s'il se soldait parfois par une séparation ou un divorce. Mais de nos jours, les adeptes du "célicouple" sont de plus en plus nombreux à estimer qu'on n'a pas besoin de vivre ensemble pour être fous amoureux. Et les principaux concernés ne sont pas ceux que l'on croit...

Dans l'imaginaire collectif, associé à la pression de la société autour du couple, emménager ensemble lorsque l'on est amoureux ressemble à une évidence. Les couples ont envie de passer le plus de temps possible ensemble, et vivre sous le même toit est ce qu'il y a de plus pratique pour cela. Mais encore faut-il avoir envie de se conformer aux standards de la société... Et de subir l'autre au quotidien. Et visiblement, à ce niveau-là, les choses commencent à changer.

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Selon une étude menée par l'Institut national d'études démographiques (INED), un tiers des adultes en France déclarerait ne pas être célibataire, sans pour autant vivre en concubinage ou en ménage, ce qui représente tout de même 1,8 million de personnes. Et les boomers seraient même plus concernés que les millennials ! L'étude affirme en effet que seuls 22% des 45-65 ans souhaitaient emménager avec leur partenaire, contre 68% chez les 26-30 ans. Et les raisons de ce désir sont aussi nombreuses que les couples concernés.

"Ne plus vivre avec lui a fait baisser ma charge mentale"

Marie et Mathieu sont amoureux depuis le lycée. En 2020, ces trentenaires ont fêté leurs 14 ans d'amour... Et leurs déménagements. "On a commencé à sortir ensemble en seconde, et on ne s'est plus jamais quittés. Disputes, relation à distance... On a tout traversé et je pense sincèrement que Mathieu est l'homme de ma vie", raconte Marie. Pourtant, la jeune femme estime que leur décision de prendre des appartements séparés était la meilleure chose qui pouvait arriver à leur couple. "Moi, j'ai vécu seule à l'occasion de mes études à l'étranger, mais lui est passé directement de chez papa-maman à vivre avec moi, en 2013..."

Résultat ? Il s'est toujours reposé sur sa compagne pour les tâches du quotidien : "C'est tout con, mais c'est moi qui gérais tout. Les factures, les courses, les démarches administratives... Quand il appelait ses parents avec un problème, sa mère me rappelait moi !" Au bout de 6 ans de vie commune et un premier confinement qui a failli faire exploser leur couple, leur décision est prise : à chacun son appart. "Nos salaires nous permettent d'avoir chacun nos petits espaces, et ne plus vivre avec lui a fait baisser ma charge mentale, donc rien que pour ça, ça vaut le coup de faire quelques sacrifices." De son côté, Mathieu est lui aussi satisfait de la situation : "Depuis qu'on ne vit plus ensemble, notre couple se porte beaucoup mieux. J'ai réalisé que je devais apprendre à me débrouiller tout seul. Je galère, mais quelle fierté quand je peux lui préparer un bon repas chez moi ! Et puis, on a retrouvé des habitudes de jeune couple : rencards, soirées en amoureux... J'adore."

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"Nous sommes un couple ouvert, c'est plus simple d'avoir chacun son appart"

La situation de Juliette et Kévin est quelque peu différente : c'est une révolution dans leur couple qui les a poussés à avoir leurs espaces séparés. "En 2014, nous sommes devenus ce que l'on appelle un "couple libre". C'est-à-dire que pour nous, la fidélité affective est la seule qui compte. A côté de cela, on s'autorise à coucher avec qui on veut, quand on veut." Leur déclic, ils l'ont eu ensemble, lors d'une discussion entre copains. A la question "Est-ce que vous vous voyez ne coucher avec personne d'autre toute votre vie ?", ils ont tous les deux répondu "oui", tout en échangeant un regard qui voulait dire non.

"On avait déjà eu quelques expériences en trio et en club échangiste, et tout naturellement, on s'est mis d'accord pour aller voir ailleurs, chacun de notre côté. Avec une règle : pas dans le lit conjugal", confirme Kévin. "Seulement voilà, on s'est vite rendu compte que ce n'était pas toujours pratique." Le couple possédait un second appart qu'il proposait à la location sur Airbnb, qui est d'abord devenu leur lieu de rencontres extra-conjugales. Jusqu'au jour où le quadragénaire a décidé de s'y installer. "Je pense qu'après 20 ans à vivre ensemble, on avait besoin d'un peu d'espace pour nous, de retrouver un peu l'insouciance du célibat, mais sans se quitter pour autant. On a chacun nos univers, notre espace, et cela nous permet de voir d'autres personnes en même temps, ça nous évite d'avoir à nous arranger sur le planning de qui utilise notre "garçonnière"." Une situation qui leur convient à tous les deux, et qui s'est avérée bien utile durant le confinement : "On est tellement attachés à notre liberté individuelle qu'on n'aurait pas supporté d'être confinés ensemble", rigole Juliette. "La vie à deux au quotidien, ce n'est pas fait pour tout le monde, et définitivement pas pour nous."

"Ce n'est pas parce qu'on ne vit pas ensemble qu'on n'est pas un couple !"

S'ils assument totalement leur volonté de ne plus vivre ensemble, les deux couples se font toutefois la même réflexion : "Célicouple, ça ne veut rien dire !", s'offusque Marie. "On est soit célibataire, soit en couple, mais pas les deux." Pour elle, ce terme déborde d'injonctions à la vie conjugale, qui n'est pas en adéquation avec tous les modes de vies et toutes les personnalités. "Pourrait-on dire d'un couple qui envisage d'emménager ensemble mais pour qui ce n'est pas encore fait qu'ils sont un "célicouple" ? Les relations à distance ont-elles moins de valeur parce que les personnes ne peuvent pas vivre sous le même toit ? Je ne pense pas", clame Kévin. "Ce n'est pas parce que Juliette et moi ne vivons plus ensemble qu'on n'est pas un couple, qu'on ne s'aime pas !"

"La situation a été difficile à faire accepter à nos familles, qui ne sont pas au courant de nos "activités" extra-conjugales", confirme sa compagne. "A 43 ans, nos proches estiment qu'on devrait être mariés, vivre ensemble, avoir des enfants. Sauf que notre vision du couple, ce n'est pas ça, et des mots comme "célicouple" laissent entendre qu'on n'est pas vraiment amoureux. Cela renforce le stigma autour de nous, et ça m'énerve. Oui, nous sommes en couple. Non, nous ne vivons pas ensemble. Et je ne vois pas où est le problème."

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