Bad buzz : un magasin japonais donne des badges à ses employées pour montrer qu’elles ont leurs règles

Katia Rimbert
Journaliste

Une chaîne de magasins de luxe japonaise s’est retrouvée au cœur de la polémique. En cause ? Avoir proposé à ses employées de porter un badge pour informer leurs collègues qu’elles ont leurs règles. Bien ouej.

C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée. Daimaru a voulu sortir un peu du lot dans sa politique interne. L’un des magasins de la chaîne de boutiques de luxe nippone, situé à Osaka, a instauré le port d’un badge de menstruations sur la base du volontariat. Oui, vous avez bien lu.

Marquage au fer rouge

En gros, chaque employée qui souhaitait signifier qu’elle était indisposée était libre de le faire en arborant cet insigne. Pour la petite histoire, sur ce fameux badge est représentée Seiri-Chan ,également surnommée Miss Period (littéralement Miss Règles), un personnage du manga Little Miss P. Autant dire que c’est particulièrement explicite pour les Japonais. Il ressemble à ça :

Sauf que forcément, cette initiative ne s’adresse qu’aux femmes (vous vous en doutez bien), ce qui est particulièrement discriminant et stigmatisant. Qu’est-ce que le port de ce badge véhicule comme message ? Pourquoi les employées féminines devraient dire (enfin, montrer plutôt) à tout le monde qu’elles ont leurs règles ? Pour générer l’empathie de leurs collègues, tous sexes confondus. En sous-entendant donc qu’avoir ses menstrues rend plus faible, plus vulnérable, plus irritable peut-être, moins productive qui sait, puisque c’est la porte ouverte aux idées reçues.

Les femmes se rebellent

Il n’en fallait pas plus pour créer une vive polémique sur les réseaux sociaux, notamment de la part de clients de la boutique. Cela intervient dans un contexte un peu particulier puisque le pays est le théâtre de nombreuses revendications de la part des femmes ces derniers mois. On se souvient du hashtag #KuToo lancé sur Twitter pour dénoncer le port obligatoire des chaussures à talons pour les travailleuses dans beaucoup d’entreprises mais aussi plus récemment des Japonaises qui s’indignaient de ne pas avoir le droit de porter des lunettes de vue sur leur lieu de travail. Niveau liberté, cela se place quand même là.

Alors ok, cela partait d’une bonne intention. Que les personnes travaillant dans l’entreprise fassent plus attention à leurs voisines de bureau, qu’elles soient plus prévenantes ou indulgentes avec les femmes qui souffrent de règles douloureuses par exemple. Et certainement aussi que ces dernières n’aient pas à verbaliser la chose mais que ce soit simplement visibles.

Malgré la controverse, l’enseigne n’abandonne pas son idée de badge menstruel, comme l’a expliqué l’un de ses porte-paroles. “Nous n'annulons pas le projet pour autant parce qu'il est destiné strictement à la communication interne, parmi les salariées qui travaillent ici”, a-t-il expliqué au Japan Times. Mais elle va la repenser. Comment ? Pour le moment, mystère. De quoi convaincre l’opinion publique ? Pas sûr.

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