Peut-on s'habiller éthique quand on dépasse la taille 42 ?

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Group of three friends walking and holding shopping bags. Three happy young women walking in the city talking to each other while having fun on street. Multiethnic group of girls smiling with shopping bags outdoor.
© Getty Images

L'industrie textile est l'une des plus polluantes de la planète, c'est un fait. Et pour lutter contre cette forme de pollution, de plus en plus de personnes font le choix d'opter pour la mode éthique, en disant non à la fast fashion et aux vêtements "mouchoirs", qui sont portés puis jetés à toute vitesse. Mais si ce choix est possible et accessible lorsque l'on fait une taille "standard", ce n'est pas toujours le cas lorsque l'on fait du 44 et plus. Mode plus size et mode éthique, deux notions incompatibles ? Pas vraiment, mais il y a encore des efforts à faire.

Après avoir souffert de nombreux clichés, la seconde main est de nouveau au goût du jour. Grâce à Vinted, site de revente de vêtements entre particuliers, mais aussi grâce à la grande tendance du vintage, de plus en plus de consommateurs se tourne vers ce mode de consommation. Une bonne nouvelle pour leur portefeuille, puisqu'il permet de faire de sacrées économies, mais aussi pour la planète. Le fait de donner une deuxième vie à des vêtements permet de réduire drastiquement son empreinte carbone : une bonne chose quand on sait qu'il s'agit de l'une des industries les plus polluantes de la planète. Chaque année, plus de 100 milliards de vêtements et accessoires neufs sont vendus, et cela n'est pas sans conséquence : l'industrie de la mode produit 20 % des eaux usées mondiales et 10 % des émissions mondiales de carbone.

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"Tu n'as pas honte de faire la promotion de la mode jetable ?"

Toutefois, s'habiller éthique et de manière écologique, ce n'est ni à la portée de toutes les bourses, et encore moins de toutes les silhouettes. Une fois de plus, les "grandes tailles" se retrouvent discriminées à ce niveau-là. Outre le fait de pouvoir assez difficilement faire du shopping dans des enseignes physiques, qui sont de moins en moins nombreuses à proposer des grandes tailles en rayon, les enseignes proposant de la mode éthique au-delà de la taille 42 sont extrêmement rares.

En attendant que le marché se développe, ce sont les influenceuses grande taille qui se prennent un retour de bâton. Ludivine, connue sous le pseudo Grosse avec frange, y a eu droit au début du mois de janvier 2021, et a été obligée de mettre les choses au point dans sa story Instagram : oui, elle s'habille beaucoup grâce à des enseignes de fast fashion, notamment parce que le choix reste très limité lorsqu'il s'agit de trouver des grandes tailles en France. Mais cela ne l'empêche pas de faire de nombreux efforts en parallèle, notamment en revendant régulièrement les pièces qu'elle ne porte plus à l'occasion de vide-dressings ou sur des sites tels que Vinted. La jeune femme n'est pas la seule à subir ce genre de critique : d'Instagram à YouTube, toutes les influenceuses ou presque se voient reprocher de "faire la promotion de la mode jetable", autre nom de la fast fashion.

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Mais le problème, c'est que passé une certaine taille, il devient difficile de faire autrement, ainsi que l'explique Héloïse Ducos, fondatrice du Roxine Club, "1er site de revente de vêtements dédié aux femmes rondes" : "Il y a de plus en plus de personnes qui font cette démarche de ne s'habiller plus qu'en seconde main et c'est vraiment bien. Or pour les femmes à partir de la taille 42/44, ce n’était pas vraiment possible et pratique car, avant le lancement de Roxine Club, aucune solution ne proposait un choix suffisamment large avec aussi bien des articles moyen de gamme que haut de gamme. On a voulu pallier à cela, et c'est ainsi que l'on a lancé la plateforme. En matière de vêtements seconde main, pour les grandes tailles, on ne pouvait trouver des vêtements d'occasion principalement que sur Vinted, parce que les autres plateformes soit ne sont pas adaptées, soit n'ont pas assez d'offres. Par exemple, Vestiaire Collective s'arrête à la taille 48 pour les femmes, car leur positionnement est la haute-couture et le luxe, et il y a encore assez peu de marques de luxe qui proposent des tailles au-delà du 48. A l'inverse, sur Vinted, c'est assez difficile de trouver des vêtements sympas et de qualité adaptés à des morphologies au-delà du 44. " C'est ainsi que cette entrepreneuse a décidé de transformer son site Roxine Club. D'eshop, ce dernier est devenu un site de revente destiné à proposer une véritable alternative de qualité aux personnes qui font plus qu’un 42-44 : "Il manquait une plateforme de revente digne de ce nom pour les femmes qui font une taille 42 ou plus, et qui propose tous les styles, toutes les marques y compris tous les petits créateurs peu connus et surtout couvre tous les besoins pour les femmes au-delà du 42 tant en matière d'accessoires, de vêtements que de lingerie, c'est pour cela que j'ai décidé de lancer la plateforme Roxine Club."

C'est le constat que dresse Héloïse Ducos, : "Il y a un certain nombre de pays comme les Etats-Unis ou le Danemark où les marques ont commencé à élargir leurs offres de tailles il y a quelques années déjà, mais il y a encore beaucoup de progrès à faire dans l'inclusion des grandes tailles par les grands acteurs de la mode et du textile français et européens."

Les petits créateurs à l'assaut de la mode éthique accessible

La spécialiste de la seconde main au-delà de la taille 42 dresse toutefois un constat : "Pour l'instant, ce sont les petites structures qui font le plus d'effort pour proposer de la mode éthique sur un plus grand éventail de tailles." Grâce aux réseaux sociaux, de plus en plus de petits créateurs et de petites créatrices sont en quête d'inclusivité, et cela se ressent sur leurs créations, qui s'adaptent à plus de silhouettes. Et c'est notamment le cas d'Inès Mansour, fondatrice de la marque Belinès, qui arrivera très prochainement sur le marché français : "Bélinès est une marque de prêt-à-porter féminin éthique et durable. Notre première collection d'essentiels a été entièrement conçue et fabriquée dans notre atelier parisien. Le choix d'une production locale, respectueuse de l'humain et de l'environnement était une évidence pour nous. Pour limiter au maximum notre emprunte carbone, nous avons recours à l'upcyling : 90% de nos matières premières sont des chutes issues de grandes maisons, nous luttons ainsi contre le gaspillage de textiles."

La jeune femme, qui s'est lancée dans cette aventure il y a quelques mois, prône la bienveillance et l'inclusivité comme valeurs de base pour son enseigne : "J'ai dès le départ fait le choix de proposer des tailles allant du 32 au 48 afin de nous adapter à un maximum de silhouettes, mais aussi pour donner plus d'assurance aux femmes qui en manquent. Nous avions pour ambition d'aller plus loin mais cela représente un véritable coût. Cette première collection nous permettra toutefois d'analyser le marché, de voir ce qui fonctionne et d'adapter notre gamme de tailles en fonction de la demande." La chef d'entreprise pointe en effet du doigt l'un des facteurs qui fait que les enseignes rechignent à aller au-delà de la taille 42 : le prix. "Pour une marque – surtout lorsqu'elle petite ou qu'elle se lance –, élargir sa gamme de tailles représente un budget important. Ça comprend les différentes gradations, une consommation de tissus plus importante, des prototypes plus nombreux à développer, la sollicitation de mannequins ayant différentes morphologies, etc. Au niveau de la facture, ça monte très vite !"

La solution face à ça ? Plus de demande, selon Héloise Ducos, qui estime qu'il faudrait "une prise de conscience et plus de volonté de la part des marques mainstream pour accompagner ce virage vers une mode grande taille plus éthique. Si les principaux labels ne changent pas leur ligne de conduite... Mais il faut aussi qu'il y ait une prise de conscience chez le consommateur. Je ne sais pas si aujourd'hui tout le monde est prêt à payer plus cher pour une mode éthique. Mais pour qu'il y ait plus d'offre, il faut avant tout qu'il y ait plus de demande. Il faut que tous les acteurs s'y mettent pour qu'on puisse avancer." Un avis partagé par Inès Mansour : "L'achat d'un vêtement durable étant plus coûteux, il est souvent perçu comme un réel investissement pour les consommateurs et les consommatrices. Je suis cependant optimiste : on voit bien que les choses sont en train d'évoluer. Désormais, les marques font des efforts pour aller vers plus d'éthique, d'inclusivité et de fluidité des genres. Elles ont compris que c'est à elles de s'adapter aux exigences des clients, et plus l'inverse. On tend vers plus d'accessibilité, mais comme toute chose, cela prend du temps.

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