L'amour au temps du confinement : "Mon mari sifflote pendant qu'il travaille et je pense lui mettre un coup de chaise"

L'amour au temps du confinement

Le confinement semble avoir des conséquences redoutables sur certains couples. Le mot « covidivorces » est apparu pour la première fois dans le New York Times le 27 mars dernier, mais quelques jours auparavant, on constatait qu’en Chine, dès la fin du confinement, un grand nombre de personnes se rendaient dans les bureaux d’enregistrement de divorces. À la crise sanitaire et à la crise économique à venir s’ajouterait donc une forme de crise conjugale dans les foyers du monde entier. 

Une augmentation du stress et la promiscuité seraient les raisons principales de cette crise. La tension a été vite observée sur le réseau social Twitter, où les effets du confinement sur le couple sont très vite devenus une source de réflexions humoristiques : “14 ans de couple mais il a fallu un confinement pour que mon mari réalise que j'étais une meuf reloue qui pouvait écouter "ces soirées là" 10 fois d'affilié avec le même entrain.” “J'ai bien peur que mon conjoint ne survive pas à cette tragique épidémie de coronavirus. Il est en pleine forme, par contre il sifflote pendant qu'il travaille et je pense lui mettre un coup de chaise sur la nuque d'ici demain.”

"Je fais la liste de tout ce que je fais dans la maison et pour notre enfant. Je compare avec ce que fait mon mec. Je vais finir par pleurer. Je vais devoir relire "t'as pensé à" pour me rebooster."

“Je troque la frustration de tout gérer silencieusement dans la maison contre celle de le traiter comme un ado serviable, mais tout compte fait j'estime être gagnante.” 

La charge mentale des femmes s’accentue

Des spécialistes craignent que le confinement ne provoque plus d’inégalités dans le couple en matière de tâches domestiques. Chez Constance, aucune crise n’est à déplorer sur le sujet mais elle note tout de même qu’elle a mis en place un système en parfaite connaissance de cause des défauts de son compagnon : “J'ai décidé d'être plus directive sur les-trucs-à-faire-dans-la-maison-mais-qu'il-s'en-rend-pas-compte-parce-que-la-charge-mentale-domestique-toussa : j'ai renoncé à ce qu'il prenne les initiatives pertinentes et je lui demande directement de passer un coup de balai, nettoyer les chiottes ou faire tourner une lessive quand y'a besoin. Comme ça, je troque la frustration de tout gérer silencieusement dans la maison contre celle de le traiter comme un ado serviable, mais tout compte fait j'estime être gagnante.” 

“Sophie a déjà passé deux nuits dans le clic-clac de la chambre d’ami et fait des crises de larmes régulières”

Chez Sophie, le confinement est venu créer du stress supplémentaire alors qu’elle était déjà en situation de fragilité : “J’ai un problème d'anxiété chronique pour lequel je suis suivie depuis plusieurs années maintenant. Actuellement, je vis en concubinage en appartement, et le fait de ne pas sortir a pour effet de réactiver des choses assez négatives chez moi, notamment mes périodes de dépression… En ce moment, lorsque que j'ai une bouffée d'anxiété voire une crise d'angoisse, j'ai tendance à me montrer très irritable, cassante envers mon conjoint qui ne fait pourtant rien de mal. Mais évidemment, même connaissant ma situation, le fait de ne pouvoir sortir faire un tour prendre l'air et faire baisser la pression entre nous a conduit à une escalade d’agressivité. Un soir il en est arrivé au point où je n'étais plus supportable et où il estimait que c'était fini pour nous deux. Bref, on a pu en reparler deux jours plus tard mais je me dis que le confinement étant amené à durer, cela pourrait occasionner de nouvelles tensions. À l'heure actuelle, il est difficile d'évaluer les conséquences pour la suite, mais la promiscuité et ma fragilité de base ne sont vraiment pas évidentes à gérer…” Sophie a déjà passé deux nuits dans le clic-clac de la chambre d’ami et fait des crises de larmes régulières. 

Michelle, sentant la crise monter, a préféré une solution qui optimisait leurs conditions de confinement : “On a de la chance d'avoir un trois pièces et zéro enfant. Donc, depuis hier, c’est chacun dans une pièce et on se retrouve pour manger”. Michelle et son compagnon se donnent de l’espace dans la mesure de leurs possibilités et recréent leurs habitudes hors du confinement. 

“Le confinement a permis une belle remise en question et une résolution de nos problèmes.”

Un terreau fertile pour les angoisses

Pour d’autres personnes, le confinement est un moment pour faire le point sur leurs relations. C’est le cas de Capucine, qui est actuellement confinée avec ses colocataires pendant que son compagnon est avec ses parents à l’autre bout de Paris : “Pas de rupture en vue mais une remise en question. Je prends le temps de faire une introspection et toutes les choses que j'avais refoulées jusqu'alors me sont remontées. Il n'était plus possible de les éviter. Il y a trois jours, j’ai alors appelé mon copain en pleurs. On a bien parlé. On a mis le doigt sur le problème : je m'investissais plus que lui dans le couple et prenais beaucoup de charge émotionnelle.Il a d'abord été étonné que j'ai tant gardé en moi et a proposé de se remettre en question et de faire un effort.  Avant c'est moi qui devais l'appeler quasi à chaque fois maintenant c'est lui qui prend l'initiative et m'écrit plus, s'intéresse plus à moi. Le confinement a permis une belle remise en question et une résolution de nos problèmes.

En réduisant la fenêtre du quotidien, le confinement vient amplifier des crises déjà existantes, des problèmes de communication avec les enfants, le compagnon ou la compagne. Les incertitudes quant à la durée de la situation et une overdose d’informations anxiogènes créent un terreau fertile pour les angoisses. 

En France, un dispositif d’alerte a été mis en place dans les pharmacies pour les victimes de violences conjugales.

Dans le même temps, les forces de l’ordre ont déjà constaté une augmentation des violences de 32 à 36% depuis le début du confinement. Les voisins qui auraient des doutes sur une situation de violences conjugales ont été invités à appeler le 17 par Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

Ne pas tout faire ensemble

Pour la suite de ce confinement, les couples ne doivent pas hésiter à mettre en place des mesures avant que la crise n’éclate. Il est important que, même dans des petits espaces, chacun puisse trouver une place à lui pour ses activités personnelles. Ce n’est pas parce qu’on est enfermé ensemble qu’on doit passer tout son temps à deux. Pour éviter que les petites manies de l’autre ne viennent nous pourrir l’existence, on verbalise son agacement de façon constructive… et on accepte le même genre de critiques. On se retrouve à un moment choisi de la journée pour partager un repas, un film, un jeu et retrouver de la complicité. En ces temps troublés, il ne faut pas oublier de rire ensemble. Communication et bienveillance sont des valeurs primordiales au quotidien… elles le sont d’autant plus en période de confinement. 

À lire aussi :